Haut-Royaume, Tome 1 : Le Chevalier – PIERRE PEVEL

Résumé : Le Haut-Royaume est en déclin, son roi est atteint d’un mal à l’apparence incurable, les décisions de la reine ne font pas l’unanimité et risquent d’engendrer de nouveaux problèmes. Ainsi, le Haut-Roi libère Lorn Askariàn de la terrible prison qu’est Dalroth, persuadé que cet homme est le dernier espoir pouvant sauver le Haut-Royaume.

Les plus : La dualité omniprésente. Les combats réalistes. Le soin pris à construire l’univers.
Les moins : L’absence de carte qui empêche de vraiment visualiser les contours de l’univers décrit. Certains passages répétés à différentes reprises.

En bref : Un roman de fantasy, jouant sur les notions de bien et de mal, qui offre son lot de moments épiques, au milieu de complots politiques.

Note : 4/5  

Mon avis :

Appartenant à la Garde grise, compagnie d’élite servant et protégeant Erklant II, le Haut-Roi, et s’apprêtant à épouser Alissia de Laurens, fille du duc de Sarme et Vallence, Lorn Askariàn était promis à un avenir radieux jusqu’à ce que ses rêves basculent. Accusé de haute trahison, le chevalier fut condamné à l’emprisonnement au cœur de Dalroth, une forteresse habitée par l’Obscure, force maléfique entraînant ses victimes dans les ténèbres. Les prisonniers les plus forts parviennent à résister quelques années, mais la lente corruption de l’Obscure emporte la majorité dans la folie bien avant la première.
Trois ans plus tard, le Haut-Royaume est en déclin. Son souverain est extrêmement affaibli et l’autorité de la reine Célyane est contestée suite à sa décision de céder l’Angborn, pivot des Cités franches, à l’Ygaärd. Une tentative d’alliance très mal perçue puisque ces deux puissances sont les plus fortes des royaumes d’Imélor, un projet inquiétant pour les autres souverainetés, mais également parce que cet acte insulte les soldats ayant bravement combattu contre l’abandon de cette même cité à l’Yrgaärd. Ainsi, la rébellion gronde.
Suite à la visite d’un émissaire envoyé par l’Assemblée d’Ir’kans, dont les Gardiens sont chargés d’accomplir la volonté du Dragon du Destin, Erklant décide d’organiser un second procès afin d’innocenter Lorn Askariàn. Une fois libéré de ses geôles, celui-ci est nommé Premier Chevalier du Royaume, ce titre lui donnant le pouvoir de représenter le Haut-Roi lorsque ce dernier est absent. Reconnu par le Dragon du Destin comme possédant un rôle important à jouer, Lorn Askariàn peut devenir le héros qui sauvera le Haut-Royaume de sa ruine tout comme celui qui causera sa perte.

Pierre Pevel est connu pour ses cycles d’uchronie de fantasy, notamment sa trilogie Les Lames du Cardinal qui se déroule dans la France du XVIIe siècle lorsque Richelieu était le principal ministre de Louis XIII. Cependant, avec Haut-Royaume, l’auteur nous propose un univers créé de toute pièce où il peut laisser libre cours à son imagination sans être freiné par l’aspect historique. Ainsi, les amateurs pourront retrouver tout ce qui forge le style de cet écrivain dans un récit entièrement original. Pour les novices, c’est l’occasion de plonger au cœur de son œuvre et y découvrir ce qui en fait son intensité.

