Le Vicomte de Bragelonne – ALEXANDRE DUMAS

Résumé : Une dizaine d’année après les événements de Vingt ans après, les héros des livres précédents ont beaucoup vieillis. Bien qu’ils soient encore présents dans quelques trames politiques, le roman s’attarde davantage sur le début du règne de Louis XIV, décrivant le parcours l’ayant mené à devenir le Roi-Soleil, ainsi que sur ses amours.

Les plus : Une véritable fresque mélancolique de ce qu’est devenue la France et ses personnages. Une conclusion émouvante.
Les moins : Les anciens mousquetaires s’effacent totalement face aux intrigues amoureuses de la cour. Des situations trop peu exploitées.

En bref : Le Vicomte de Bragelonne propose une vision romancée du début du règne de Louis XIV, peuplée de personnages profondément humains que ce soit dans leurs qualités ou leurs travers.


Note :
 

Mon avis :

Dix ans après la Fronde, Louis XIV est monté sur le trône suite à la régence de sa mère Anne d’Autriche, mais son pouvoir demeure bridé par le premier ministre Mazarin. Parallèlement, le prétendant à la couronne d’Angleterre, Charles, cherche à obtenir de l’aide auprès de la France afin de recouvrer son dû. Bien que Louis promette de lui offrir des moyens, le jeune souverain est contraint par Mazarin d’abandonner Charles à son triste sort.
D’Artagnan, devenu capitaine des mousquetaires, observe l’évolution de la Cour avec un œil profondément désabusé. Selon lui, son maître n’est pas à la hauteur de son père, et regrettant même le Grand cardinal, Richelieu, il donne sa démission afin d’assouvir des projets plus importants. En effet, le Gascon souhaite restaurer la couronne anglaise. C’est durant cette aventure qu’il retrouve son ancien compagnon d’armes, Athos, venant également au secours du futur roi d’Angleterre.
La couronne anglaise restaurée, une alliance se forge avec la France par le biais d’un mariage entre Philippe d’Orléans, jeune frère de Louis XIV, et Henriette, sœur de Charles II. Mazarin s’éteint en livrant un dernier conseil au monarque : celui de ne jamais prendre de premier ministre auprès de lui. Ainsi débute le règne du Roi-Soleil.

C’est sur cette base que se forge l’histoire du Vicomte de Bragelonne. Le récit se déroule entre 1660 et 1673, ce qui explique la longueur de l’ouvrage.
Qu’est-il advenu de nos quatre héros ? D’Artagnan, malgré sa démission afin de participer à la restauration anglaise, reprend son poste de capitaine des mousquetaires après que Louis XIV lui ait prouvé son pouvoir. Sa confiance regagnée, le Gascon demeure tout de même le critique le plus ferme du monarque, n’hésitant pas à lui énoncer ses pensées lorsqu’il l’estime nécessaire. Malgré ses cinquante ans, d’Artagnan conserve sa vivacité physique et mentale, sachant flairer les complots, et soumettant de bons avertissements.
Athos vit des jours heureux à la campagne avec son fils. Malgré son âge avancé, il s’engage dans la restauration de Charles II, mais une fois cette action accomplie, il n’apparaît que de façon épisodique. En effet, l’ancien mousquetaire préfère s’éloigner de la Cour et de ses artifices, une décision qu’il ne regrette aucunement lorsqu’il apprend le comportement du roi envers son fils Raoul.
Aramis, le plus sournois des compagnons, est à présent évêque de Vannes. Cependant, n’étant jamais autant mousquetaire que lorsqu’il porte la soutane, Aramis profite de sa position pour se mêler à la politique en se liant au surintendant des finances, Nicolas Fouquet. Sa soif de pouvoir le mène à obtenir le poste de général des Jésuites grâce à un secret qu’il souhaite utiliser pour renverser la couronne.
Porthos, quant à lui, demeure cet homme débonnaire et loyal des opus précédents. Cherchant à ajouter des titres de plus en plus prestigieux à son patrimoine, il se fait ainsi enrôler par Aramis dans ses projets. Toujours plus fort, mais toujours aussi lent d’esprit, le pauvre homme ne saisit jamais entièrement la réalité de sa situation et croit aveuglément son ami.
Enfin, à ce quatuor, s’ajoute Raoul, le vicomte de Bragelonne, qui donne son nom à l’œuvre. Ayant bien grandi depuis Vingt ans après, le jeune homme a fait ses preuves comme militaire, mais plutôt que ses exploits guerriers, c’est son amour envers Louise de la Vallière qui est exploité. Cependant, bien qu’il soit le personnage éponyme du livre, Raoul n’apparaît que très peu dans le roman.

