Légion – DAVID FORREST

Résumé : Une série de meurtres sans mobiles sévit à l’Hôtel-Dieu, hôpital nantais. Le policier Ael Guivarch est chargé de l’enquête, refusant de croire que ces crimes soient surnaturels comme le laissent entendre de nombreuses personnes.

Les plus : La fluidité du récit.
Les moins : Le manque de subtilité de certaines scènes. Le développement prévisible. Les clichés permanents.

En bref : Un roman axé essentiellement sur le divertissement sans réflexions vraiment poussées.

Note : 1  

 

Mon avis :

Antoine Péchin est admis à l’Hôtel-Dieu, célèbre hôpital nantais, afin d’être opéré d’une tumeur au foie. Tout se déroule comme prévu, jusqu’au moment où un autre patient, Arthur Glanet est retrouvé mort, la tête méconnaissable suite au martèlement de son crâne sur le sol par Antoine. Pourtant, rien ne liait ces deux hommes, et M. Péchin était considéré comme un modèle de gentillesse. Ael Guivarch, commissaire divisionnaire de la brigade criminelle de Nantes, est chargé d’enquêter sur ce meurtre. Bien que la culpabilité d’Antoine ne fasse aucun doute, celui-ci ne se souvient pas de son acte et clame son innocence. L’homme est pourtant incarcéré, mais finit se suicider d’une manière peu commune, un trait de caractère qui ne correspond pas du tout à sa personnalité selon Elisabeth Loudin, sa psychologue.
L’affaire se fait lentement oublier lorsqu’un second meurtre survient dans le même hôpital. Cette fois, ce sont Daniel Muski, commercial dans la bureautique venu pour une vasectomie, et Adesh Sbaddu, son chirurgien qui se sont entretués durant l’opération alors qu’ils badinaient auparavant. Le crime a eu deux témoins, Melle Besace, une infirmière expérimentée et Pansy, un jeune assistant et dans la nuit, ce dernier se suicide, d’une façon toute aussi incroyable qu’Antoine Péchin. Ael tente une approche rationnelle de ces incidents, mais Elisabeth essaye de le convaincre qu’une cause surnaturelle pourrait être le lien fondamental.

Légion est un thriller policier qui se veut angoissant. Malheureusement, peu d’éléments se conforment réellement à cette tentative.
L’investigation elle-même n’offre pas le frisson qu’elle devrait proposer. Bien que les meurtres soient particulièrement violents et décrits dans les moindres détails, c’est davantage un sentiment de dégoût qui s’empare du lecteur. Le surplus d’hémoglobine n’est pas un facteur provoquant la peur et David Forrest tombe plus que jamais dans ce travers. Bien entendu, le fait que ces homicides se produisent sans raison valable pourrait être le déclencheur d’effroi, mais l’auteur prend tellement de temps à expliquer de manière méthodique et visuelle que les scènes de crime effacent le soupçon de frayeur naissant. Par ailleurs, les suicides sont tellement surréalistes qu’il est difficile de ressentir de la peur, c’est même le rire qui survient face à tant de ridicule.
Bien entendu, le surnaturel est invoqué afin d’ajouter un peu de surprise au développement, malheureusement le résultat n’est pas à la hauteur de nos espérances. Suite aux événements peu communs, la psychologue Elisabeth évoque la possibilité d’un lien entre ces meurtres et la mort de Philippe Hiéside, le chef d’une secte adorant le Diable. À cela s’ajoute un membre du personnel de l’hôpital semblant possédé et criant à l’œuvre du démon, mais également le préfet Jean-Claude Galaud affirmant clairement que les politiciens ont recours à des astrologues et autres charlatans afin de s’assurer de la réussite de leur carrière.
Ainsi, le roman glisse lentement vers un énième stéréotype d’enquête policière, qui plus est, une enquête traitant d’une secte sataniste. Pentacles tracés à l’aide du sang de victimes, meurtre particulièrement barbares, rituels autour d’un immense brasier, recours à des médiums ou « scientifiques » versant dans le paranormal, invocation et réincarnation, tous les poncifs semblent être réunis dans ce récit. Malheureusement, loin d’effrayer le lecteur, il ne lui laisse qu’un sentiment d’indifférence face à cette accumulation de banalités, pouvant au mieux le faire rire avec des éléments grotesques ou le dégoûter suite aux descriptions particulièrement sordides.