Bien que quelques chapitres se placent sous le point de vue d’autres personnages, ce premier tome se concentre essentiellement sur Lorn Askariàn. Par ailleurs, celui-ci porte le nom de Chevalier à l’Épée auprès du Dragon du destin, d’où le titre du roman.
Lorn est un héros plutôt fascinant. Construit comme un être ayant subi une chute dont il est difficile de se relever, le chevalier en a acquis une nouvelle profondeur. En effet, le personnage est présenté comme victime d’une injustice, et bien que les circonstances l’amènent à être libéré, il n’en demeure pas moins brisé et marqué par cette force qu’est l’Obscure. Ainsi, Lorn porte toujours une épée de Damoclès au-dessus de sa tête, l’Obscure pouvant s’emparer de son âme et l’entraîner à jamais dans les ténèbres. Une lutte intérieure, mais également extérieure par le biais de crises de manque tant le personnage fut habitué à cette présence maléfique durant son séjour à Dalroth, qui posent un dilemme au héros. Le pouvoir de l’Obscure peut être un véritable atout lors d’un combat, ce qui rend très tentante l’idée d’apprivoiser cette capacité.
Au final, nous suivons un personnage qui a su faire preuve de sa bonté et sa compassion – notamment en sauvant son meilleur ami Alderan, fils du Haut-Roi, de l’emprise de la drogue qu’est le kesh – mais dont l’emprisonnement a noirci le cœur, lui donnant par ailleurs, l’envie de se venger. Ainsi, à tout moment de l’histoire, il est impossible de savoir si Lorn effectue une action parce qu’elle lui semble juste, ou s’il calcule ce qu’elle pourra lui rapporter. Bien que le lecteur souhaite que la première option soit la bonne, d’autres protagonistes et plusieurs situations lui rappellent que la seconde est toute aussi probable.

Le Chevalier narre donc l’aventure d’un héros, ou anti-héros selon les instants, dont les nuances font irrémédiablement écho à l’univers dans lequel il évolue. En effet, les deux royaumes principaux d’Imélor sont protégés par des divinités aux attributions antagoniques – Eyral, Dragon de la Connaissance et de la Lumière pour Haut-Royaume, et Orsak’yr, Dragon de la Mort et la Nuit, surnommé le Grand Dragon Noir, pour Yrgaärd – des notions du bien et du mal qui s’affrontent sans cesse.
Concernant les proches de Lorn, nous pouvons signaler Alan, diminutif d’Alderan, est décrit comme un être lumineux, dont la personnalité joyeuse et chaleureuse séduit toute personne. Cependant, sa première apparition montre son addiction au kesh et la déchéance que cette drogue provoqua chez lui. De même, derrière ses sourires, Alan dissimule de sombres pensées, et même de la rancœur envers son meilleur ami. Reik Vahrd est un autre exemple puisque au-delà de ses intentions de servir le Haut-Royaume, il n’hésite pas à braver les interdits lorsqu’il est question de sa fille, même s’il doit s’élever contre la volonté d’une haute autorité. Les membres de la Garde d’Onyx n’échappent pas à la règle. S’ils semblent tous animés d’une volonté de servir une juste cause, certains révèleront un passé bien plus sombre qu’il n’y paraît.
Nous pouvons aussi noter le caractère des différentes figures politiques. La reine Célyane est totalement imbue de sa personne et ne vit que dans la joie que lui offrent sa position et son pouvoir sur les autres. De son côté, le Haut-Roi tente de racheter ses erreurs, même si ses décisions paraissent surréalistes aux yeux d’autres personnages. Il y a également une dualité entre Duncan de Feln et Téogen d’Argor. L’un cherche à mener une rébellion avec un objectif purement égoïste, tandis que l’autre est très respectueux des anciens, de leurs prouesses, et souhaite l’équilibre du Haut-Royaume.
Ainsi, les nombreux protagonistes sont ballottés entre ces deux éléments qui régissent le monde, certains penchant davantage vers le bien, d’autres vers le mal, l’auteur jouant parfois avec ces notions puisqu’une action d’apparence juste peut cacher un noir dessein, et vice-versa.
À ce sujet, il est intéressant de noter les caractéristiques des deux divinités ennemies. S’il est évident que la Lumière s’oppose à la Nuit, voir la Connaissance antonyme de la Mort est plutôt ingénieux. En effet, tout comme la lumière est indissociable de la nuit, la première créant l’ombre et la deuxième étant éclairée par des étoiles, la connaissance est intrinsèquement liée à la mort. Tout personnage possédant un savoir particulier devient une cible. C’est le cas de Lorn qui, étant au fait de secrets politiques, est envoyé à Dalroth où une partie de lui est morte, mais également celui de Sibellus, archiviste du royaume, et donc détenteur de multiples savoirs écrits, qui se trouve menacé.

