Wielstadt, Tome 2 : Les Masques de Wielstadt – PIERRE PEVEL


Résumé :
La guerre de Trente Ans fait rage et malgré son gardien ailé, Wielstadt est de nouveau victime d’un mal qui la ronge. Cette fois, il s’agit d’un démon accompagné de spectres assassins qui menace l’équilibre de la ville. Le chevalier Kantz cherche à l’anéantir, sa mission le guidant vers une ancienne prophétie que se dispute deux grandes influences de Wielstadt.

Les plus : L’univers toujours aussi captivant. Le développement des personnages.
Les moins : L’épilogue stéréotypé apportant les réponses de l’intrigue principale. Les répétitions au niveau de l’intrigue.


En bref :
Une bonne suite qui permet aux amateurs de retrouver l’univers particulier du cycle malgré quelques faiblesses du scénario.

Note :
 

Mon avis :

Suite des Ombres de Wielstadt, le roman se déroule trois ans après les événements du premier tome. Été 1623, la guerre de Trente Ans n’a pas fini de faire ruisseler le sang, et le chevalier Kantz dut s’éloigner de Wielstadt afin de remplir quelques missions. Nous le retrouvons en compagnie des Templiers, devant capturer une personne au milieu d’un camp de mercenaires. Malheureusement, elle s’avère possédée par un puissant démon. L’homme en question, appelé Osiander, se fait également accompagner de trois spectres, portant chacun un masque de cuivre, et se matérialisant à leur guise dans l’ombre, pouvant ainsi se mouvoir avec une grande vitesse.
Parallèlement à sa tentative de débusquer et supprimer Osiander, Kantz se trouve mêlé malgré lui à une querelle opposant la Sainte-Vehme et la Rose-Croix, deux organisations influentes à Wielstadt. Chacune essaye de s’emparer des manuscrits relatant une ancienne prophétie. L’exorciste en arme eut déjà l’occasion de se mesurer à la Sainte-Vehme durant les événements du premier tome, cette confrérie souhaitant régner en maître sur la cité allemande ainsi que le Saint-Empire romain germanique en y appliquant sa propre justice. Cependant, la Rose-Croix est une communauté méconnue, malgré les nombreux ouvrages à leur actif, qui se trouve peuplée de personnes savantes et passionnées d’occultisme tout comme de théologie. Mais au milieu de cet affrontement se trouve également le Roi Misère, dont l’autorité et la puissance ne doivent pas être sous-estimées.

Pierre Pevel continue de nous charmer avec son univers. Toujours empli des mêmes richesses que le tome précédent, Les Masques de Wielstadt se place logiquement dans sa continuité, tout en apportant son lot de nouveauté.
En effet, nous y retrouvons cette ville mémorable avec ses dédales de rues empreinte du XVIIe siècle, mais cette fois, c’est durant l’été que se déroule l’histoire. Si Les Ombres de Wielstadt nous présentait une cité endormie par le froid hivernale, la neige rougie par le sang des terribles crimes d’Alexander von Göttenberg, cet opus nous fait découvrir un aspect totalement différent de la ville écrasée par le poids de la chaleur. L’auteur prend soin de nous décrire l’ambiance poisseuse qui règne, la sueur se mêlant à la poussière qui ne font qu’accabler les habitants désirant mettre le nez dehors. De même, le défaut d’hygiène propre à ce siècle s’impose davantage à la saison caniculaire, devenant ainsi une agression olfactive.
Outre cette transformation de Wielstadt, nous assistons également à une métamorphose des relations sociales. La guerre étant plus pressante, l’inquiétude qu’elle répand ainsi que les conséquences qu’elle provoque n’épargne pas la cité malgré son statut hors norme. Cela se ressent notamment au niveau du groupe d’amis dans lequel évolue Kantz. Thadeus manquait déjà à l’appel suite aux événements du volet précédent, mais les autres ne sont pas en reste puisque Jacob Huygens s’est engagé dans les batailles suite à son idéalisme luthérien, Günter Vecht, pourtant frivole, s’est marié et Kantz s’absente régulièrement en dehors de la cité. Seuls le faune Zacharios, le Nain Willem et le poète Apollonius semblent inchangés en apparence, mais demeurent affectés par les aléas de ces dernières années.
Ainsi, Les Masques de Wielstadt conserve les éléments qui font la force de cet univers uchronique, comme son intégration dans un épisode historique, ou ses touches de fantasy, mais parvient à se démarquer en ajoutant des détails qui offrent une vision inédite avec une cohérence interne et temporelle.

