Wielstadt, Tome 3 : Le Chevalier de Wielstadt – PIERRE PEVEL


Résumé :
La guerre de Trente Ans sévit toujours et Wielstadt devient, à nouveau, le théâtre d’atrocités. Cette fois, il s’agit du Voleur de visages qui perpétue des crimes, tuant des jeunes filles et découpant la peau de leur visage pour en fabriquant des masques. Le chevalier Kantz se penche sur cette affaire qui le confrontera à son passé.

Les plus : L’intrigue intelligemment ficelée. La fin déconcertante.
Les moins : Le contexte historique peu utilisé. Le dragon relativement absent.

En bref : Un tome qui conclue parfaitement la trilogie, apportant les réponses attendues, et offrant une fin originale.

Note :  

Mon avis :

Automne 1624, la guerre de Trente Ans continue de perturber le Saint-Empire romain germanique. Bien que protégée par son dragon, Wielstadt n’est pas épargnée par l’horreur puisque les crimes viennent de l’intérieur plutôt que de possibles invasions.
Ainsi, le Voleur de visages terrifie les citoyens, tuant des jeunes filles et découpant la peau de leur visage afin d’en fabriquer des masques mortuaires. Des atrocités qui arrangent les affaires de la Sainte-Vehme puisque devant l’impuissance du bourgmestre Sturger à faire cesser ces meurtres, Seelgen risque fort d’être élu pour effectuer le travail à sa place.
Une fois de plus, le chevalier Kantz mène l’enquête, mais il est également engagé par Mme de Rigemont, par l’intermédiaire de Sturger, afin de retrouver sa filleule Mathilde. Une mystérieuse mission qui semble cacher un autre but et qui poussera l’exorciste à affronter son passé.

L’histoire, bien que séparée en plusieurs enquêtes, s’avère mieux construite que celle des Masques de Wielstadt. En effet, Pierre Pevel évite le piège du chapitre final à révélations et dilue les informations essentielles tout au long de son œuvre. De cette façon, le lecteur peut aisément deviner certains éléments de l’intrigue sans que leur confirmation ne gâche son plaisir de lecture, ou qu’il ne se sente floué, voire simplet, en découvrant le pot-aux-roses. Pourtant, le récit avait de multiples occasions pour devenir brouillon.
En effet, le chevalier Kantz doit se concentrer sur plusieurs fronts. Le premier est bien entendu l’enquête du Voleur de visages. Terrifiant la ville, inculquant une certaine paranoïa, il est plus que nécessaires d’arrêter un tel criminel. Ainsi, l’enquête se déroule petit à petit, découvrant peu à peu le mode de fonctionnement du tueur, ses habitudes, les raisons pour lesquelles il impose un tel traitement à ses victimes, tout comme la cadence de ses meurtres. Une fois de plus, l’exorciste se fait aider du lieutenant criminel du prévôt, à savoir Rainer von Regenhalt, qui se trouve prix dans un étau compte tenu de la situation politique de Wielstadt. Kantz se verra également assisté d’un templier, le Frère Lukas, qui traque le Voleur de visages depuis ses premiers méfaits, tout comme d’une Égyptienne et de sa sœur Liliana. Ainsi, l’auteur parvient à donner un certain dynamisme à cette affaire, apportant ce qu’il faut de détails aux bons moments. Par ailleurs, compte tenu de son surnom, l’identité du tueur s’avère des plus logique du point de vue de la signification, tout en étant savamment orchestrée.
Le héros s’occupe également d’une autre mission délicate puisqu’il s’agit de retrouver Mathilde, une jeune fille soi-disant enlevée par un certain Theophilus Heich. Cependant, le chevalier se doute très vite que cette histoire n’est qu’une mascarade visant à l’impliquer dans une intrigue plus importante sans qu’il ne sache qui tire les ficelles. Cette enquête finit, d’ailleurs, par se rejoindre avec celle du Voleur de visages de façon assez subtile. De plus, cette mission est l’élément qui permet au lecteur d’en découvrir davantage sur le passé de l’exorciste. Ainsi, nous apprenons le véritable nom du chevalier, quelle fut son existence avant de devenir le chasseur de démons qu’il est, mais également un secret des plus surprenant qui dévoile l’origine du pentacle tatoué sur sa paume gauche. Il peut paraître confus d’obtenir tous ces éléments dans un seul tome, mais les informations sont amenées avec justesse, tout en faisant écho à des événements présents dans les opus précédents, liant ainsi les points obscurs pour les mettre en lumière.
En somme, Pierre Pevel parvient à garder le lecteur en haleine tout en lui proposant de découvrir lui-même le fin mot de l’histoire en l’accompagnant dans la chasse aux réponses. Une attitude qui faisait la force du premier tome et qui permet de conclure la trilogie en beauté. De plus, la fin s’avère tout à fait étonnante pour un récit de ce type, imprégnée de noirceur et ne correspondant pas du tout à ce que pourrait s’attendre le lecteur. Une surprise et une décision qui conviennent parfaitement à cette suite d’aventures.

