Cuisine sanglante – MINETTE WALTERS

Titre original : The Sculptress

Résumé : Olive Martin est une jeune femme à la corpulence impressionnante condamnée pour avoir tué sa mère et sa sœur. Rosalind Leigh a décidé de relater son histoire mais au fil des entrevues avec la meurtrière, elle a l’impression que celle-ci n’est pas coupable et qu’elle protège quelqu’un.

Les plus : La construction du personnage d’Olive martin. La critique de notre société.
Les moins : La sous-intrigue avec l’ancien policier. La romance que développe l’écrivain. La fin alambiquée.

En bref : Malgré son effet caricatural, Cuisine sanglante parvient à captiver le lecteur dans cette quête de la vérité dissimulée derrière les mensonges et les préjugés.

Note : 3  

Mon avis :

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas lu de roman policier ou de thriller, mais j’avais bon espoir puisque les critiques de ce livre semblaient se rejoindre pour dire qu’il valait le coup. Si j’ai plutôt bien accroché à l’histoire, j’en ressors plutôt mitigée.

Meurtrière obèse de 120 kg, Olive Martin a été condamnée à perpétuité pour avoir massacré sa mère et sa sœur, débitées en morceaux à la hache sur le sol de la cuisine familiale. Rosalind Leigh, qui a décidé de relater son histoire, réussit à surmonter le dégoût qu’inspire cette créature grotesque et prend le risque de plonger dans les abîmes d’une âme manipulatrice, habituée à être méprisée par son entourage.
Nous suivons donc Rosalind, surnommée Roz, dans sa quête de vérité au sujet de ce meurtre abominable. Dès sa première entrevue avec Olive, l’écrivain sentit que la prisonnière n’est pas coupable et qu’elle protège peut-être quelqu’un. C’est sur cette hypothèse se concrétisant au fur et à mesure des incohérences repérées dans les témoignages, que l’écrivain tente d’élucider cette affaire sanglante.

Que dire sur ce livre ? L’écriture de l’autrice est très fluide. Les phrases s’articulent bien et s’écoulent au point que l’on peine à décrocher du roman. Au niveau du vocabulaire, rien de très recherché, il s’agit d’un style simple et efficace, chose très appréciable si l’on ne veut pas perdre le lecteur dans une enquête interminable. Mais qu’en est-il du contenu ? Chacun l’appréhendera à sa manière.

En effet, Olive Martin est une femme qui est décrite comme un monstre aussi bien physiquement que mentalement et les personnages gravitant autour de cette histoire s’accordent complètement sur ce point. Cependant, dès sa première apparition, le lecteur peut constater que la prisonnière est dotée d’esprit et d’intelligence, si bien qu’elle semble manipuler les entrevues avec Roz. Par ailleurs, le titre original fait référence à une occupation à laquelle s’applique Olive, la sculpture. Sa cellule abrite donc des petites figurines représentant certaines personnes importantes dans sa vie, que ce soit en bien ou en mal, pouvant à loisir s’en servir comme exutoire à sa rancœur. Nous faisons donc face à une criminelle représentant à elle seule le proverbe : il ne faut pas juger un livre sur sa couverture.
En ce qui concerne l’avancement de l’enquête, la façon de procéder reste la même tout au long du livre. Rosalind interroge quelqu’un ayant un lien avec la famille plus ou moins ancré, pour en faire la synthèse et comparer les propos avec la déposition d’Olive ainsi que les autres témoignages. À chaque étape, une nouvelle incohérence se greffe, permettant ainsi à l’écrivain de recoller les morceaux du puzzle. Les personnes questionnées appartiennent à un large panel, voisins, ancien professeur, ancien employeur, avocats, policier, réceptionniste d’hôtel, bref tant de versions différentes que de raisons pour dissimuler des secrets. Au milieu de tout cela, l’autrice prend soin de développer le passé de Roz et de lui construire une romance.

