Little Mermaid, l’héritière de l’océan – ANHA SENET

Résumé : Isabelle de Calisto est telle Blanche-Neige, tyrannisée par sa belle-mère, mais un soir, telle Cendrillon, elle se rendra au bal organisé par sa marâtre et rencontrera Julien le prince de Syldavie. Ce dernier est persuadé que la jeune fille possède la clef de son passé puisqu’elle porte le même médaillon que la sirène qui l’a sauvé de la noyade.

Les plus : L’idée de vouloir mélanger des personnages de contes.
Les moins : Le système de narration hasardeux. Le langage familier qui jure avec le reste du texte.

En bref : Sous prétexte que le genre utilisé est celui du conte, l’autrice se permet d’écrire tout ce que lui dicte son imagination même si cela nuit à la cohérence interne de l’histoire.

Note : 1 

Mon avis :

Ce livre fut l’objet d’un partenariat avec les Éditions du Panthéon.

L’histoire de Little Mermaid, l’héritière de l’océan se déroule il y a bien longtemps, dans notre monde. Celui-ci est divisé entre le peuple terrestre et le peuple aquatique, le premier étant composé du royaume de Syldavie et du royaume de Calisto, tandis que le deuxième est constitué du royaume d’Aygueblue. Ces trois lieux vivaient en paix jusqu’au jour où une guerre éclata suite à la fureur de Poséidon envers les humains. Ainsi, Aygueblue fut scellé de telle sorte qu’aucune créature terrestre ne puisse y pénétrer.
Dans cet univers, nous suivons deux personnages : Julien, prince de Syldavie ayant été sauvé de la noyade par une sirène lorsqu’il n’était qu’un enfant, et Isabelle, princesse de Calisto vivant cloîtrée à cause de sa belle-mère. Le jeune homme cherche à recoller les morceaux de son passé dont le seul indice qu’il possède est le souvenir d’un médaillon possédant une pierre à la couleur ambrée. De son côté, la jeune fille espère échapper au joug de sa marâtre capable de magie noire.
Un soir, dans le cadre d’un bal organisé pour réunir les deux pays, Isabelle et Julien se rencontre, ce dernier ne pouvant s’empêcher de remarquer que la princesse possède le même médaillon que celui qui hante son enfance. Malheureusement, la jeune fille s’enfuit aux douze coups de minuit, ne lui laissant qu’une unique chaussure comme trace de son passage. À partir de cet instant, Julien est persuadé qu’Isabelle possède la clef de son passé et fera tout pour la retrouver. Cependant, la princesse doit faire face à ses propres racines, découvrant qu’elle est l’héritière de l’océan.

Little Mermaid, l’héritière de l’océan est l’énième preuve qu’une quatrième de couverture peut être extrêmement trompeuse. En effet, après l’avoir consultée, le lecteur est tenté de penser que le livre contiendra plusieurs petits contes remaniés de façon humoristique dans le but de parodier les originaux. La vérité est toute autre puisque chaque élément annoncé est un évènement de la même histoire. Ainsi, Blanche-Neige, Raiponce, La petite sirène, Cendrillon ne sont qu’une seule et unique personne qui subit une anecdote faisant écho à une héroïne de conte de fées. Mais il ne s’agit que de la première déception qui nous attend.
Il nous est également promis une rencontre entre les contes d’Andersen et ceux de Perrault, néanmoins le roman nous offre davantage un mélange de la vision des Studios Disney plutôt qu’un croisement des matériaux de base. Nous pouvons par exemple constater la présence d’objets animés tels un chandelier, une théière, une tasse et une horloge, dont l’utilité est assez hasardeuse. Cela va même jusqu’à répéter des répliques des films d’animation, notamment celui de La Petite Sirène, le récit reprenant sensiblement la scène où le majordome du prince explique à ce dernier qu’il vaut mieux s’attacher à une jeune fille réelle plutôt qu’à des chimères. Ce qui nous mène aux inspirations de l’autrice.

