Les Soupirs de Londres, Tome 1 : Le Manoir des Immortels – AMBRE DUBOIS

Résumé : Stella Hunyadi, vampire de son état, est chargée d’enquêter sur la famille Heartavy afin d’élucider le mystère derrière les crimes du célèbre tueur Jack l’Éventreur.

Les plus : L’image des vampires. Le contexte historique.
Les moins : L’enquête policière plutôt prévisible. La couverture qui vend une toute autre histoire.

En bref : Malgré les indices maladroitement brouillés de l’autrice, on plonge avec plaisir dans l’histoire qui intègre très bien les vampires au cœur d’un évènement historique.


Note : 3
 

Mon avis :

Cette lecture fut effectuée à l’occasion d’un partenariat avec Les Éditions du Petit Caveau. Je les remercie chaleureusement pour cette découverte !

Londres, fin XIXe siècle, la ville est secouée par les meurtres de Jack l’Éventreur. Les habitants se cloîtrent pour éviter les dangers de la nuit, mais sous le clair de lune, ses enfants cherchent à percer le mystère de ces bains de sang. Vampire de son état, Stella Hunyadi est chargée par le Prince de sa communauté d’enquêter auprès d’une famille bourgeoise sujette à de nombreuses rumeurs, les Heartavy.

Un résumé simple qui annonce fortement couleur : il s’agit d’un récit de vampires orchestré autour du célèbre meurtrier londonien. Un pari qui a le mérite de s’approprier l’évènement notoire sans pour autant le démystifier puisque l’identité réelle de l’Éventreur n’a jamais été découverte. Par ailleurs, Ambre Dubois ne craint pas de se salir les mains et nous offre des descriptions tout à fait sanglantes des meurtres ainsi que des tortures effectuées, et l’on n’en attendait pas moins d’un roman alliant deux monstres de la nuit.

Si Le Manoir des Immortels est le premier tome d’une tétralogie, il est tout de même construit comme un livre indépendant, pouvant être lu comme si aucune suite n’existait. En effet, les personnages évoluent autour d’une intrigue qui se clôt à la fin du livre, et même si plusieurs d’entre eux demeurent mystérieux, leur développement s’avère suffisant pour une histoire de ce type.

Le lieu et la trame principale étant déjà définis par les actes de Jack l’Éventreur, l’autrice a pu se concentrer sur la création des différents protagonistes, et l’on peut constater le soin fourni pour présenter une société structurée. Les immortels possèdent une hiérarchisation basée sur l’ancienneté, et centrée autour d’un Prince dirigeant une ville précise, lui-même répondant à une instance supérieure désignée comme le Cercle de Psyché. De cette manière, si un être souhaite s’emparer d’un territoire, il doit défier le Prince qui règne dessus. Celui de Londres se nomme Rodrigue et s’il désire que ses serviteurs enquête sur Jack l’Éventreur, c’est qu’il suppose que ces crimes dissimulent une provocation de la part d’un non-mort.
Dans cette communauté, nous suivons donc Stella, l’héroïne ; Corwin, un novice découvrant encore ses aptitudes ; Drake, grand séducteur et le plus à même pour rivaliser avec Rodrigue ; Céleste, rayonnant davantage pour son physique que pour son intelligence ; Alexander, fidèle valet du Prince ; et Eva, descendante de Rodrigue. Chaque buveur de sang possédant un caractère différent, ils possèdent tous une technique pour se sustenter, le point commun étant de charmer ses victimes. Ainsi, Céleste, comme de nombreuses immortelles, a choisi le métier de prostituée, lui permettant d’assouvir son besoin nutritif sans avertir qui que ce soit. Cela semble un détail, mais c’est ce souci d’expliquer pourquoi l’existence des créatures de la nuit demeure secrète qui donne de la crédibilité à l’histoire.

