Niourk – STEFAN WUL

Résumé : Au XXVe siècle, la Terre est devenue méconnaissable suite à une catastrophe écologique. Les Hommes vivent de nouveau à l’âge préhistorique, mais au cours d’un voyage, un jeune garçon appelé « l’enfant noir » redécouvrira les technologies du XXe siècle et subira une transformation développant son intelligence.

Les plus : Le système de narration qui s’adapte parfaitement à l’histoire.
Les moins : Les incohérences internes. Les incohérences avec les théories scientifiques. La dernière partie absolument illogique.

En bref : Un roman qui accumule des erreurs grossières sur de nombreux points, l’ennui étant que le lecteur réalise très vite que certains éléments ont été placés pour rendre le récit plus attrayant au détriment du sens.

Note : 1  

Mon avis :

L’histoire se déroule au XXVe siècle. Suite à une catastrophe écologique advenue il y a cinq cents ans, les océans se sont asséchés et la température a baissé de telle façon que les continents sont devenus des montagnes enneigées. Devenue invivable, la Terre est abandonnée par la plupart des êtres humains au profit de Vénus. Cependant, quelques Hommes existent encore sur la planète « bleue », mais ceux-ci sont retournés à un âge préhistorique.
C’est une tribu installée dans l’ancien Golfe du Mexique que nous suivons, ses personnages emblématiques étant leur chef Thôz, leur sorcier surnommé Le Vieux, et l’enfant noir. Un soir, Le Vieux annonce qu’il part pour Santiag, la cité des dieux, et qu’à son retour, ils sacrifieront l’enfant noir. Mais étrangement, le sorcier ne semble pas redescendre de la montagne où il s’est rendu. L’enfant noir décide donc de partir à sa recherche, son voyage le menant à découvrir les anciennes technologies humaines.

Avec Niourk, Stefan Wul désire plonger le lecteur dans un monde post-apocalyptique. Comme évoqué précédemment, les Hommes ont régressé, mais parallèlement, certains animaux ont évolué. En effet, suite à l’assèchement des océans et des mers, des déchets nucléaires, que la civilisation du XXe siècle avait dissimulés sous les flots, ont contaminé les espèces marines. Cependant, les animaux terrestres conservent leurs anciennes propriétés.
Concernant la tribu présentée dans le livre, sa condition primitive l’incite à considérer les humains des siècles passés comme des divinités. Une croyance découlant des interprétations du sorcier puisque ce dernier représente le savoir et seule personne autorisée à se rendre à la cité des dieux. Ce sont ses yeux préhistoriques qui établissent chaque élément technologique comme de la magie, chaque publicité comme une icône religieuse, ces connaissances transformant Le Vieux en véritable porte-parole.

