Vingt ans après – ALEXANDRE DUMAS

Résumé : Les aventures de d’Artagnan, vingt ans après les événements des Trois Mousquetaires, en pleine période de la Fronde et de la Première Révolution anglaise.

Les plus : L’écriture de Dumas. L’humour toujours aussi présent. L’évolution des personnages.
Les moins : Une grande connaissance de l’Histoire retire le suspense de certains événements.

En bref : Vingt ans après est une remarquable suite des Trois Mousquetaires où l’on retrouve nos héros vieillis, quelque peu désabusés par les épreuves de la vie, mais toujours aussi délectables.

Note :  

Mon avis :

Comme son nom l’indique, Vingt ans après se déroule plusieurs années après les aventures contées dans Les Trois Mousquetaires. Nous y retrouvons les quatre personnages emblématiques du roman, ces derniers ayant pris inexorablement de l’âge, et suivant la voie servant le plus leurs intérêts.
Le roi Louis XIII est décédé, tout comme son premier ministre, le cardinal de Richelieu. Le prétendant au trône étant trop jeune pour gouverner par lui-même, sa mère et reine de France, Anne d’Autriche, assure la régence en compagnie du remplaçant de Richelieu, le cardinal Mazarin. Malheureusement, les décisions et l’avarice de ce nouveau ministre mettent à mal la France, dont les sujets font entendre leur mécontentement. Ainsi, le roman prend place durant la période de la Fronde, mais retraçant également les événements outre-manche avec la Première Révolution anglaise.
Au milieu de ces faits, nos quatre protagonistes se retrouvent séparés par leur position politique. Athos et Aramis s’avèrent être frondeurs, leur dévouement se plaçant plutôt du côté des princes qu’ils jugent plus à même de servir la monarchie ; tandis que d’Artagnan et Porthos sont au service de Mazarin, le premier cherchant à évoluer dans sa carrière de mousquetaires et le deuxième espérant ainsi obtenir le titre de baron.

Tout comme le précédent roman, l’histoire nous est contée essentiellement sous le point de vue de d’Artagnan. Par conséquent, le début du livre est marqué par l’absence de ses compagnons, notamment d’Athos et d’Aramis qui ne partagent pas les mêmes idées. Cependant, le lecteur est rapidement comblé et rassuré puisque l’auteur joue d’astuces pour provoquer des rencontres ou des retrouvailles en fonction des événements. Les quatre amis finissent donc par discuter ou même s’entraider pour notre plus grand bonheur puisque leur verve et leurs actions sont toujours aussi délectables malgré les années passées.

À ce sujet, Alexandre Dumas nous offre une évolution empreinte de logique. En effet, le titre l’indique parfaitement, vingt ans se sont écoulés depuis la lutte contre Richelieu et l’infâme Milady, de ce fait, les personnages ont vieilli.
D’Artagnan, bien que possédant encore son courage et sa ténacité, s’est assagi et possède un œil beaucoup plus critique sur les affaires politiques. Rongeant son frein, la dure vie de mousquetaires sans obtenir de récompense le pèse, et c’est avec dépit qu’il sert Mazarin, espérant décrocher le grade de capitaine. Cependant, il ne cesse de comparer le nouveau ministre avec son prédécesseur, reconnaissant la grandeur de Richelieu qui constituait un noble ennemi contrairement à l’avare cardinal. C’est donc au fur et à mesure de ses pensées que le lecteur comprend que d’Artagnan est davantage au service de la reine et du jeune Louis XIV, mais puisque Mazarin guide la régence, le mousquetaire se voit obligé d’obéir à cet homme, même s’il demeure prêt à le renier pour utiliser son épée en l’honneur d’une cause allant à l’encontre de ses ordres.
De son côté, Porthos est devenu un riche propriétaire. Ayant épousé la procureuse apparue durant les premières aventures, il a également acheté de nouvelles terres suite à un conflit, allongeant son nom de deux nouveaux domaines. Malheureusement, sa richesse lui laisse une certaine amertume et l’ancien mousquetaire rêve d’obtenir le titre de baron afin d’être respecté de son voisinage. Exploitant cette ambition, d’Artagnan convainc donc Porthos de le rejoindre au service de Mazarin, ce dernier pouvant lui accorder l’honneur tant attendu. Le lecteur peut donc constater que des quatre compagnons, Porthos est celui qui a le moins changé. Il demeure cet homme bon, et bien qu’il soit attiré par le luxe de la grande vie, il demeure un ami loyal quelle que soit la mission qui lui est confiée.
Aramis, quant à lui, a quitté l’uniforme des mousquetaires pour devenir prêtre, comme il l’avait maintes fois répété, mais il conserve quelques traits de caractères du premier volet. En effet,  Aramis demeure le Don Juan poète qu’il était auparavant, cependant, sa délicatesse fait à présent place à un esprit guerrier complété par sa ruse naturelle. L’ancien mousquetaire n’est donc plus cet homme inspirant la douceur, mais un être malin calculant les avantages de chaque position avant de s’engager politiquement. C’est ainsi qu’il devient frondeur aux côtés des princes, flirtant avec la rivale de son amour précédent, étant bien plus mousquetaire depuis qu’il a quitté l’ordre.
Enfin, Athos est celui qui accumule les qualités. Retiré dans son domaine, il reprend goût à la vie grâce à son pupille, Raoul de Bragelonne, devenu un jeune homme d’une quinzaine d’années lors des événements du roman. L’instinct paternel permet donc à l’ancien mousquetaire de se défaire de ses vices, notamment de l’alcoolisme qui risquait fortement de le transformer. Ainsi, Athos est devenu un homme plus réfléchi, imposant le respect grâce à sa noblesse d’esprit. Possédant déjà un statut d’aîné détenteur d’une parole d’or, il confirme cette impression en agissant comme un parfait gentilhomme prodiguant les conseils les plus doux envers la vivacité de ses amis. C’est donc tout naturellement qu’Athos se range auprès des princes frondeurs, ne voyant en Mazarin qu’un être assoiffé d’argent et de pouvoir, en espérant ainsi sauver le symbole qu’est la royauté.
Outre les quatre protagonistes, le lecteur retrouvera également les quatre valets dans cette histoire. Peu de changements à noter de ce point de vue, si ce n’est que Mousqueton préfère se faire appeler Mouston depuis que ce fin gourmet gère l’intendance de Porthos, que Bazin est devenu un prêtre toujours prêt à éloigner d’Artagnan d’Aramis, et que Grimmaud sert toujours aussi fervemment les intérêts d’Athos. Cependant, Planchet est celui qui possède la plus grande évolution étant donné qu’il a quitté le service de son maître pour devenir confiseur. Il s’illustre également comme un ardent frondeur du côté du peuple.

