L’Île Blanche – PATRICK LORIN


Résumé :
John Claw assiste malgré lui à l’enlèvement de la fille du gouverneur et bien qu’il souhaite rester en dehors de cela, le dirigeant le force à la sauver. Ainsi commence une enquête construite comme un jeu de piste pour découvrir la vérité.

Les plus : Des touches d’humour volontaires ou non qui peuvent faire mouche avant de lasser.
Les moins : Les stéréotypes. La science-fiction datant des années 40.

En bref : Un livre qui demeure entre deux chaises, l’auteur semblant hésiter à s’investir pleinement dans la parodie ce qui laisse une profonde amertume dans l’esprit du lecteur.


Note : 1
 

Mon avis :

Cette critique fait l’objet d’un partenariat avec les éditions L’ivre-Book.

L’Île Blanche nous conte l’histoire de John Claw, un exfiltreur expert dans la transfiguration, qui décide d’effectuer un voyage galactique afin de profiter de sa retraite. Il choisit de se rendre sur Jorgasmia, planète vouée au culte du plaisir. Pour débuter son séjour, John décide de visiter le musée de xénobiologie et assiste malgré lui à l’enlèvement de Lindsay Muire, la fille du gouverneur de Hédopolis. Refusant de prendre part aux évènements, le détective se voit tout de même obligé de sauver la victime en profitant de son attirail technologique. Ils parviennent à s’échapper sur l’île blanche, mais les ravisseurs les rejoignent et font disparaître Lindsay qui, avant son départ, récite un poème à John. Ces vers recèlent une énigme que l’exfiltreur doit résoudre afin d’obtenir une nouvelle poésie dissimulant un autre indice. John devra suivre ce jeu de piste afin de retrouver la fille du gouverneur et découvrir la vérité sur son enlèvement.

Écrire de la science-fiction est un travail difficile. Bien plus que d’autres genres car il possède ce mot que les personnes non-initiées connaissent sans vraiment savoir l’aborder : « science ». Le souci majeur avec ce genre littéraire est que l’aspect scientifique de l’histoire doit demeurer crédible compte tenu des avancées d’aujourd’hui, mais également être innovant, tout en essayant de proposer quelque chose d’intéressant. Ainsi, il ne suffit pas de coller des mots à connotation savante les uns à côté des autres pour produire un discours intelligent.
C’est pourtant ce que nous fournit Patrick Lorin dans L’Île Blanche, jonglant avec des termes comme « antimatière » ou « diffraction scalaire », dont le but est d’impressionner le lecteur. Malheureusement, cette technique ne  fonctionne que sur des personnes crédules ne cherchant pas à réfléchir sur ce qu’elles lisent. Une fois que l’on gratte un peu la surface, on réalise rapidement que ce qui nous semblait être une idée exprimée dans un jargon scientifique se révèle être un canevas n’ayant absolument aucun sens.
Bien entendu, les caractéristiques évoquées s’apparentent essentiellement à ce que l’on appelle « Hard Science-fiction », et il ne fait aucun doute que L’Île Blanche appartient à la « Soft Science-fiction », mais dans ce cas, il n’est pas nécessaire de jeter de la poudre aux yeux sur le récit pour le transformer en ce qu’il n’est pas au risque de le rendre ridicule. Il s’avère donc délicat de suivre avec sérieux les aventures de l’exfiltreur, ce qui nous amène à un point particulier du roman.

L’Île Blanche semble osciller entre deux états : le caractère grave et la parodie. L’auteur pratique la technique du désamorçage, c’est à dire qu’à chaque moment important un élément comique viendra casser la tension, et a contrario, l’humour est de suite contrebalancé par un évènement plus posé.
John Claw est tel le James Bond du futur, détenant d’innombrables gadgets comme les aérobottes, le stylo-dague, l’arachnopistol, les vêtements à molécules instables ou encore des dispositifs dans son auriculaire et son index permettant d’analyser des liquides ou de paralyser des ennemis. Ces appareils prêtent à sourire et l’on est enclin à penser que Patrick Lorin se permet une moquerie bien placée, mais le détective utilise ses accessoires technologiques avec tellement de solennité que l’on parvient à douter des véritables intentions de l’auteur. Si ces éléments ont le but d’amuser le lecteur, le soufflé finit par retomber tant ils sont utilisés, forçant le comique de répétition jusqu’à l’épuisement.
Outre ces objets improbables, l’enquête nous offre des personnages caricaturaux, la palme d’or revenant à la Baronne Sédrix qui nous gratifie de monologues digne d’un méchant de dessins animés, si bien que l’on a l’impression de revivre un épisode d’Inspecteur Gadget. La différence est que John Claw est plutôt du genre baroudeur, mais bien entendu, il est hanté par un passé douloureux l’empêchant de faire confiance à quiconque, comme tout personnage sombre qui se respecte.
Ainsi, le lecteur ne sait sur quel pied danser : ces données doivent-elles être considérées au second degré ou non ? Le problème étant que Patrick Lorin s’évertue à monter une intrigue policière aux enjeux politiques des plus sérieuses. En effet, quoi de plus classique qu’un enlèvement dont l’impact peut bouleverser le fonctionnement d’un gouvernement ? Tous les ingrédients sont réunis, pourtant, un problème de fond se pose, et cela passe par la construction de l’univers.