Malheureusement, rien qu’avec ces éléments, l’auteur prouve qu’il est difficile d’écrire un bon livre de science-fiction, même s’il entre dans le cadre dit « soft ».
En effet, il paraît peu vraisemblable que cinq cents ans suffisent à transformer une civilisation comme la nôtre en quelques tribus barbares. Au fil du récit, il est indiqué que l’espèce humaine abandonna la terre afin de s’établir sur Vénus, ce qui pose la question de la présence de ces êtres primitifs. Sont-ils des humains de l’ancienne civilisation qui ont atteint un tel niveau de décadence qu’ils en sont arrivés au début de l’Humanité ? Ou bien sont-ils une nouvelle espèce humaine ayant suivi le parcours d’évolution que nous connaissons ? Dans les deux cas, le choix est un échec. Pour la première possibilité, malgré la catastrophe écologique, il est impensable qu’une poignée d’Homme ait régressé au point de retourner à l’âge de pierre. Les survivants essayeraient sans nul doute de reconstruire un semblant de civilisation à partir des ruines de chaque ville, refusant de perdre leur identité et ce qui les différencie des autres animaux. Pour la deuxième possibilité, cinq cents ans ne sont pas suffisants pour reformer un cycle d’évolution menant à l’homo sapiens.
Il en va de même pour les poulpes mutants, mais cette fois-ci, avec l’idée inverse. En effet, ces céphalopodes sont devenus d’une taille monstrueuse, mais subirent également une modification au niveau de leurs tentacules. Normalement au nombre de huit, il diminua à celui de sept en ce qui concerne leur emplacement habituel. Le tentacule disparu se trouve à présent entre leurs deux yeux et n’a qu’une seule utilité, celle de se servir d’une javeline dissimulée dans une poche sous leur ventre. La nature et son évolution sont incroyablement complexe et il est difficile d’en saisir toutes les subtilités, cependant, ce tentacule va à l’encontre de la logique. Les pieuvres sont des animaux aux capacités déjà exceptionnelles en soi. Ils sont capables de se camoufler en changeant la pigmentation de leur peau, leur jet d’encre permet d’offrir une défense contre les prédateurs, sans oublier leurs tentacules qui sont redoutables une fois enroulés autour de leur adversaire. Par ailleurs, Stefan Wul débutait plutôt bien l’évolution des céphalopodes en modifiant leur cartilage de manière à leur donner une nouvelle rigidité, mais tout en conservant la souplesse propre à ces animaux. De même qu’il les dota des mêmes mécanisme de défense, malheureusement ce tentacule détruit toute crédibilité à sa création. Comme évoqué précédemment, ce tentacule n’a pour seul objectif que de lancer un projectile, un objet non-naturel. Si l’Homme utilise des armes, c’est dû à sa morphologie peu adaptée à la survie animale. Ne possédant ni crocs, ni griffes, ni autres moyens d’attaque efficaces, c’est son intelligence qui lui a permis de dominer le monde animal en créant ses propres armes. Les poulpes mutants de Niourk avaient déjà de nombreux atouts propres à leur espèce, ce tentacule n’a aucune raison d’apparaître ainsi dans le but d’utiliser un objet fabriqué. Bien entendu, il serait facile de rétorquer que ce tentacule n’est pas dû à une évolution mais à la mutation suite à l’exposition des déchets nucléaires, mais malgré cela, l’utilisation qu’en font ces pieuvres demeure factice tant l’on ressent que cet élément fut introduit ici pour « faire cool ».

Au grand regret du lecteur, ces détails ne sont pas les seuls à gâcher le livre. Niourk est une sorte de voyage initiatique qu’effectue l’enfant noir. D’abord rejeté par sa tribu à cause de sa couleur, il s’émancipe en partant à la recherche du Vieux. Il visite ainsi les ruines de la ville, puis, découvrant le vieillard mort de froid suite à son ivresse au milieu de Santiag, le jeune garçon lui ouvre le crâne afin de dévorer sa cervelle, pensant ainsi acquérir le savoir du moribond. Au cours de son exploration, l’enfant noir s’empare d’un lance-flammes et comprend son fonctionnement au cours d’un affrontement avec un jaguar. Se croyant protégé des dieux, le jeune garçon décide de rejoindre sa tribu, mais celle-ci entreprit de déménager vers la terre des monstres suite à un incendie ravageur. À partir de cet instant, le récit oscille entre les actions de Thôz et de l’enfant noir. Le premier guide les siens, encouragés suite à une victoire contre les poulpes mutants, tandis que le deuxième tente de les rejoindre. Lorsque l’enfant noir retrouve enfin sa tribu, celle-ci le regarde d’un nouvel œil grâce au collier du Vieux, indiquant que son savoir coule dans les veines du garçon, mais également grâce à son arme ayant terrassé tous les monstres.
Le lecteur observe avec curiosité le parcours de cet enfant. Considéré comme un paria, puis comme un second chef, on s’interroge sur le point culminant, sur l’avenir de ce personnage qui parvient à se frayer un chemin au cœur de cet univers hostile. Puis advient un nouvel élément complètement fantasque. La tribu ayant consommé la chair des poulpes mutants, chaque personne voit son abdomen gonfler jusqu’à s’envoler comme une montgolfière. À ce moment, c’est à se demander si l’auteur se souvient qu’il écrit un livre de science-fiction. Si le lecteur pouvait accepter que cette nourriture radioactive fasse luire le ventre des êtres primitifs en faisant apparaître leurs entrailles telle une radiographie, il est beaucoup plus difficile d’avaler ce phénomène de gonflement à l’hélium. Cependant, l’objectif de l’enfant noir étant de parvenir à Niourk, ville éponyme, l’intérêt du lecteur se concentre sur ce point, tentant d’oublier ces écarts peu engageants.
Une fois à bon port, une incohérence s’offre à nous. Dans la ville de Santiag, l’enfant noir pouvait lire des slogans publicitaires en anglais, tels que « easy shave ». Cependant, une fois arrivé à Niourk, ce sont des textes français que le garçon remarque. Sachant que l’histoire se déroule en Amérique du Nord, cela peut surprendre, mais bien qu’aucune explication ne soit donnée à ce sujet, le lecteur peut en imaginer une à sa guise. Cependant, il est également expliqué que pour faciliter le langage, les USA décidèrent de rendre l’écriture phonétique. Ainsi, lorsque l’enfant noir cherche à déchiffrer une affiche, il lit « MANGE DE BANAN ». Si l’intention de Stefan Wul est honorable, il est regrettable de voir qu’il exploita passablement son idée. D’un point de vue linguistique, comment peut-on différencier la prononciation du « an » de « mangé » du « an » de la fin du mot « banan » ? Il serait facile de rétorquer qu’une fois que l’on a appris que ce mot se prononce ainsi, la question ne se pose plus, mais bien au contraire, la langue possède une écriture précise pour que certains sons soient reconnaissables par chacun, même si le mot est inconnu. Le « e » muet de « banane » sert justement à ce que la fin du mot se prononce différemment du son nasal « an ». Ainsi, le principe d’écrire phonétiquement les mots n’est pas mauvais puisqu’il corrobore le message que souhaite passer l’auteur sur la déshumanisation et la robotisation de l’ancienne civilisation, mais le manque de profondeur ternit ce concept.

