Le Fantôme de l’Opéra – GASTON LEROUX

Résumé : Une rumeur circule au sujet d’un fantôme habitant l’Opéra. Menace réelle ou plaisanterie, le Fantôme terrorise l’Opéra en imposant ses règles auprès des directeurs. Parallèlement, Christine Daaé, une jeune chanteuse, produit un véritable triomphe grâce aux leçons de chant du mystérieux Ange de la Musique.

Les plus : La critique de la beauté physique prenant le pas sur la beauté artistique.
Les moins : La narration un peu hasardeuse. Le comportement des personnages.

En bref : Un roman qui possède des pistes de réflexions intéressantes mais qui se noie dans sa propre narration.

Note :  

Mon avis :

L’histoire prend place à l’Opéra de Paris. Les artistes sont perturbés par une étrange rumeur : l’Opéra abriterait un fantôme. Les craintes s’intensifient lorsqu’un machiniste, Joseph Buquet, est retrouvé pendu, alors qu’il avait soit-disant vu le Fantôme auparavant. Cet événement macabre survient le jour du départ des deux directeurs de l’Opéra. Durant la soirée donnée en leur honneur, ils remettent les clefs à leur successeurs, MM. Moncharmin et Richard. Au cours de leur discussion, les anciens directeurs préviennent leurs interlocuteurs de la présence du fameux Fantôme, et que ce dernier a des exigences bien précises écrites dans un cahier des charges. Le Fantôme souhaite que la loge n°5 lui soit réservée en cas de représentations, qu’un paiement mensuel de vingt mille francs lui soit effectué, et que ses désirs soient réalisés quant à l’attribution des rôles.
Bien que les nouveaux directeurs croient à une plaisanterie, parmi les artistes de l’Opéra se trouve une orpheline suédoise, Christine Daaé, qui est la personne la plus proche qui soit du mystérieux personnage. Son interprétation de Marguerite dans Faust fut un véritable triomphe ce qui lui vaut la jalousie de la Carlotta, étoile principale de l’établissement. Le succès de la jeune chanteuse est dû aux visites d’un être qu’elle croit être l’Ange de la Musique que devait lui envoyer son père une fois celui-ci passé de vie à trépas. Cependant, ce professeur n’est autre que le Fantôme qui voue un amour inconsidéré à Christine. D’une extrême jalousie, le Fantôme cherche à garder la chanteuse auprès de lui et à l’éloigner de son ami d’enfance, Raoul de Chagny qui est également amoureux de la demoiselle.

Gaston Leroux nous conte son histoire en la présentant comme un fait réel dont il a récolté les multiples informations auprès des personnages concernés afin de nous la livrer. Il commence par ailleurs avec un avant-propos qu’il aurait été judicieux d’écrire en postface tant il révèle des événements clefs du roman. En soi, le système de narration est une bonne idée, mais son accomplissement s’avère plutôt laborieux pour le lecteur. En effet, l’auteur rappelle sans cesse qu’il s’agit d’une histoire vraie, que nous pouvons vérifier sans souci ses dires, qu’il a recueilli tel témoignage à tel moment de sa vie. Malheureusement, le résultat s’en trouve inversé. À force de marteler cette information au lecteur, ce dernier ne fait que constater l’aspect factice de cette déclaration.
De plus, Gaston Leroux ne semble pas maîtriser son récit. À plusieurs reprises, il promène ses personnages sans donner d’explications sur les raisons de leurs actes, usant souvent de répétitions. Certains éléments obtiennent des réponses vers la fin de l’œuvre, mais leur révélation apparaît de manière tellement surfaite qu’il est difficile d’y croire ou du moins se sentir impliqué et compatissant. La palme revenant à un personnage particulier qui ne semble là que pour résoudre les impasses dans lesquelles s’introduit l’auteur. Un ressentiment regrettable car en dehors de ces défauts, la plume de Gaston Leroux est plutôt agréable à suivre.

L’histoire du Fantôme de l’Opéra est plutôt floue et semble changer au fur et à mesure de la lecture. Au début du roman, les éléments semblent se concentrer sur les actions du Fantôme, celui-ci ayant tout de même commis un meurtre car même si la thèse du suicide est retenue, il ne fait aucun doute que Joseph Buquet fut la victime du mystérieux personnage. Cependant, cet événement se fait oublier avec une facilité déconcertante pour se focaliser sur Christine Daaé et son triomphe. Cependant, cela n’est également que de courte durée puisque sa carrière n’est finalement abordée que pour présenter Raoul de Chagny. Le récit semble ensuite se stabiliser et conserver le point de vue du jeune homme, bien qu’il soit entrecoupé de chapitres mettant en scène MM. Moncharmin et Richard dans leur enquête pour démasquer le vil plaisantin se faisant passer pour un fantôme hantant l’Opéra. Ainsi, durant de nombreuses pages, le livre qui faisait miroiter au lecteur l’histoire d’un être déployant son ombre sur le monde artistique devient une romance, même si nous verrons par la suite que cette romance semble factice. Mais l’auteur a su démontrer qu’il ne tenait pas en place, et à la fin de l’œuvre, c’est au tour du Persan de prendre la parole et de nous conter sa tentative d’arrêter le Fantôme en compagnie de Raoul. Malheureusement, ce manque de discernement est surtout dû aux personnages et à leurs décisions hasardeuses.