Le mythe a été approprié de nombreuses fois, chaque auteur essayant de s’affranchir de ses prédécesseurs, mais nous assistons ici à un mélange de caractéristiques plutôt intéressant. De nombreux éléments sont empruntés à Anne Rice tels l’âge permettant de contrôler son besoin de sang, le vieillissement inexistant, l’absence de transformation en chauve-souris ou autre animal, le pouvoir de séduction, la capacité à métamorphoser un humain en lui faisant boire du sang maudit, et les réflexions métaphysiques selon le caractère du non-mort. Cependant, Ambre Dubois parvient à se démarquer en créant des particularités à ses créatures. Par exemple Stella était une magicienne lorsqu’elle était humaine et ce talent est resté ancré en elle une fois devenue vampire, de plus, elle possède le don de ressentir l’essence d’une personne, qu’elle soit vivante ou immortelle.
Concernant les moyens de les neutraliser, il n’est pas précisé si les crucifix ou les gousses d’ail sont d’un quelconque secours, mais la question de la lumière du jour est souvent abordée. En effet, il est expliqué que les buveurs de sang sont capables de la supporter si elle est atténuée par le climat et les vêtements qu’ils portent, mais qu’un contact direct les ferait s’enflammer comme des torches.
Ainsi, le message est clair : les vampires peuvent rôder en toute impunité parmi les humains pour mieux les charmer et les attaquer. En revanche, ils préfèrent jouer la carte de la sécurité en séduisant leur victime et en se régalant sans provoquer la mort pour ne pas alerter la population. Il s’agit donc d’une image assez classique, donnant toute sa noblesse à la légende.

Ambre Dubois nous plante un décor suffisamment fouillé pour que s’anime l’histoire sans pour autant traîner en longueur. Ainsi, nous pouvons observer un train de vie correspondant à l’époque victorienne, que ce soit dans les parures, les mœurs, ou encore l’échelle sociale. Cependant, vu les évènements, ce ne sont pas les lieux de grande richesse que nous présente l’autrice mais plutôt les gargotes et les cimetières.
Par ailleurs, l’idée d’allier ces créatures au meurtrier légendaire est très plaisante et l’enquête suit un cours assez logique dans la découverte des indices et leur exploitation. Néanmoins, malgré le récit à la première personne que nous apporte Stella, il est parfois difficile de suivre l’autrice là où elle souhaite nous emmener. Afin de garder le mystère entier, Ambre Dubois tente de brouiller les pistes en faisant s’interroger son héroïne dans plusieurs directions chargées de créer une diversion. Cependant, un lecteur aguerri montrera immédiatement de la méfiance envers certains personnages, ou au contraire, accordera sa confiance à d’autres, lui faisant apparaître le dénouement avec évidence. Cette maladresse s’avère gênante dans le fait où Stella est un vampire, certes assez jeune, mais suffisamment expérimenté pour flairer le moindre piège et comportement étrange. Ainsi, la voir s’attacher à une piste erronée demeure assez frustrant, mais l’autrice a eu l’habileté de nous offrir des informations sur d’autres détails énigmatiques pour combler ce temps perdu sur un mauvais chemin.
En revanche, Ambre Dubois manie intelligemment le secret autour de ses personnages. En effet, s’il est aisé de deviner certains éléments, d’autres comme les motivations, les pensées ou le passé des protagonistes ne sont qu’imperceptiblement dévoilés de façon à titiller la curiosité du lecteur. Bien entendu, au terme de l’enquête se trouve un chapitre où le coupable dévoile ses ambitions, mais il s’agit du seul personnage expliquant clairement son objectif, ce qui permet à l’autrice d’avoir encore beaucoup de choses à nous conter à l’occasion des prochains tomes.

Pour finir, il est à noter que la couverture du roman a pour effet de le desservir car l’image de la plaine surplombée d’un manoir, avec en premier plan une jeune fille parée d’une ancienne robe, les cheveux au vents, donne une impression de romantisme. Malgré le sang apparent sur la demoiselle, cette illustration convient davantage à un récit ayant pour enjeu un triangle amoureux plutôt qu’une enquête autour d’un tueur en série. Ce n’est qu’un détail, mais il serait dommage que de potentiels lecteurs puissent avoir des préjugés et abandonnent l’idée de lire le livre avant d’avoir entrevu ne serait-ce que le résumé.

En conclusion, Le Manoir des Immortels est un livre qui se déguste facilement. L’aspect policier demeure assez simpliste, mais on prend tout de même plaisir à suivre l’histoire au milieu de cette intrigante communauté vampirique. Pour un premier roman, le résultat est satisfaisant et l’on se plongerait volontiers dans la suite.

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