Au niveau des personnages, nous retrouvons également des figures connues comme celles évoquées précédemment, mais certaines d’entre elles lèvent quelque peu le mystère qui les entoure.
On peut noter Chandelle qui, malgré son côté mascotte, offre une merveilleuse scène nous permettant d’en apprendre un peu plus sur sa condition de fées, tout en conservant un secret que l’on aimerait bien percer. Par ailleurs, son lien avec Kantz se raffermit, et l’on peut observer une curieuse réaction au niveau de son pentacle que l’on considérait surtout comme un moyen de détection et de défense contre les créatures de l’Ombre. Le récit s’attarde d’ailleurs un peu plus sur le passé du chevalier, dévoilant au lecteur une partie de l’origine de ce tatouage ainsi que l’identité de son maître. Cependant, Pierre Pevel demeure avare en révélations concernant son exorciste en armes, ce dont on ne peut réellement lui reprocher puisque cette volonté accentue le charisme du personnage.
En revanche, l’auteur est bien plus clément en ce qui concerne les organisations de Wielstadt. En effet, si le tome premier tome nous faisait découvrir la Sainte-Vehme, cet opus permet d’éclairer davantage son fonctionnement et les multiples membres qui la composent. Il en va de même pour le Roi Misère et sa cour. Ce dernier ayant une importance plus soutenue dans ce tome, Pierre Pevel nous gratifie d’un déploiement de l’influence dont peut-être capable cet homme malgré sa pauvreté, tout comme la présentation d’une facette plus intime de sa personnalité. Étant donné la crainte qu’inspire le Roi Misère, cette exploitation est bienvenue puisqu’elle permet de démontrer les raisons de la terreur tout en ajoutant un côté humain au personnage qui s’en trouve enrichi.
Néanmoins, Les Masques de Wielstadt, ayant une intrigue indépendante, introduit de nouveaux personnages tout aussi intéressants.
De ce côté, il y a bien entendu un nouvel adversaire puisque celui du tome précédent fut vaincu, qui est représenté par Osiander, un homme possédé par un démon. Bien que le personnage soit quelque peu stéréotypé, on ne peut décemment pas en vouloir à l’auteur, car on ne peut attendre de bons sentiments de la part d’un démon. Cependant, la créature nous étale peu à peu son plan intelligemment pensé de façon à tirailler Wielstadt et en devenir le maître incontesté. Semeur de zizanie, Osiander est également un être brutal et expérimenté ce qui le rend difficile à combattre, sans compter sa condition de démon l’empêchant d’être détruit hors de circonstances bien précises. Un ennemi qui s’avère donc à la hauteur de notre sombre héros.
Pierre Pevel ajoute également une nouvelle communauté rivalisant avec la Sainte-Vehme et la cour du Roi Misère. Concernant ses motivations, on pourrait penser que cette fraternité poursuit un but louable, cependant, ses agissements la rendent toute aussi dangereuse. Au sommet de la pyramide se trouve l’énigmatique représentant portant toujours un masque d’or, prêt à tout pour parvenir à ses fins, y compris menacer la vie d’autrui. Parmi ses membres, nous suivons la baronne de Ludehn dont le charme est une insidieuse façade lui permettant d’obtenir ce qu’elle désire, mais dans un autre registre, nous pouvons observer le manège de Tobias Haug, un duelliste gagnant sa vie en arnaquant de jeunes fortunés. Ce dernier sera, par ailleurs, un pivot central de l’œuvre malgré son apparence décadente. Ainsi, la Rose-Croix sait se montrer essentielle à l’histoire par son panel de personnages qui interagit avec Kantz.

Bien que Les Masques de Wielstadt possède une palette de personnages attrayants, les événements relatés s’avèrent un peu plus diffus que dans le premier tome.
En effet, tout comme Les Ombre de Wielstadt, le point de vue alterne entre celui du chevalier Kantz et celui de l’antagoniste. Cependant, l’effet s’avère moins réussi dans ce tome du fait qu’il y a une certaine redondance. Alors que l’enquête du premier volet permettait d’assembler petit à petit les pièces du puzzle malgré l’omniscience du lecteur, le héros prononce ici des déclarations qui ne lui aprennent pas toujours quelque chose de neuf. Par ailleurs, la répétition s’effectue tout autant dans le déroulement de l’histoire puisque le chevalier effectuera une mission, se battra ensuite contre une force ennemie, puis s’investira dans une autre mission, ce qui lui vaudra un autre combat. Il est d’ailleurs dommage de constater que les réflexions du héros ne sont pas diluées au fil du récit afin que le lecteur puissent lui aussi se forger ses propres hypothèses de dénouement. Au contraire, une grosse partie des révélations se forment dans le dernier chapitre et en particulier dans l’épilogue où Kantz se transforme en véritable Sherlock Holmes. Néanmoins, les indices sont dissimulés de manière astucieuse au point que l’on ne se doute pas qu’un infime détail puisse mener vers la confirmation d’une théorie. En cela, le lecteur ne peut que saluer de s’être fait berner aussi facilement, ce qui l’incitera à devenir plus observateur par la suite.

Concernant le style d’écriture, une fois de plus, la plume de l’auteur n’hésite pas à nous combler de richesses linguistiques et historiques. Le lecteur plonge de nouveau dans un vocabulaire ancien, mais se laisse également guider par les nombreuses notes et détails qui accompagnent le texte. C’est ainsi qu’il peut se délecter d’un petit cours d’histoire de la cryptographie que Pierre Pevel a su rendre accessible et intéressant pour le fil de l’intrigue. Il en va de même pour le soin de développement. Il est agréable de voir que des personnages absolument secondaires bénéficient d’un caractère défini, de sentiments, même s’ils s’apprêtent à mourir dans la page qui suit.

Finalement, Les Masques de Wielstadt est une bonne suite qui replonge le lecteur dans cet univers hybride si captivant. Bien que l’intrigue souffre de répétitions, le récit n’en demeure pas moins agréable à lire tant l’auteur nous régale avec ses personnages construits. Certains secrets qui perduraient dans le premier tome sont suffisamment mis à jour pour satisfaire la curiosité du lecteur et pour titiller sa soif d’en savoir davantage. L’histoire peut se lire de façon indépendante grâce à la présence de quelques rappels et à la clôture de la traque, mais le tome s’inscrit tout de même dans une continuité tracée par le contexte historique et narratif pour les amateurs de ce cycle.

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