L’action comprend essentiellement les intrigues de la Cour de France, notamment les amours du roi. En effet, contrairement au volet précédent, Le Vicomte de Bragelonne comprend énormément de romance. Si Les Trois Mousquetaires développait quelques romances, notamment entre d’Artagnan et Constance Bonacieux ou Milady, elles possédaient surtout un ressort scénaristique permettant d’engendrer une nouvelle aventure. Dans cet opus, les romances sont développées en tant que telles, et bien que leur présence aient quelques implications politiques, ces dernières ne dépassent que très rarement le cadre amoureux. Ainsi, le lecteur ne suit, ni plus, ni moins, une version romancée de l’une des relations de Louis XIV.
Bien entendu, si cette passion s’étale sur autant de pages, c’est parce que la maîtresse en question est Louise de la Vallière, demoiselle d’honneur d’Henriette d’Angleterre. En réalité, Louise est la véritable héroïne de cette œuvre et il est étonnant qu’elle ne donne pas son nom au roman. L’auteur nous la présente comme amie et promise de Raoul, puis nous suivons son évolution jusqu’à ce qu’elle entre à la Cour auprès de Madame, pour enfin la voir devenir l’amante du souverain. Il est difficile d’avoir un avis tranché sur ce personnage puisqu’il est animé des meilleures intentions et d’une grande pureté malgré la trahison de ses serments envers Raoul.
Compte tenu de sa position, Louise est sans cesse jalousée par Madame, pourtant à l’origine du rapprochement entre la demoiselle d’honneur et le monarque, mais également par la Reine Mère et sa bru. Elle devient également un moyen de complot, notamment lorsque Fouquet tente de retenir son amitié afin de rester dans les faveurs du roi, mais aussi lorsque Colbert souhaite utiliser cette tentative de son ennemi pour le compromettre auprès du souverain.
Cependant, outre ces événements, la relation entre Louise et le Roi-Soleil est davantage un miroir du caractère infidèle du monarque ainsi que des usages amoureux de l’époque qu’un véritable enjeu narratif. Un côté tragique s’ajoute tout de même à cette passion puisque Raoul, l’amant oublié, perd le goût de la vie suite en découvrant la vérité.

Bien que les intrigues amoureuses soient extrêmement présentes, Alexandre Dumas nous propose tout de même des aspects politiques. En effet, une confrontation permanente s’opère entre Colbert et Fouquet, chacun s’occupant des finances, mais avec une approche différente.
Colbert souffre de jalousie envers Fouquet, considérant ce dernier comme une nuisance dans ses projets de grandeur du royaume. Ainsi, il tentera de piéger son ennemi à de nombreuses reprises afin que le roi décide de le destituer de sa surintendance.
Cependant, Fouquet est lié d’amitié avec Aramis, qui lui sera d’excellents conseils afin d’éviter sa chute. C’est sous ses ordres que se déroulent par ailleurs, les travaux de fortifications de Belle-Île, véritable bastion dont Porthos est l’ingénieur.
Colbert apparaît donc comme un méchant homme, cherchant la ruine du gentilhomme qu’est Fouquet. Cependant, Le Vicomte de Bragelonne prouve à bien des endroits que les personnages sont constitués de demi-teintes. En effet, à la fin du roman, lorsque Colbert obtient le poste qu’il désirait tant, la physionomie de celui-ci change et ses actions embellissent véritablement le trésor français. De même, si Fouquet paraît être un gentilhomme, il semble également avoir de mauvaises intentions en suivant les conseils d’Aramis, et son amour de la profusion n’est pas d’un excellent service à la France.
Si l’œuvre ne nous permet pas d’appréhender véritablement les enjeux politiques et financiers de l’époque, elle demeure néanmoins un excellent divertissement pour peu que l’on s’attache à certains personnages. Cependant, malgré cet aspect brumeux de la situation, l’auteur parvient à démontrer la puissance qu’exerçait Louis XIV. Si le monarque était célèbre pour son grand nombre d’amantes, son titre de Roi-Soleil était dû à son autorité et sa maîtrise des Hommes. D’Artagnan reconnaîtra par ailleurs la grandeur du souverain à la fin du roman.

