Cas mille – HUGUETTE CONILH


Résumé :
Camille, un jeune homme d’une vingtaine d’années, se souvient de son passé et des raisons qui le pousse à quitter tout ce qu’il connait.

Les plus : L’appel à la tolérance. La plume de l’autrice.
Les moins : Le format de la nouvelle ne permettant pas d’en raconter davantage.

En bref : Une nouvelle qui nous rappelle que nous vivons dans une société trop encline à condamner les personnes d’une autre orientation sexuelle.

Note :  

 

Mon avis :

Cette nouvelle me fut proposée en service de presse par l’autrice elle-même. Je la remercie pour cette découverte et j’attends son roman avec impatience.

Camille est venu faire ses adieux à son petit frère Mathis. Alors que ce dernier s’est endormi, fatigué par les larmes, le jeune homme se souvient des raisons qui le poussent à abandonner son foyer. Ainsi, Camille revit ses premiers émois, la découverte de sa « différence » et ses efforts pour conserver l’illusion, mais également son désir d’assumer ses choix tout comme l’incompréhension et l’intolérance de son entourage.

Cas mille est une nouvelle qui traite de l’homosexualité. Le sujet est amené de manière subtile et laissant le bénéfice du doute, la différence évoquée pouvant faire référence à un handicap par exemple, jusqu’à ce que le protagoniste explique qu’il s’est forgé une facette pour les autres, préférant cacher ses véritables envies. À cet instant, nous entrons dans le cœur du problème, reflétant malheureusement notre société : l’homosexualité doit être dissimulée. Huguette Conilh utilise des mots très connotés dans un tel contexte, comme « différence », « normalité », « silence », « dualité », « imperfection » ou encore « rôle ». Le message est clair, la société souhaite que chacun entre dans le même moule, obligeant quiconque dépassant de ces limites définies à user du paraître, tel un acteur.

Pourtant, quelle que soit l’orientation sexuelle, chacun ressent les mêmes émotions, et c’est ce que cherche à démontrer l’autrice par le biais de Camille. Le jeune homme nous raconte sa première véritable attirance, Marc. C’est celui-ci qui remania son prénom en « Cas mille » afin de faire un jeu de mots. Le lecteur suit donc la première expérience du héros, la douceur des caresses, la chaleur d’un autre corps, l’humidité d’un premier baiser, l’éveil des sens, mais compte tenu de la situation un sentiment qui n’a pas sa place apparaît : la crainte d’être la victime d’une plaisanterie. Bien que les émotions soient les mêmes, une personne homosexuelle devra affronter des obstacles que ne connaissent pas les hétérosexuels, et c’est à cela que veut nous sensibiliser Huguette Conilh.
Au milieu de la réalisation de son fantasme, Camille a peur de subir une farce et voir sa véritable personnalité dévoilée au grand jour. Alors qu’il découvre l’amour, il doit se préparer pour révéler son homosexualité et s’attendre à essuyer un rejet. Une épreuve totalement absente pour les hétérosexuels. Au pire, ces derniers peuvent être en désaccord avec leur famille, allant même jusqu’à se disputer, mais il est bien plus rare qu’une personne soit reniée, un drame plutôt récurrent lorsque l’orientation sexuelle ne correspond pas aux attentes familiales. Camille est considéré comme une imperfection, alors que l’amour est le plus beau sentiment, celui-ci est jugé difforme.

Cas mille est donc un appel à la tolérance, à la compréhension. Le titre est présenté comme un jeu de mots par rapport au prénom du personnage principal, mais l’on pourrait également le voir comme un nouveau cas de détresse, celui d’une personne encore critiquée pour un choix qui ne concerne qu’elle. Un jugement qui l’incite à tout quitter, même le seul membre de sa famille à l’accepter.
Le regret que l’on pourrait avoir est dû au format de l’histoire. En effet, la nouvelle laisse peu de place au développement et laisse le lecteur sur sa fin, bien qu’elle puisse se suffire à elle-même tant la plume de l’autrice parvient à transmettre des émotions fortes. Cependant, ce récit est le prélude d’un roman à paraître, Les Ignobles, et si nous n’avons pas encore d’informations sur le contenu, il est fort probable que les conséquences du départ de Camille soit évoquée, notamment par rapport à son frère, Mathis.

Finalement, Cas mille est une nouvelle qu’il est bon de glisser dans toutes les mains. Dans une société encore gangrénée par les préjugés, par l’étroitesse d’esprit, et cherchant à annihiler les droits de personnes effectuant des choix personnels, cette histoire est un miroir qu’il est difficile de regarder tant son image est juste.

2 réflexions sur “Cas mille – HUGUETTE CONILH

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