Les Chroniques du Quatrième Empire, Livre I : Les Crocs d’Océane – ARNAUD A. L. PIRODON


Résumé :
Tandis que des querelles politiques déchirent la ville d’Océane, Barthélemus et Mahoo, respectivement veilleur fidéchien et mercenaire félichat, cherchent à délivrer la cité du fantôme qui la ronge.

Les plus : La construction minutieuse de l’univers. Les messages dissimulés dans le roman.
Les moins : Le manque d’informations sur les égarés. L’absence de certaines annexes pouvant faciliter la lecture.

En bref : Un roman offrant une aventure captivante, tout en délivrant également de nombreux messages pertinents et intéressants par le biais d’animaux anthropomorphes, un peu à la manière des Fables de Jean de La Fontaine.

Note :  

Mon avis :

Ce livre fut l’objet d’un partenariat avec l’auteur. Je le remercie chaleureusement pour cette découverte.

Océane est une cité de l’Empire, surnommée la « ville lumière », est connue pour abriter bons nombres d’artistes et de penseurs. Cependant, elle est également réputée pour avoir été l’objet d’une dispute entre deux clans de fidéchiens : celui de Croc-Vengeur, dirigeant le duché, et celui de la Fière-Patte, cherchant à détrôner son rival. Ce dernier parvint à s’emparer du territoire, après plusieurs luttes, plaçant ainsi la lignée des Proudclast à la tête de la cité. Océane est à présent régentée par l’ultime successeur du clan de la Fière-Patte, Christophel Proudclast, mais un vent de fronde souffle sur cet héritier, en la personne de Léogar Stone, bâtard du défunt Hectave Bloodstone, représentant du clan Croc-Vengeur.
Parallèlement à ces querelles d’ordres politiques, un veilleur fidéchien, Barthélemus Grey, cherche à percer le secret d’Océane, intimement persuadé que la cité est hantée. Pour l’accompagner dans son entreprise, il engage Mahoo, un mercenaire félichat dont la claymore et sa dextérité à la manier lui sont d’une grande utilité et protection, car les ruelles de la ville lumière regorgent d’êtres d’une dangereuse folie, tout droit sortis de vieux contes : des égarés.

Les Crocs d’Océane est un livre auto-publié, une mention qu’il est bon de souligner tant le récit est de qualité. L’auto-édition est une pratique souvent dénigrée, bons nombres de lecteurs considérant qu’un auteur choisissant ce moyen le fait uniquement parce qu’aucune maison d’édition n’aurait daigné accepter le manuscrit. Bien entendu, ce peut-être le cas de personnes persuadées de posséder un immense talent et s’improvisant donc écrivain sans effectuer un quelconque travail. Nous ne trouvons pas dans ce cas de figure avec Arnaud A. L. Pirodon. Son premier roman fait partie de ces perles de l’auto-édition, procurant tout autant de plaisir qu’un livre sortant d’une maison d’édition que l’on affectionne.

L’auteur prend un soin particulier dans la construction de son univers, ce qui se ressent sur de nombreux points, et notamment au niveau de la faune qui peuple l’histoire.

Les Crocs d’Océane ne met pas en scène des êtres humains, mais des animaux anthropomorphes. Il est à noter qu’il existe d’autres animaux qui ne le sont pas, et qui agissent comme leurs homologues naturels. Ceux-ci sont appelés des « quatre pattes » et servent essentiellement au transport de marchandises.
Chaque espèce possède un nom spécifique, composé du nom original et d’une caractéristique. Par exemple, la race des « fidéchiens » est constituée du mot « chien » mais également du mot « fidélité », une facette reconnue de cet animal et qui devient même un salut auprès de la noblesse du duché (« Avec cœur et fidélité »).
Il en va de même pour « frêlapin » qui se compose de « lapin » et « frêle », un élément qui semble logique puis que ces lagomorphes sont des êtres plutôt fragiles.
Le mot « hurloup » est quant à lui une alliance de « loup » et « hurlement », une singularité très ancrée dans les esprits, car ces canidés sont souvent dépeints hurlant à la lune.
En revanche, une petite exception se pose pour « félichat » puisque ce mot est formé de « chat » et « félin », ce dernier terme n’étant pas une caractéristique en soi, mais le système fonctionne puisque cette catégorie possède plusieurs connotations dans l’imaginaire collectif, à savoir la discrétion et la sournoiserie.