Parmi les complots du livre se trouve un mystère devenu célèbre, celui de l’homme au masque de fer. Véritable énigme historique, beaucoup de suppositions découlent de ce personnage, de la plus plausible à la plus incroyable. Alexandre Dumas choisit d’intégrer l’hypothèse de Voltaire à son histoire : le prisonnier serait un jumeau caché de Louis XIV.
Il est important de noter que les amateurs de l’adaptation seront grandement déçus s’ils désirent se plonger dans Le Vicomte de Bragelonne en espérant y trouver davantage de contenu.
L’existence d’un jumeau du roi est évoquée relativement tôt. Découvert par Aramis, ce dernier garde cet atout jusqu’à ce qu’il obtienne suffisamment d’influence pour mener à bien son coup d’état : remplacer le monarque légitime par son frère. L’exécution de cette mission est tout à fait alléchante et le lecteur attend avant impatience les réactions des autres personnages. L’enlèvement de Louis XIV est organisé avec maestria, et l’introduction du nouveau souverain laisse miroiter des merveilles.
Malheureusement, le règne de l’imposteur est de très courte durée et l’aventure est décrite au cours de trois chapitres tout au plus. Un regret inévitable puisque ce changement promettait la vision d’un gouvernement différent, ce qui aurait donné lieu à des scènes très intéressantes sur la gestion du peuple. Cependant, ce choix demeure compréhensible puisque l’auteur ne désire pas trop s’éloigner des véritables faits historiques bien qu’il les romance. De plus, cet événement permet l’avènement du Roi-Soleil puisque emporté par sa colère, le souverain déploie sa puissance afin d’arrêter les coupables de ce crime de lèse-majesté, mais fait également preuve de magnanimité, exaltant toute sa grandeur.

Bien que Le Vicomte de Bragelonne clôt les aventures des mousquetaires, cette conclusion ne fait apparaître que rarement les principaux intéressés. Un choix qui s’explique pourtant très logiquement dans le récit.
Nos protagonistes sont vieux, le plus jeune d’entre eux est cinquantenaire et ne se reconnaît plus dans le monde où il vit. Les anciennes valeurs se perdent, d’où le retranchement d’Athos dans sa campagne et les désillusions de d’Artagnan. Même Raoul, malgré sa jeunesse ne parvient à s’intégrer dans cette réalité tant il a été élevé par les principes de son père. Seuls Aramis et Porthos parviennent à s’adapter, l’un parce qu’il est toujours plus avide de pouvoir, l’autre parce qu’il suit aveuglément son ami sans poser de question.
Nous observons donc nos anciens héros désabusés qui tentent de recouvrer une digne place dans un univers bien trop changé pour eux et qui assèche trop le cœur des Hommes. La phrase finale complète cette idée : « Des quatre vaillants hommes dont nous avons raconté l’histoire, il ne restait plus qu’un seul corps : Dieu avait repris les âmes. » Le livre mettant un terme à leurs aventures, il est normal d’assister à la mort des personnages, mais l’un d’eux survit : celui qui parvenait à s’intégrer au prix de son intégrité. Par ailleurs, la fin s’avère tout à fait émouvante lorsque l’on a appris à aimer ces mousquetaires depuis leur rencontre.

Finalement, Le Vicomte de Bragelonne est une véritable fresque historique. Se déroulant sur treize ans, le roman aborde la Cour de France dans tous ses aspects, qu’ils soient politiques, financiers ou amoureux. Cependant, c’est ce dernier point qui obtient le plus d’attention, au détriment de l’action qui aurait pu mettre davantage en scène nos chers anciens mousquetaires. C’est tout de même avec mélancolie que nous quittons leurs aventures.

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