Malheureusement, tout cela n’est rien en comparaison avec la dernière partie du livre. Ayant également consommé du poulpe mutant, l’enfant noir est sujet à une transformation. Cependant, s’étant réservé la cervelle, un corps chimique présent dans cette dernière l’affubla de sursaut d’intelligence. C’est ainsi qu’il apprit à lire, à comprendre que la Terre est ronde, à se repérer avec l’étoile polaire (comme si les Hommes préhistoriques n’en étaient pas capables, mais passons), à comprendre que les dieux ne sont que des affiches, etc. Ses pérégrinations dans Niourk lui faisant rencontrer des obstacles, il cherche à fuir la cité en l’escaladant. C’est ainsi qu’il se fait remarquer par deux Vénusiens dont la navette s’est malencontreusement écrasée sur Terre. Véritable sujet d’expérience pour ces Hommes bien plus évolués, l’enfant noir est enfermé dans une sorte de laboratoire. Libéré des effets nocifs de la radioactivité, mais bénéficiant toujours de son surcroît d’intelligence, le garçon passe la nuit à dévorer les nombreux livres scientifiques présents autour de lui. Ses capacités sont telles qu’il parvient à lire une page en ne la visualisant qu’une seconde. Au matin, c’est un être complètement métamorphosé que les deux Vénusiens retrouvent, et c’est à cet instant que le festival de l’improbabilité commence.
L’enfant noir, désirant se faire appeler « Alphabet », mais acceptant de se nommer « Alf », est à présent capable de léviter, de se dédoubler et même davantage afin d’effectuer plusieurs actions en même temps. Il explique sa vision des choses aux Vénusiens, mais lorsque l’un d’eux tente d’émettre une objection, Alf répond par un magnifique :

« Je connais par avance tous les impossibles que vous allez me jeter à la figure. Il faut dire que mon petit exposé a été trop bref pour vous convaincre je ne vous ai pas donné de détails probants. Mais je vous expliquerai cela une autre fois, j’ai encore des choses à vous montrer. »