Ce premier tome de Haut-Royaume nous offre sans nul doute un récit épique. Bien que les enjeux politiques soient les éléments déclencheurs et demeurent le cœur des implications de chaque personnage, l’histoire est ponctuée de combats époustouflants.
Sur ce point, Pierre Pevel use de description d’un réalisme qui n’épargne aucun détail. Bien que les guerriers jouissent de dextérité, leurs mouvements ne paraissent jamais insensés. Ainsi, sans effets de style superflus dans les gestes, la violence en est plus accrue et plus frappante. L’auteur nous donne donc le ton : une bataille n’est pas un jeu. De cette manière, le lecteur ressent chaque blessure, chaque goutte de sang, et même si l’annonce d’entrailles dégoulinantes peut dégoûter, cette initiative n’en demeure pas moins louable.
Par ailleurs, étant un récit de fantasy, celui-ci permet d’inclure des touches d’imaginaire très plaisante dans ces lieux de souffrance. Le pouvoir de l’Obscure évoqué plus tôt est exploité de différentes façons, l’une d’elles proposant des attaques d’une animalité qui ne détonne pas avec la brutalité des combats. De même, l’introduction de vyvernes permet d’ajouter une note aérienne du plus bel effet.

Le soin apporté à ces descriptions concorde parfaitement avec celui effectué à la construction de l’univers. Si Le Chevalier nous conte une histoire s’étendant essentiellement sur l’année 1547, plusieurs éléments sont présents afin d’y élaborer un passé fourni, à commencer par la narration.
En effet, de nombreux chapitres débutent avec une petit paragraphe en exergue dont la légende indique qu’il est extrait d’un livre particulier des Chroniques. Les Chroniques des Royaumes d’Imélor renferment à la fois l’Histoire, mais également la légende d’Imélor. Contenant des récits de voyage, des réflexions philosophiques, des prières, les Chroniques sont un véritable pilier sur lequel s’appuie les habitants des différents royaumes. Les exergues nous signalent une douzaine de livres : le Livre du Chevalier à l’Épée, le Livre des Rois, le Livre d’Ombre, le Livre des Secrets, le Livre de la Guerre des Trois Princes, le Livre des Prières, le Livre d’Élarias, le Livre du Haut-Royaume, le Livre des gloires et défaites de l’Argor, le Livre des Cités, le Livre d’Oriale, et le Livre des Dragons. Chacun des paragraphes permet d’introduire une nouvelle information au lecteur, que ce soit au sujet d’un culte, d’un fait historique, ou autre, mais certains d’entre eux apparaissent comme étant un morceau de narration du roman. Ainsi, le lecteur a l’impression de lire lui-même un livre spécial de ces Chroniques.
De plus, plusieurs personnages instruits n’hésitent pas à parler de certains événements clefs de ce monde. Malheureusement, et c’est l’un des rares points noirs du roman, ces rappels deviennent des redondances. Il est fréquent qu’un fait historique soit énoncé lors d’un chapitre puis que ce même fait soit de nouveau évoqué dans un chapitre suivant avec des phrases semblables. Cependant, ces insistances peuvent être mises sur le compte de la crainte de l’auteur de perdre son lecteur.

Finalement, Le Chevalier est un excellent premier roman de cycle. Pierre Pevel prend le temps de poser quelques bases, ce qui donne furieusement envie de lire ces fameuses Chroniques, tout en développant une intrigue autour d’un personnage principal très charismatique. Jouant avec la dualité qui régit le monde, l’auteur nous offre des événements hauts en couleur qui ne peuvent que captiver le lecteur. La fin, bien que parfaitement frustrante si l’on ne possède pas le second volet à portée de main, conclue avec brio ce tome. Un petit regret cependant, l’absence de carte qui empêche de véritablement visualiser les contours d’Imélor et de suivre précisément le parcours des protagonistes.

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