Du côté des personnages, l’auteur nous offre une palette colorées avec une profondeur qui concrétise les bases déjà posées dans les précédents volets.
Ce tome met un point d’honneur sur les relations que possèdent Kantz et ses proches. Le monde évolue autour du chevalier, mais ce dernier demeure inchangé et son caractère introverti devient pesant pour ses amis. Ainsi, son valet Stefan désire se marier, cependant, l’exorciste n’a même pas connaissance qu’il est fiancé. Il apprend la nouvelle de Zacharios qui n’ose pas vraiment lui avouer complètement le fond de sa pensée, chose que fera la gouvernante Heide, exposant la difficulté que chacun éprouve en compagnie de Kantz. On retrouve donc une facette déjà palpable dans les tomes précédents, à savoir que le héros est un homme taciturne, dont la besogne quotidienne raffermit le cœur. Bien qu’étant agréablement entouré, l’attitude du chevalier provoque le malaise et l’éloignement. L’exemple en est Chandelle qui ne pouvait quitter l’exorciste auparavant qui finit par tenir compagnie à la famille Vecht, sans oublier le fait que les actes de Kantz mettent en danger ces personnes qui acceptent bon gré mal gré ce caractère difficile. De cette façon, les événements de cet opus sont en quelque sorte la goutte qui fait déborder le vase et qui brise un équilibre déjà flageolant : Kantz est destiné à la solitude.
Si l’on bascule vers les antagonistes, on retrouve bien entendu Reinecker, ennemi juré du chevalier, qui nous permet de connaître la fin de cette animosité, mais le personnage central de l’œuvre est Agnès von Bars. Le lecteur comprend très tôt la nature de cette femme tout comme sa capacité à contrôler les deux puissances qui s’affrontent, la Rose-Croix et la Sainte-Vehme. Incarnant la femme fatale, sa relation avec le héros n’est pas sans rappeler le célèbre roman de cape et d’épée d’Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires. En effet, Kantz est un mélange de d’Artagnan et d’Athos, tandis qu’Agnès représente sans peine Milady. Ainsi, véritable fantôme du passé du chevalier, cette femme ajoute sans conteste du piment dans l’intrigue tout en reliant les différents éléments qui composent celle-ci.

Si l’auteur parvient à faire vivre ses personnages, c’est également grâce au soin qu’il prend à les introduire dans un contexte finement organisé. Tout comme les précédents opus, l’histoire est intégrée à un contexte historique que l’auteur intensifie grâce à des détails précis. Il est aisé, par exemple, de constater que chaque date annoncée respecte le calendrier de l’époque, tout comme chacun peut concevoir la construction d’un village de ce siècle dont les matériaux sont propices à la propagation du feu.
Cependant, là où Pierre Pevel frappe fort, c’est lorsqu’il s’agit d’utiliser des textes réels pour servir son livre. C’est en s’appuyant justement sur un récit biblique qu’il forge le pivot de l’histoire, chose qui fait irrémédiablement sens puisque la religion accompagne les personnages tout au long de la trilogie, étant même à l’origine des conflits historiques dans lesquels prend place l’histoire. Le seul regret que l’on pourrait avoir est que le contexte de la guerre de Trente Ans ne fut pas vraiment exploité et ne sert finalement que de décors à cette série de romans.

En conclusion, Le Chevalier de Wielstadt est un tome riche en révélation, dévoilant les mystères qui demeuraient opaques autour du personnage principal, mais pas seulement. Ainsi, en quittant Wielstadt, le lecteur détient le savoir nécessaire pour ne pas se sentir frustré. Il est regrettable de ne pas avoir vu le dragon en action plus souvent, mais il dépeint ainsi sa force : malgré les événements qui se déroulent sous ses ailes, il est celui qui survivra à la folie des Hommes et à la malice des démons.

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