Inutile de préciser que nous n’aurons aucune explication. Il est plus facile d’énoncer une réflexion totalement illogique et de faire semblant qu’elle a une explication rationnelle que d’assumer que son propos est complètement dénué de sens. Stefan Wul ira même jusqu’à faire déplacer la planète entière dans un endroit isolé de l’espace par l’enfant. La justification de ce prodige étant, elle aussi, absolument farfelue.
C’est également dans cette dernière partie que l’auteur dévoile son argumentaire : les cités sont devenues robotisées au point que l’Homme en perdit sa nature. Les Vénusiens sont des êtres asexués nés dans des éprouvettes, mais leur supériorité leur a retiré leur naïveté. Ainsi, ils ne sont plus des Hommes, mais des robots eux-mêmes. Un concept très en vogue, surtout si l’on prend en compte l’année de parution du roman. Cependant, ce discours provenant de la bouche d’Alf fait doucement rire puisque ce dernier crée de ses propres mains une copie parfaite de sa tribu. Certains y verront de l’ironie, mais ce n’est qu’une élongation du propos initial. Si l’enfant noir reconstruit entièrement sa tribu, c’est uniquement pour revivre en tant qu’être primitif auprès des siens, considérant que c’est cela la « vraie vie ». Le message est clair, la technologie et la robotisation est un fléau et seule la condition naturelle de l’Homme est bénéfique. Alf a acquis une intelligence hors du commun, mais plutôt que d’initier ses semblables et leur fournir une vie plus confortable, il préfère les laisser dans l’ignorance. Il reprochait aux Vénusiens d’avoir perdu leur naïveté sous prétexte qu’ils foulèrent du pied les croyances, mais ce sont ces mêmes croyances qui incitent sa tribu au cannibalisme. Il y a définitivement un souci de réflexion au cœur de tout cela. Il est évident que la robotisation possède des travers, que la technologie peut apporter des craintes, mais c’est l’utilisation qu’en fait l’Homme qui les fait surgir, et son ignorance qui peut engendrer le pire.

Notons tout de même un point positif. Le roman est écrit à la troisième personne, cependant, c’est avec un œil primitif que Stefan Wul nous fait découvrir son univers. Un choix qui s’avère judicieux puisque les différents points de vue sous lesquels l’histoire nous est contée sont essentiellement ceux d’hommes préhistoriques. Ainsi, le lecteur reconnaît petit à petit des éléments qui lui sont familiers mais qui sont totalement inconnus aux protagonistes. De cette façon, Santiag, la fameuse cité des dieux, n’est que la ville Santiago de Cuba désaffectée, Niourk est la ville de New-York, tout comme les dieux ne sont que des représentations humaines sur des affiches publicitaires. Néanmoins, cette narration très adéquate trouble parfois l’imagination. Par exemple, le « bâton des dieux » que trouve l’enfant noir peut tout d’abord être pris pour un fusil avant que son utilisation infirme cette hypothèse pour signaler qu’il s’agit en réalité d’un lance-flammes.
Toujours dans cette optique de se rapprocher des Hommes primitifs, le chapitre sont incroyablement court. Il est à noter que leur longueur évolue de la même manière que progresse l’enfant noir. En effet, lorsque nous suivons le quotidien de la tribu, les chapitres excèdent rarement trois ou quatre pages, cependant au fur et à mesure que le héros gagne en intelligence, les chapitres s’allongent. De même, lorsque le point de vue se concentre sur les Vénusiens, la longueur augmente. Un système plutôt bien pensé pour que le lecteur ressente instinctivement le changement qui s’opère.

Finalement, Niourk est une déception tant son contenu est truffé d’illogisme. Compte tenu de son message plutôt manichéen et de certaines aventures ou rebondissements plutôt simplistes, il n’est pas étonnant que le roman fût réédité au rayon jeunesse. Cependant, si le début du récit forme une aventure sympathique pour un jeune lecteur, les aspects propres à la science-fiction sont tellement anarchiques que Niourk ferait une mauvaise initiation à ce genre littéraire, en particulier sa dernière partie qui s’avère indigeste.
À signaler qu’il est également regrettable de trouver de nombreuses coquilles au cours de sa lecture. Mots mal découpés, d’autres remplacés par une sonorité semblable (par exemple « progrès sait » au lieu de « progressait »), un détail qui n’aide pas à s’investir dans le livre déjà rebutant.

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