L’Homme invisible – H. G. WELLS

Titre original : The Invisible Man

Résumé : Suite à une expérience, le savant Griffin parvient à se rendre invisible. Voyant ce statut comme une bénédiction, puis une malédiction, il sombre petit à petit dans la folie, devenant un monstre sans crainte des conséquences de ses actes.

Les plus : Les explications scientifiques vraisemblables.
Les moins : Le personnage principal horripilant. La narration plutôt hasardeuse.

En bref : Un roman qui avait le potentiel pour devenir mémorable avec l’histoire d’un homme glissant petit à petit dans l’immoralité, mais devenant une lecture fastidieuse suite à des choix avortant les messages les plus forts.

Note :  

Mon avis :

L’Homme invisible nous conte l’histoire d’un homme mystérieux qui fait irruption à l’auberge du village d’Iping, en Angleterre. Portant un long manteau noir, des gants, un chapeau, ainsi que de multiples bandages dissimulant l’intégralité de son visage, le voyageur ne manque pas d’attirer l’attention.
Outre son apparence peu commune, l’homme possède des manières peu courtoises. Irascible, il rabroue sans cesse son hôte, désirant être seul et travaillant périodiquement avec des outils de laboratoires, notamment des produits chimiques. Devenant un sujet de discussion et d’inquiétude récurrent au sein du village, puis accusé du cambriolage inexpliqué du presbytère, le voyageur s’emporte et finit par dévoiler sa véritable condition : il est invisible.
Le roman retrace l’arrivée du personnage principal à Iping, ainsi que son périple le menant à révéler son identité et son parcours antérieur. Le lecteur finit donc par apprendre son véritable nom : Griffin.

L’Homme invisible est considéré comme un classique de la science-fiction. Devenu un véritable pilier de la culture populaire, ce récit fut adapté de nombreuses fois au cinéma et à la télévision, tout comme il fut l’objet de référence dans d’autres médias. Malheureusement, si son concept est intéressant, son développement n’en est pas toujours convaincant.

Le roman appartient à ce que l’on appelle la soft science-fiction. Ce sous-genre est basé sur des thèmes philosophiques, psychologiques, politiques ou sociétaux ; les aspects techniques étant, quant à eux, secondaires. Ainsi, L’Homme invisible s’inscrit davantage dans la critique du genre humain et de ses travers, préférant s’attarder sur les séquelles de l’expérience plutôt que sur l’exploit scientifique lui-même.
Certes, au fil du récit, Griffin expliquera plus en détails ses recherches, mais son discours ne se veut pas le plus exact possible. En effet, même si le lecteur ne possède aucun notion de physique ou de chimie, il pourra suivre sans aucun souci le raisonnement du savant et comprendre le procédé d’invisibilité. Les connaissances requises concernant essentiellement la diffusion et la perception de la lumière, il est aisé pour l’auteur d’énoncer quelques règles basiques pour servir son propos. Cependant, un lecteur ayant un savoir plus poussé ne peut se laisser berner par le raisonnement visant à appliquer l’invisibilité à l’échelle biologique humaine. Malgré cela, l’aspect scientifique demeure vraisemblable pour toute autre personne, un atout dans un roman de science-fiction puisque cela permet de ne pas briser la suspension consentie de l’incrédulité.
L’intérêt du roman se trouve dans le développement de la folie lorsqu’un homme ne craint plus les conséquences de ses actes. En effet, l’état d’esprit de Griffin évolue en fonction de sa situation et de ses problèmes. Lorsque ses finances ne lui permettent plus de vivre comme avant, le savant voit son invisibilité comme une bénédiction lui permettant d’échapper à ses créanciers. En revanche, lorsque le froid se fait mordant, il devient difficile de rester intégralement nu, tout comme le port de vêtement s’avère délicat si aucune tête n’apparait au dessus d’une silhouette dessinée par un manteau et un pantalon. Une condition qui se révèle à double tranchant, incitant le personnage à chercher un remède. Cependant, au fur et à mesure, Griffin sombre dans la délinquance, débutant par de petits larcins et finissant par de la violence le menant jusqu’au crime. Protégé par son invisibilité, le protagoniste ne songe plus à la moralité de ses agissements, se croyant invincible au point d’en perdre toute notion d’humanité dans sa soif de pouvoir.