Pourquoi Cuisine sanglante peut aussi plaire que déplaire à son lectorat ? Tout simplement parce les idées de l’autrice sont inégales et ne s’imbriquent pas parfaitement.
Avoir fait Olive monstrueuse est sans nul doute une manière de dénoncer le comportement des gens envers ceux qui sont différents d’eux. De suite, par la révulsion qu’elle inspire rien qu’en la regardant, tout le monde veut la savoir coupable, et particulièrement capable d’un tel acte. Peu d’entre eux cherchent vraiment à chercher si c’est la vérité. C’est certes une solution de facilité de l’imager ainsi et non avec un autre moyen, mais quelque part, il y a un aspect réaliste : une gamine obèse peinera à cause de son physique de se faire des amis. C’est triste et sûrement un cliché vieux comme le monde, mais c’est ainsi. Les enfants peuvent être spécialement cruels au collège envers les différences des autres, surtout si leurs parents ne leur montrent pas un exemple de tolérance. Au fil de l’histoire, nous apprenons qu’Olive n’avait qu’une seule amie, ou plutôt qu’une seule personne acceptant de lui parler lors de sa scolarité. En revanche, cette « copine » pensait comme ses autres camarades qu’elle était déviante et voyait surtout en Olive une garde du corps. Une autre façon de montrer que les enfants peuvent être parfaitement cruels mais également influençables.
Cependant, était-ce nécessaire de lui imposer une telle famille ? Certains choix de l’autrice ont réellement du sens, même s’ils manquent de subtilité comme le désir de prouver que les apparences peuvent être trompeuses, mais plus on avance dans le roman, plus on réalise à quel point le sort s’acharne sur la famille Martin. Entre les parents qui s’entendent si peu que le père vit barricadé dans une pièce de la maison, et la sœur qui paraît bien trop propre sur elle, il y avait déjà des éléments qui malgré leur logique semblaient forcés. Les révélations finales sont justes ahurissantes tant elle complique la situation et la rende surréaliste.
De même, faire de Rosalind une dépressive qui trouvera sa rédemption dans la sympathie qu’elle éprouve pour la meurtrière ainsi que dans la romance qu’elle entretiendra avec un ancien policier est peut-être surfait. C’est surtout ce dernier point qui m’a chagrinée. Chacun réagit différemment à la douleur, et vu le passé de Roz, je ne pouvais juger son attitude. Cependant, tomber dans les bras d’un tel butor ne me paraissait ni le meilleur remède, ni le meilleur moyen de rapprocher les personnages. Car cette romance permet aussi de développer une sous-intrigue autour de ce policier qui sera inévitablement reliée à l’intrigue principale. L’une des idées les plus abracadabrantesques qui soit tant cela sonne ridicule.
Par ailleurs, il est triste de constater que finalement, Olive n’est pas si centrale que ça à l’œuvre et l’on peine à comprendre le choix du titre original. Les sculptures de la prisonnière pourraient servir de fil conducteur si leur apparition étaient mieux gérées. Cependant, le lecteur a surtout l’impression qu’il s’agit d’un défoulement pour Olive sans réelle signification jusqu’à ses dernières œuvres : Eve aux deux visages et l’Homme aux milles vices. Il est dommage que l’autrice n’ait pas insisté sur les aspects spirituels et psychologiques de cette occupation. Cela aurait pu fournir des réflexions très intéressantes sur l’humanité.

Alors que penser de ce roman ? Les passages faisant évoluer l’enquête sont tout à fait plaisants à suivre, même s’ils possèdent un effet caricatural avec la pipelette, l’indiscrète, l’indigné, et d’autres personnages ayant un rôle défini. Si l’on observe le désir de prouver que la société rejette ce qu’elle considère comme anormal, ces caricatures font terriblement sens. En effet, chaque personnage représentera un caractère prompt à juger selon un certain point de vue, et mis bout à bout, ils forment tous les multiples facettes de l’hypocrisie humaine.
En revanche, comme évoqué précédemment, la sous-intrigue avec l’ancien policier fait un peu office de remplissage et se révèlent de plus en plus difficile à concevoir. L’ultime bémol étant tout de même la fin alambiquée. Elle est tellement tirée par les cheveux qu’on le lecteur aura l’impression que l’autrice cherchait à le surprendre, mais pour le coup il ne demeure pas surpris mais abasourdi par ce choix improbable. Mais il demeure tout de même un bon divertissement tant l’histoire est prenante.

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