Un lecteur attentif pourra sans conteste relever les nombreuses références à peine dissimulées. Cependant, à ce niveau, il est difficile de savoir s’il s’agit de références ou d’un manque d’imagination. En effet, les dessins animés de Walt Disney ne sont pas les seuls modèles, les films à succès de la compagnie sont tout autant visés. Le Hollandais Volant, célèbre bateau fantôme, apparaît dans le roman d’Anha Senet, mais une fois de plus, il ne s’agit pas d’un hommage à la légende initiale étant donné que le premier matelot jaillissant sur le vaisseau est un singe à l’apparence squelettique. Comment ne pas penser à la tétralogie Pirates des Caraïbes devant l’association de tels éléments ?
Mais l’univers cinématographique n’est pas le seul à être pillé puisque l’on peut également noter des schémas scénaristiques propre à des œuvres vidéoludiques, notamment à la franchise The Legend of Zelda. Ainsi, l’héroïne devra rassembler trois médaillons de couleurs différentes, chacun représentant un élément, afin de compléter son pouvoir. De surcroît, étant l’héritière de l’océan, la jeune fille reçoit, BringStormer, une épée dotée de magie blanche si puissante qu’elle peut anéantir toute forme de magie noire. Ajoutez à cela une île accessible seulement par les détenteurs du courage sur laquelle se situe une grotte où, pour en atteindre le cœur, les potentiels visiteurs devront résoudre les diverses énigmes tout comme surmonter les multiples épreuves, et vous obtenez un scénario similaire aux jeux produits par Nintendo. De ce point de vue, Little Mermaid, l’héritière de l’océan est donc davantage une vitrine de ce qui a pu intéresser l’autrice au cours de sa vie plutôt qu’une création originale.

Outre le contenu discutable, le système de narration reflète l’anarchie. Le récit débute comme tout conte de fées classique avec la présence de la troisième personne omnisciente, cependant, Anha Senet nous prouve qu’elle ne parvient pas à choisir son camp en poursuivant sa narration à la première personne au beau milieu d’un chapitre. Malheureusement, l’indécision ne s’arrête pas là étant donné qu’un personnage s’improvise narrateur afin de nous expliquer les tournants de l’histoire. Si l’interpellation du lecteur peut être un atout dans ce genre littéraire, mimant le schéma d’un adulte lisant un livre à son enfant, le résultat dans ce roman s’avère chaotique puisque l’autrice bâcle la construction de son texte. L’exemple le plus flagrant étant les chapitres consacrés à nous révéler à l’avance ce que découvrira un personnage juste après cet aparté réservé au lecteur, abrégeant ainsi l’instant véridique par la phrase « Voir chapitres précédents ». Il aurait été plus judicieux de rétablir la chronologie des évènements plutôt que de les agencer à la manière d’un livre de cuisine nous invitant à nous référer aux pages antérieures pour saisir la totalité de la recette.
Par ailleurs, cette impression de désordre est accentuée par le langage utilisé. Bien que les protagonistes possèdent des titres de noblesse, leur vocabulaire se trouve bien plus proche de celui du XXIe siècle, donnant un aspect anachroniques au récit. Ainsi, nous pouvons observer des expressions familières comme « se faire virer » ou des onomatopées comme « Hébé » apparaître, que ce soit dans la narration ou les conversations. En demeurant attentif, on peut remarquer à quel point les anachronismes sont légions. Outre le souci de langage évoqué, Anha Senet nous gratifie par exemple d’objets en dehors de leur temps. Si la présence d’un couteau suisse laisse planer un doute sur sa première utilisation dans l’Histoire, les canettes de bière, en revanche, font immanquablement grimacer le lecteur. Bien que l’époque ne soit pas précisément datée, il est tout de même peu probable que le contexte se prête à des éléments survenus après la révolution industrielle tandis que des pirates naviguent toujours sur de gigantesques voiliers. D’aucun dirait qu’il s’agit de simples détails, mais l’accumulation de ces erreurs sacrifient la cohérence interne du texte et nuisent à l’immersion du lecteur.

Little Mermaid, l’héritière de l’océan est parti d’une idée intéressante et ambitieuse, mais l’inexpérience de son autrice en matière d’écriture l’empêche de devenir le divertissement promis. Ainsi, l’histoire devient une parodie de conte sans pouvoir s’affirmer en tant que telle puisque l’on ressent la volonté de conserver un ton sérieux tout au long du récit. Anha Senet aurait gagné à retravailler davantage son roman afin d’éviter les maladresses typiques d’un premier jet tels les dialogues à la sonorité artificielle, mais également pour corriger les nombreuses coquilles encore présentes dans l’édition.

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