Si les noms attribués à chaque race reflètent une particularité de sa faune, les patronymes que portent chaque animal sont également très évocateurs. Les félichats sont pourvus de prénoms qui ne sont pas sans rappeler des miaulements. Mahoo, Mae, Mnow, Mian, Naonao, Emeon, Yami, Inaumo, Myume, Hyun, tous possèdent les mêmes sonorités en « m », « n », « a », « o », « i » ou « y », qui se rapprochent davantage du son qu’émet un chat contrairement à d’autres associations de lettres de notre alphabet.
Il en va de même pour les pestirats, dont les représentants animaliers sont comme son nom l’indique, des rats (le mot « peste », quant à lui, rappelant bien entendu cette maladie dont les rongeurs étaient porteurs), puisque leur patronyme est essentiellement composé de consonnes. Krut’ntk, Tkkkehts, ou encore Tchtchk, sont inévitablement des mots dont la sonorité rappelle le grattement de griffes, le claquement de dents, et d’autres bruits dont sont capables les rats.
Les tortuges ont des noms japonais. Les tortues sont considérées comme une figure de chance et de longévité dans ce pays asiatique, mais symbolisent également la terre et la stabilité du monde. Une idée que l’on retrouve dans le roman puisque les tortuges occupent des postes en lien avec la politique (magistrats, dynastes,…), le savoir (scolaristes,…) et l’art (musicien, harmoniastes,…), une diversité qui allient toutes les capacités cognitives et sensorielles. Kakumei, Shinken, Tamashî, Seishin, Kokoro, Shokubô, des noms qui ne sont pas attribués au hasard, puisque par exemple, le premier signifie « révolution » et son porteur s’engagera effectivement dans le mouvement de Léogar. Les trois dynastes, Tamashî, Seishin et Kokoro, envoyés par l’empereur Shokubô, se nomment respectivement « âme », « esprit » et « cœur », des qualités essentielles qui doivent effectivement appartenir à celui qui dirige un empire. Par ailleurs, le prénom de l’empereur signifie « espérer » mais dans un sens assez fort, le dirigeant incarnant donc l’espoir de son territoire, une idée que l’on constate dans le récit lorsque plusieurs personnages attendent une réaction spécifique de la part de l’empereur.
Concernant les fidéchiens, on peut y remarquer des similarités avec les prénoms humains. Barthélemus, Christophel, Lucidore, Patribald, Flaviandre, Léogar, Hectave, Oscabert, Archipolde, Barnabias, Rosalice, Sidophine, Gustager, Charoline, et bien d’autres encore, contiennent tous des sonorités de patronymes humain (Christophe, Caroline, Barnabé, Oscar, Archibald, Rosalie, etc.) ce qui n’est pas étonnant puisque l’on considère le chien comme le meilleur ami de l’Homme, il en prend donc ses apparences dans ce livre, étant même en quelque sorte la race dominante, ne serait qu’avec les deux clans opposés, Croc-vengeur et Fière-Patte. Toutefois, malgré cette ressemblance, les fidéchiens expriment leur côté animal par le biais de suffixes. À la manière des « -chan », « -kun », « -san » ou « -sama » en japonais, les fidéchiens apposent des « -vao », « -dof », « -wul » et « -wan » à la fin de chaque prénom en fonction du statut de leur interlocuteur et de leur lien avec lui. Des suffixes qui rappellent les aboiements dont sont capables de véritables chiens.
Étant donné les caractéristiques des fidéchiens, il est intéressant de noter les similarités et les différences avec les hurloups. Les chiens et les loups appartiennent à la même famille des canidés, mais ne sont évidemment pas de la même espèce, chose qui est intelligemment illustrée dans le roman. Les hurloups possèdent des patronymes tribaux tels Furieux-Présage, Triste-Vent ou Flamme-Noire. Vivant en meute et parcourant les terres hostiles de Neigeuse, les hurloups sont souvent considérés comme des barbares aux yeux des autres races, alors qu’ils sont semblables aux fidéchiens. De cette manière, si les fidéchiens sont à l’image des êtres humains, il en va de même pour les hurloups, à la différence que les fidéchiens représenteraient les Hommes se disant civilisés (comme les anciens colons) en comparaison avec des Hommes vus comme des sauvages par les autre , car vivant en tribus et priant d’autres divinités (comme les Indiens d’Amérique).

