The Witches – ROALD DAHL

Titre français : Sacrées Sorcières

Résumé : Un enfant de huit ans, héros de ce livre, vit avec sa grand-mère norvégienne suite à la mort de ses parents. Celle-ci lui enseigne que les sorcières existent, mais pas de la manière dont nous les imaginons habituellement. Malgré toutes les précautions employées, le petit garçon fera face à ces terribles monstres.

Les plus : La maturité du récit.
Les moins : Le style d’écriture un peu trop enfantin pour un adulte.

En bref : Contrairement à ses œuvres précédentes, Roald Dahl laisse l’innocence et le rêve de côté pour aborder le thème de la peur, certaines situations et discussions donnant un souffle de maturité à l’histoire.

Note : 5/5  

Mon avis :

Le héros de cette histoire, comme la majorité des romans de Roald Dahl, est un enfant. Plus précisément, il s’agit d’un petit garçon de huit ans. Narrateur du récit, il explique au lecteur qu’il croisa deux fois le chemin des sorcières au cours de son existence et que s’il eut la chance d’échapper à un funeste sort la première fois, il ne fut pas si chanceux la deuxième.
Vivant chez sa grand-mère norvégienne suite à la mort de ses parents, le garçon apprit, grâce à elle, à reconnaître ces monstres appelés « sorcières ». En effet, contrairement à l’imaginaire commun, les sorcières ne sont pas des personnes possédant une baguette magique et pouvant voler sur un balai. Les vraies sorcières, comme l’auteur tient à le souligner, sont bien plus effroyables, leur but étant de débarrasser le monde de ce qu’elles détestent au plus haut point : les enfants.

The Witches est écrit à la première personne, le lecteur suivant donc les péripéties du petit garçon accompagné de sa grand-mère. Contrairement à La Potion Magique de Georges Bouillon, la relation entre les deux est profonde et chaleureuse, le petit-fils déclarant qu’il se sentait même bien plus proche de sa grand-mère que de ses parents.
La grand-mère est décrite comme assez peu conventionnelle, fumant de gros cigares, et détenant un savoir plutôt particulier. En effet, là où des grands-parents conteraient des contes classiques ou évoqueraient des souvenirs heureux, la grand-mère de ce récit se spécialise dans le domaine des vraies sorcières, préférant mettre en garde son petit-fils contre ces monstres via des histoires incroyables mais terrifiantes. Ce personnage s’avère donc à la fois bienveillant et mystérieux, notamment à cause de son pouce manquant faisant référence à sa rencontre avec une sorcière. La grand-mère opère donc un rôle de protecteur et de mentor auprès de son petit-fils.
Celui-ci est bien entendu le personnage auquel tout jeune lecteur pourra s’identifier. Il possède les qualités et les travers de chaque enfant, pouvant être aussi ingénieux que désobéissant. En effet, si ses idées lui sauveront la vie et lui permettront d’accomplir des prouesses, c’est en bravant un interdit qu’il se retrouve dans une position délicate menaçant sa vie. Par ailleurs, les réactions sensées mais également matures rendent ce héros attachant autant pour les jeunes lecteurs que pour les adultes souhaitant plonger dans l’univers de Roald Dahl.

The Witches est un livre bien plus mature qu’il n’y paraît. Roald Dahl avait déjà écrit d’autres œuvres pour enfants auparavant, mais toujours ponctuées de rêves et d’innocence, comme par exemple le célèbre Charlie et la Chocolaterie, La Potion Magique de Georges Bouillon ou encore James et la Grosse Pêche. Ces récits faisaient toujours appel à des fantasmes que chaque enfant put expérimenter, comme imaginer une chocolaterie capable de produire des merveilles de bonbons, mélanger tout un tas de produits défendus pour jouer à l’apprenti sorcier, voyager à travers les nuages, mais The Witches rompt cette logique pour aborder un cauchemar : celui des monstres.
En effet, comme évoqué précédemment, le livre balaye le cliché populaire des sorcières pour y décrire des êtres difformes et foncièrement mauvais. Pour ce faire, Roald Dahl utilise des éléments récurrents dans les peurs enfantines comme les griffes à la place des ongles, ou encore le regard capable de glacer le sang, leur dotant même d’un odorat très développé afin de mieux repérer leurs victimes. Par ailleurs, les sorcières se camouflent, ressemblant ainsi à n’importe quelle femme, rendant l’existence de ces monstres parfaitement angoissante, car leur déguisement est exemplaire, le subterfuge devenant impressionnant lorsqu’il s’agit de la sorcière régnant sur les autres : The Grand High Witch. Sa description pourrait très bien hanter n’importe quel enfant tant l’auteur prit soin de lui conférer une apparence cauchemardesque dissimulée sous le plus habile et gracieux des masques. Ainsi, le livre se révèle plutôt sombre, laissant peu de place aux douces illusions.
Au-delà du thème de la peur, ce roman offre des moments poignants et particulièrement durs. Par exemple, un autre enfant du nom de Bruno Jenkins subira également une mésaventure. N’étant plus exactement le petit garçon qu’il était auparavant, la grand-mère du héros tentera d’expliquer la situation à ses parents avec la plus grande gentillesse et compassion. Malheureusement, le récit sous-entend grandement que le destin du jeune Bruno se conclue par un drame provoqué par son propre père suite la volonté de sa propre mère. De même, il est particulièrement marquant et inattendu de lire que le héros s’avère plutôt satisfait de sa nouvelle condition, car de cette façon, il ne survivra pas à sa grand-mère, ne subissant donc ni le deuil, ni la solitude.
Ces éléments placent nettement The Witches au-dessus des romans précédents de l’auteur. En effet, si Roald Dahl se permettait un peu de cynisme en critiquant la société, jamais il n’avait été aussi dur dans ses propos. Une tendance qui se confirmera dans ses futurs écrits comme Matilda où la satire sociale est très développée. Cependant, la fin de The Witches et ce qu’elle implique sont empreints d’une tristesse non égalée.

Si les messages présents dans le texte le rendent plus intense, le style d’écriture, en revanche, l’inscrit véritablement dans la catégorie jeunesse. La syntaxe des phrases est très simpliste, et les dialogues ne sont pas non plus extrêmement recherchés. Cependant, cette sobriété permet à l’histoire de rester en accord avec son narrateur. En effet, si l’on peut regretter qu’un tel récit possède une apparence si légère, il ne faut pas oublier que le personnage principal est un enfant de huit ans.

Finalement, The Witches est un roman plus sombre et plus mature que les œuvres précédentes de Roald Dahl. Jouant avec les peurs enfantines, l’auteur nous propose un récit qui n’hésite pas à aborder le danger dans sa plus grande nature, à savoir la mort. Ainsi, sous une écriture volontairement simpliste se cache une histoire aussi rude qu’émouvante, une association tout à fait marquante pour un livre jeunesse, le tout agréablement ponctué d’illustration de Quentin Blake. Une lecture qui permet donc de toucher les adultes, comme les enfants. En revanche, compte tenu des tenants et des aboutissants de ce livre, il est conseillé de respecter l’âge requis.

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