L’histoire de L’Île Blanche se déroule en 2690. Les humains ont quitté la Vieille Terre suite aux catastrophes climatiques et nucléaires, peuplant à présent de multiples planètes hors du système solaire. Ce scénario est digne d’un roman d’anticipation et offre le luxe à l’auteur d’inventer de nouvelles formes de vie cohabitant avec les anciens Terriens. Malheureusement, Patrick Lorin nous offre une nouvelle déception.
Les rares extra-terrestres rencontrés sont les femmes gosvènes, possédant des caractéristiques différentes, l’une par exemple ayant la peau bleue et mesurant deux mètres alors que ses congénères semblent toutes de taille normale et au teint ordinaire, mais aucune explication ne nous est donnée, si bien que le terme « Gosvène » fait office de fourre-tout. Il est de surcroît bien aisé de créer des extra-terrestres humanoïdes plutôt que d’inventer de nouvelles formes d’existence. Par ailleurs, il est gênant d’entendre parler d’extra-terrestres dans la bouche d’humains n’appartenant plus à la planète Terre. Il ne s’agit là que d’un détail, mais par souci de cohérence, l’invention d’un nouveau mot aurait été préférable.
Les espèces animales ne sont pas révélatrices d’ingéniosité non plus, l’auteur se contentant d’utiliser un animal terrestre et de lui ajouter ou lui retirer un attribut. Ainsi sont nés les cyclynx, des lynx cyclopes comme vous l’aurez devinés tant leur appellation est aussi subtile que celle de la planète, ou encore des serpents à trois têtes. Une fois de plus, il est impossible de savoir si Patrick Lorin désirait instaurer une once d’humour dans sa création, mais une chose est sûre, il demeure fier de son monde.

L’intrigue de L’Île Blanche se déroule autour des petits poèmes que trouve John Claw. Chacun d’entre eux lui indique un endroit où chercher les prochains vers, ainsi qu’un indice du danger qui l’attend. En effet, l’exfiltreur devra subir une série d’épreuves, tel Héraclès et ses douze travaux. L’idée est intéressante, d’autant plus que l’on peut observer une similitudes entre certaines tâches comme par exemple récupérer un peu de sève de l’Arbre Céleste qui peut être associé au vol des pommes d’or du jardin des Hespérides.
Cependant, au bout de quelques épreuves, le lecteur comprend que ce jeu de piste n’a pas été créé dans le but de servir l’intrigue, mais pour tenir lieu de vitrine. Les tâches à accomplir se situent toutes dans un quartier différent, chacun agissant selon ses propres règles ce qui rend l’existence d’une police totalement inutile, et n’ayant aucun lien avec les autres. Ainsi, nous assistons à une visite de Jorgasmia guidée par l’auteur qui veut nous prouver à quel point son univers est créatif, même si  la déception est de nouveau au rendez-vous.
Patrick Lorin nous propose donc un quartier mal famé, une ville nommée Cité Noire adulant les plaisirs les plus sombres, un jeu de réalité virtuelle, un temple d’érudition, etc. saupoudrez le tout de clichés et d’idées farfelus comme des mentalistes qui localisent les personnes grâce à leurs ondes cérébrales, un arbre sacré qui aspire la vie végétale puis la vie humaine, des incohérences scientifiques, des rebondissements prévisibles, et vous obtenez la soupe indigeste qu’est L’Île Blanche.

Finalement, Patrick Lorin prend plaisir à perdre le lecteur dans une histoire qui s’avère affreusement caricaturale afin d’exposer le monde qu’il a inventé. Les idées avancées sont extrêmement poussiéreuses, et d’aucun penserait que ce livre est un hommage à la science-fiction des années 40, mais si le résultat peut faire sourire au début, il empreint le lecteur d’une grande lassitude au fil des pages. Ouvrage d’apparence sérieuse avec des touches humoristiques, il aurait mieux fallu que l’auteur assume l’idée de parodie et s’y investisse plus amplement pour ne pas laisser un goût d’amertume dans ce roman entre deux chaises.

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