Les personnages principaux, malgré les efforts fournis pour leur forger un passé, manquent cruellement de substance et enfoncent Légion dans la valse des clichés
Ael Guivarch est le représentant type du policier au passé houleux et au caractère difficile. Il est décrit comme étant purement rationnel et méticuleux dans son travail. Son obsession de résoudre brillamment les dossiers qui lui sont confiés est telle qu’il délaissa sa vie privée. Divorcé, Ael ne fit pas d’effort pour tenter de sauver son mariage. Son caractère lui vaut même de ne pas être proche de son équipe, ne souhaitant pas les joindre lors de leurs sorties au pub. L’auteur lui confère même des sortes de troubles obsessionnels, le faisant observer chaque personne selon une couleur définissant une personnalité, et le rendant absolument maniaque de sa propreté corporelle. Bien entendu, cet homme est confronté à des éléments allant à l’encontre de ses croyances.
Elisabeth Loudin, quant à elle, est la représentation type de la femme s’opposant au héros et l’entraînant hors de ses convictions. Elle possède un physique très avantageux, mais son caractère bien trempé l’empêche de devenir la faible femme à protéger. Malheureusement, en évitant un travers, c’est dans l’autre que tombe ce personnage puisqu’elle incarne la femme fatale. Par ailleurs, Elisabeth est celle qui évoque la piste du surnaturel en apportant des preuves récoltées dans ses travaux universitaires. Elle est présentée comme prête à tout pour servir ses idées.
Avec de tels protagonistes, les stéréotypes dans lesquels sombraient le roman ne peuvent qu’être accentués. Ainsi, nous les observons dans leur jeu de séduction, leur attirance permettant, bien entendu, d’offrir quelques scènes érotiques pour raviver les sens du lecteur. Un développement plutôt surfait et amené d’une manière aussi subtile qu’un scénario de film pornographique. Histoire de conclure en beauté, un rebondissement tente de pimenter une dernière fois le récit, mais entre les révélations totalement téléphonées et les explications irréalistes, le lecteur ne sait plus s’il doit rire ou soupirer de lassitude.

Malgré cela, Légion se lit avec une grande facilité. Le style d’écriture est très fluide et les chapitres sont plutôt courts, ce qui entretient un rythme assez nerveux. Le vocabulaire utilisé passe du courant au familier, un choix tout à fait cohérent compte tenu de l’époque, du milieu social et du genre littéraire. Grâce à cela, le lecteur entre tout de même aisément dans l’action et ressent l’ambiance qui peut planer au cœur du métier d’agent de la police criminelle.
Par ailleurs, comme évoqué précédemment, les descriptions s’avèrent très visuelles, n’épargnant aucun détails. Même si cela donne un aspect peu ragoûtant au roman, c’est une touche de réalisme qui demeure agréable dans le sens où elle renvoie directement à l’animalité de l’être humain ainsi qu’à sa condition d’infime poussière.

Finalement, Légion est un roman axé sur le divertissement. Dans une postface, David Forrest explique qu’il avait son histoire en tête, mais il lui manquait une justification pour la placer dans le cadre de l’Hôtel-Dieu. Cette raison lui fut donnée par un personnage historique. C’est en quelque sorte de cette manière que le lecteur peut envisager ce roman : plusieurs points sombres transforment le roman en caricature, mais ces éléments se justifient dans une optique de divertissement sans prétention, à la manière d’un film de série B. Cependant, il est dommage de cantonner un roman policier dans cette démarche, le genre méritant de s’élever au-delà d’un récit transpirant les stéréotypes.

Un petit mot ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.