Pour cet aspect de réflexion, L’Homme invisible est un roman très intéressant car il soulève la question de ce que deviendrait et ce que ferait l’Homme s’il était libre d’effectuer n’importe quelle chose sans en subir le blâme. Malheureusement, deux points essentiels gâchent ce développement.
Tout d’abord, le personnage principal est absolument détestable. Il est courant en littérature de vouloir créer un anti-héros afin de briser les codes du récit, cependant, ces personnages sont plutôt charismatiques que ce soit par leur passé, par leur évolution, par leurs pensées, et d’autres éléments leur offrant une dimension humaine et compréhensible. Dans ce roman, malgré les pistes de réflexion précédemment évoquées, il est impossible d’apprécier le protagoniste tant il est présenté comme odieux dès les premiers chapitres. Irascible, considérant son entourage comme de la vermine et, par conséquent, le traitant avec condescendance, face à un tel énergumène, le lecteur peut difficilement faire preuve de compassion. La folie s’accentuant et transformant Griffin en véritable monstre, renforçant l’inimitié que l’on peut avoir envers lui. Ainsi, le personnage étant déjà un être peu soucieux d’autrui, le message que souhaite faire passer l’auteur devient plutôt bancal. La fin du roman rattrape quelque peu la réflexion basée sur l’inhumanité, mais c’est tout un développement qui s’évanouit avec ce choix de caractère.
Le second point se trouve être la longueur du récit. En effet, la pente exercée par le protagoniste est extrêmement rapide. Griffin renonce aisément à l’idée de trouver un remède à son état pour glisser dans le crime. Une décision qui est certainement due au comportement naturel du savant, mais qui laisse une impression d’exagération pour servir le propos. Par ailleurs, le fait de dévoiler l’identité et le passé du personnage au cours d’une conversation empêche le récit de s’étaler sur la progression de cette chute vers l’immoralité. Cette technique est bien entendue utilisée pour laisser planer le mystère le plus longtemps possible sur le savant, mais l’effet est tel que ces éléments sont trop rapidement évoqués, gâchant ainsi la possibilité d’un développement plus intense du personnage.

Concernant la narration, il s’agit d’un récit à la troisième personne. Certains chapitres sont très courts par rapport aux autres, ce qui déséquilibre un peu l’histoire, mais l’élément qui pourra rebuter quelques personnes est l’intervention de l’auteur ou du moins le narrateur fictif. Ce phénomène peut être un atout, voire un ressort scénaristique comme dans Jacques le Fataliste de Diderot. Cependant, dans L’Homme invisible, cet effet brise considérablement l’immersion.
En effet, les interventions sous-entendent que le récit est conté par un narrateur fictif, malheureusement, cette indication ne transparaît que lorsque ces irruptions se manifestent. Le début du roman étant tout à fait classique, la première intervention crée donc une coupure déstabilisante, rendant la narration inégale, alors que de telles irruptions aurait pu devenir un subtil avantage.

Finalement, L’Homme invisible est une déception. H. G. Wells avait l’opportunité de livrer un récit empreint d’une puissante réflexion sur l’être humain et les règles morales qu’il a établi, mais cette possibilité se voit anéantie par des choix maladroits. L’épilogue tente de proposer une fin ouverte, suggérant un cycle infini tant que l’Homme aura les mêmes faiblesses, mais il est difficile d’applaudir lorsque aucune identification ne peut se faire, ce qui aurait donné bien plus de poids au message de l’auteur.

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