La majorité des personnages évoqués ne font que de courtes apparitions dans le roman. Les directeurs Moncharmin et Richard ne sont là que pour asseoir l’autorité du Fantôme, leurs actions n’étant fait que de contrariété pour celui-ci, le forçant donc à se manifester. Madame Giry, l’ouvreuse de l’Opéra, ne surgit que pour servir d’intermédiaire au Fantôme et de cette façon, à confirmer son existence auprès des directeurs. Sa fille, Meg Giry, n’est présente que pour apporter la rumeur du Fantôme. Joseph Buquet n’est tout simplement qu’une victime de celui-ci. En fin, la Carlotta en est une également de par sa jalousie envers Christine. Ainsi, tous les personnages secondaires ne sont présents que pour fournir une preuve de la véracité du Fantôme. Il est donc regrettable qu’avec autant d’influence, il ne parvient pas à captiver l’attention du récit et du lecteur.
En effet, Erik, le Fantôme de l’Opéra, n’apparaît que très peu dans le livre. Il se manifeste lorsque ses désirs ne sont pas comblé, mais il plane essentiellement comme une ombre. Un point finalement très juste pour un être censé être un fantôme, mais le revers de cette décision est qu’il est difficile de s’intéresser à son personnage lorsqu’il est présenté physiquement. L’histoire ne dévoile jamais ses intentions envers l’Opéra, pourquoi il a décidé d’y faire régner son autorité plutôt que d’en devenir le directeur, pourtant, cela aurait donné un peu plus d’ampleur au personnage car il se manifestait bien avant que Christine Daaé ne devienne chanteuse, donc son amour fou pour la jeune fille n’est pas une raison suffisante. Des bribes de son passé sont expliquées via le Persan, mais un aura floue demeure autour d’Erik. Son seul intérêt demeure dans la monstruosité de son visage, l’obligeant à se voiler constamment le visage, ce qui contraste avec le talent presque surnaturel qu’il possède dans le chant et la musique. Cependant, le lecteur peut s’avérer déçu concernant la révélation des raisons de sa laideur.
Christine Daaé est un autre personnage principal du récit, malheureusement, elle manque également de substance. La jeune fille représente la vertu, la pureté. Son passé est quelque peu évoqué, ainsi nous connaissons sa situation familiale mais seule sa passion pour le chant définit véritablement sa personnalité. Christine est prête à tout pour devenir une meilleure chanteuse. Pour cela, elle croit sans sourciller le Fantôme lorsqu’il lui affirme qu’il est l’Ange de la Musique qu’elle attend depuis si longtemps. De même, elle exécute ses ordres lorsqu’il lui demande de s’éloigner de son ami d’enfance. Christine est donc un personnage naïf, mais ses actes en deviennent horripilant. Sa pureté est telle qu’elle semble venir d’une autre dimension et raisonner autrement que le commun des mortels. Ainsi, plutôt que de s’interroger sur les exigences du fantôme, elle les accepte, et au lieu de révéler son savoir, elle préfère le garder pour elle sans comprendre l’impatience qu’en éprouve Raoul. Finalement, lorsqu’elle réalise l’impasse dans laquelle elle se trouve, elle continue de faire preuve d’illogisme dans ses réflexions.
Raoul de son côté, est en quelque sorte le jumeau du Fantôme. Il est tout aussi amoureux de Christine ce qui le conduit également à une jalousie extrême. Le Fantôme n’hésite pas à humilier la Carlotta et s’avère prêt à tuer quiconque se dresse sur son passage. De son côté, Raoul humilie Christine dans ses pensées lorsqu’il croit que la chanteuse batifole avec un autre homme. De même, il annonce plusieurs fois être prêt à occire celui qui se dresse entre lui et sa bien-aimée. Ainsi, malgré ses nombreuses plaintes, il est difficile de réellement compatir envers les infortunes de ce personnage. La différence entre Erik et lui est d’ordre esthétique. Le Fantôme est d’une laideur sans nom, tandis que Raoul est un bel apollon. C’est là l’intérêt principal de ce triangle amoureux. Christine est en quelque sorte sommée de choisir quelle beauté elle désire. Ses deux prétendants sont semblables en tout point, cependant pour contrebalancer sa cruauté, Erik possède un talent musical tel qu’avec l’amour de la chanteuse, il pourrait s’élever au-delà de sa monstruosité. Malheureusement, dans cette réécriture de La Belle et la Bête, cette dernière rencontre le désespoir.
Enfin, le dernier protagoniste et pourtant celui qui intervient le moins, est le Persan. Ce personnage est un véritable deus ex machina. Il est rapidement évoqué au début du roman, comme si l’auteur voulait justifier son apparition plus tard, il sauve Raoul et Christine vers la moitié du récit, la raison de sa présence étant aussi flou pour les personnages que pour le lecteur, mais il obtient son rôle à la fin de l’œuvre, lors de la chasse au Fantôme. Le Persan semble connaître l’intégralité du passé d’Erik, chaque détails de ses illusions, et devient si important que même étant accompagné de Raoul, ce dernier s’efface pour que la parole lui revienne. Le problème n’est pas tant qu’il sache tant de choses au sujet du Fantôme, mais le fait qu’il n’apparaisse que pour résoudre le nœud scénaristique. À noter que ce personnage n’est désigné que par sa nationalité ou bien sa fonction de Daroga. Une telle construction renvoie inévitablement au lecteur un aspect de fausseté, d’autant plus que Gaston Leroux rappelle de nouveau qu’il s’agit d’un témoignage réel.

Finalement, Le Fantôme de l’Opéra est un roman qui s’oublie assez facilement. L’auteur avait toutes les cartes en main pour produire un récit captivant. Il le prouve en décrivant l’ingéniosité des pièges du Fantôme, les détails réalistes des coulisses de cet univers artistique, mais également en développant une critique intéressante de la place de la beauté physique même aux yeux d’une chanteuse présentée comme la pureté incarnée. Malheureusement, Gaston Leroux se perd dans les méandres de son œuvres et ne parvient pas à créer le magnétisme nécessaire pour impliquer le lecteur.

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