Au niveau de l’aventure, Vingt ans après s’avère être tout aussi riche voire plus que le précédent opus. En effet, compte tenu de l’époque à laquelle se déroule le roman, celui-ci retrace tous les enjeux politiques relatifs à la Fronde ainsi qu’à la Première Révolution anglaise. Le lecteur prend donc connaissance de la fragilité dans laquelle se trouve le pouvoir royal. La fermeté et la fiscalité épuisent les sujets de la France, et un air de révolte gronde auprès de toutes les classes se réunissant sur un point : Mazarin est responsable de leurs maux. La monarchie subit également la faiblesse de la couronne anglaise, le roi Charles Ier étant obligé de faire face à la révolution parlementaire menée par Oliver Cromwell. Ces événements ne manquent pas de résonner dans la tête des Français.
Ainsi, les quatre compagnons ne manquent pas de se démarquer dans le cours de l’Histoire, devenant les acteurs principaux d’événements plus ou moins phares comme l’évasion du duc de Beaufort, l’arrestation de Broussel, le blocus de Paris, la fuite de la famille royale à Saint Germain,  ou encore la dernière bataille de Charles Ier. Cependant, Alexandre Dumas leur confère un nouvel ennemi fictif au même titre que l’était Milady dans Les Trois Mousquetaires. Surgissant tel un fantôme du passé, l’homme, ou plutôt le jeune homme en question, sera l’éternelle impasse entre nos héros et leur objectif. Animé par le bras de la vengeance, il apporte au récit des rebondissements, mais devient également le sel de certains points encore obscurs de l’Histoire.
Contrairement au précédent volet, il n’y est quasiment jamais question d’amour. Seul Aramis continue de charmer la gente féminine avec ses manières, et l’on peut également ajouter Raoul qui semble possédé par une idylle, mais leur relation ne sera développée que dans la suite de ce roman. De ce fait, il ravira les lecteurs peu friands de sentiments amoureux puisque celui qui est représenté est sans conteste l’amitié. En effet, le récit poursuit sa version des événements historiques et comme il a été signalé auparavant, les quatre protagonistes se trouvent séparés par leurs appartenances politiques. Ainsi, Vingt ans après nous conte essentiellement comment une forte amitié peut survivre à une telle épreuve.

Concernant l’écriture, l’auteur nous gratifie toujours de sa plume à la fois légère et construite, permettant au lecteur de visualiser les actions avec délectation sans souffrir d’aucunes lourdeurs. L’humour, déjà notable dans le précédent opus, est à nouveau présent dans ce roman, ce qui donne une grande saveur aux événements. Cet effet est renforcé par le vocabulaire et l’audace des personnages, livrant ainsi une éloquence des plus appréciables se permettant d’apporter des jugements sur les aspects politiques de l’époque.

Finalement, Vingt ans après est une remarquable suite des Trois Mousquetaires où l’on retrouve nos héros vieillis, quelque peu désabusés par les épreuves de la vie, mais toujours aussi délectables. Les lecteurs ayant de grandes connaissances de l’Histoire seront peut-être ennuyés par les grandes lignes du roman, mais Alexandre Dumas leur réserve tout de même des surprises grâce aux déroulements de certains événements, introduisant ses personnages avec fluidité.
À noter que la trilogie des mousquetaires se termine avec Le Vicomte de Bragelonne, faisant suite à Vingt ans après, et reprenant nos fidèles protagonistes agissant cette fois sous le règne de Louis XIV.

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