Néanmoins, la présence d’animaux anthropomorphes en guise de personnages ne doit pas être un frein à la lecture sous prétexte que c’est un choix enfantin. Bien au contraire, de tels éléments de narration permettent de poser des problématiques profondes.

En effet, bien qu’il y ait des exceptions, chaque espèce correspond à une certaine classe sociale. Ainsi, il est plus fréquent de croiser des fermiers frêlapins que fidéchiens. Les pestirats sont liés au commerce, qu’il soit légal comme aubergiste ou illégal comme dirigeant d’une milice officieuse. Les tortuges, comme évoqués précédemment, se distinguent dans les métiers utilisant un savoir aussi bien moral qu’artistique. Les félichats occupent plutôt des postes leur permettant d’user d’avantages et de sournoiserie, comme conseillers politiques ou mercenaires. En revanche, les fidéchiens sont un peu plus ambivalent puisque l’on peut observer aussi bien des architectes, des veilleurs, des prêtres, des politiciens, etc.
Cependant, leur condition animale ajoute d’autres éléments à prendre en compte. De cette façon, un félichat au pelage uni sera infiniment plus considéré qu’un autre ayant un pelage tacheté. Il en va de même pour la couleur, la blancheur permettant d’accéder à de hautes sphères tandis que la noirceur destine à de plus sales besognes comme l’assassinat. Des prédestinations que l’on ne retrouve pas chez les autres animaux, bien que les fidéchiens semblent avoir des races plus enclines à faire partie des dirigeants, cette caractéristique est davantage due à un facteur de succession qu’à un véritable délit de faciès. Ces attributions spécifiques permettent ainsi de délivrer des messages un peu à la manière des Fables de Jean de La Fontaine. De cette façon, les animaux qui parviennent à dépasser leurs conditions, évoluent aussi bien psychologiquement que socialement.

En cela, Les Crocs d’Océane propose un véritable voyage d’apprentissage pour les personnages. Toutefois, ce voyage est principalement intérieur, forgé d’épreuves qui assurent la réflexion et la maturité des concernés.
On peut noter l’exemple de Mahoo qui a préféré fuir ses responsabilités, les conséquences de ses actes, son destin, pour devenir mercenaire. Ses aventures aux côtés de Barthélemus le mènent à une réflexion sur sa propre personne pour en tirer la conclusion d’affronter les problèmes non résolus de son passé. Par ailleurs, les paroles du fidéchien l’incitent régulièrement à repenser ses actions, mais le félichat déclare inlassablement qu’il ne comprend pas un mot de ce que veut lui faire comprendre le veilleur. Pourtant, Barthélemus s’exprime avec clarté, ce qui peut laisser entendre que Mahoo joue volontairement le simple d’esprit, car faire la sourde oreille est une autre manière de fuir.
Un autre exemple est celui de Christophel. Fidéchien ayant accédé à la position de duc, il ne possède pourtant aucune compétence politique, ce qui le conduit à diriger Océane d’une bien piètre façon. S’emportant facilement, il considère que sa condition lui apporte tout ce qu’il désire. Cependant, les événements font qu’il subit un violent échec, condamné à une nouvelle vie. Un retournement de situation qui l’oblige à voir le monde d’un nouvel œil, et même s’il conserve une certaine impulsivité, plusieurs de ses discours démontrent un véritable gain en maturité.
Il en va de même pour Lucidore, autre fidéchien accédant à un certain pouvoir. Il passe énormément de temps au milieu des livres, cherchant à accomplir son devoir avec justesse, néanmoins, malgré les apparences, Lucidore est loin de réaliser les implications de tous ses actes, tout comme il ne saisit pas vraiment que le monde n’est pas manichéen. Chose dont il prendra conscience plus tard, à travers une série de circonstances l’amenant à faire face aux conséquences de ses décisions.
De manière générale, et au-delà des cas particuliers, c’est toute la ville d’Océane qui évolue. Ayant d’abord les yeux rivés sur les luttes politiques, la cité ne prend pas le temps de résoudre ses propres soucis, chaque habitants pouvant accuser quelqu’un d’autre que lui-même de ses maux. Un état qui change puisque Océane doit finalement se prendre en main.

Pour que ces notions d’évolution fleurissent, Arnaud A. L. Pirodon glisse plusieurs critiques pouvant s’appliquer à notre société. Nous avons déjà précédemment évoqué un parallèle notable avec l’histoire coloniale lorsque l’on observe attentivement les différences entre les fidéchiens et les hurloups. Cependant, ce passage de l’Histoire n’est pas la seule référence présente.
Il est effectivement possible d’en voir une à l’Inquisition. Au cours du récit, l’Église prend le pouvoir et impose une politique implacable. Toute personne ne respectant pas le culte du Maître se voit affublé d’hérésie, ce qui est le cas des hurloups ayant d’autres croyances. À noter qu’il est amusant de constater que la divinité porte le nom de « Maître » alors que les personnages sont des animaux. Une milice, nommée la Peritas, parcourt la cité afin de faire régner l’ordre. Malheureusement, ces soldats et paladins agissent de façon drastique, transformant peu à peu la régence en dictature. Par ailleurs, des émissaires viennent régulièrement réclamer la dîme auprès du peuple, oppressant ainsi les plus pauvres après avoir muselé les penseurs, d’autant plus que certains collecteurs n’hésitent pas à abuser de leur position. Tous ces éléments font écho à de véritables événements de l’époque médiévale occidentale, l’auteur se permettant ainsi d’exposer les dangers d’une religion s’abreuvant de pouvoir.
Dans une autre mesure, on peut également voir une petite référence au siècle des Lumières. Océane est souvent décrite comme étant une ville d’artistes, de penseurs et de frondeurs. Les arts sont quelquefois utilisés à des fins politiques, comme une pièce de théâtre écrite en l’honneur d’un duc ou une chanson contant les erreurs passées derrière une métaphore. De plus, la cité est prompte au progrès par le biais des pierresprits, ces dernières apportant l’énergie nécessaire au fonctionnement de technologies, mais également source de lumière. Ainsi, Océane et ses habitants représentent parfaitement ce mouvement cherchant à s’éloigner de l’obscurantisme, encourageant la science, et s’opposant aux abus de l’Église. Au sens propre comme au figuré, Océane porte la lumière menant vers sa propre évolution.
De ce fait, le récit s’engage également dans un avertissement des dangers du progrès. Les fameuses pierresprits sont à double tranchant. Elles permettent la création d’altiport, offrant donc la possibilité de dominer les airs à l’aide de navires volants par cet artifice, elles sont un remplacement idéal au feu des bougies puisqu’elles sont source de lumière, mais le prix de cette technologie est important. Afin d’enchanter ces éléments, les éidoliers doivent utiliser du sang, ce dernier étant prélevé à de faux volontaires, souvent condamnés à cette option pour éponger leurs lourdes dettes. Malheureusement, ce don sanguin conduit les victimes à être habitées par ce que l’on appelle le malesprit. Cette malédiction empêche le porteur de sombrer dans l’inconscience ou le sommeil, résultant en la vision de nombreuses hallucinations et de cauchemars, ce qui entraîne la pauvre âme dans la folie. Un appel donc à la modération afin que la technologie demeure sous contrôle.

Toutefois, pour exprimer de telles assertions sans ennuyer le lecteur où alourdir son récit, il est essentiel de soigner sa narration. Chose qu’effectue Arnaud A.L. Pirodon avec brio.
Les chapitres se situent sous différents points de vue, ainsi, mais si l’on s’accorde à définir Mahoo et Barthélemus comme les personnages principaux du roman tant leur mission est la clef de l’histoire, ils ne monopolisent pas le temps de parole. De cette façon, nous suivons les autres enjeux du livre au fur et à mesure qu’avance l’enquête des deux compagnons. Cette technique permet d’aborder différents sujets : observer un pan de vie de Mae nous en apprend donc davantage sur les pierresprits et leurs conséquences, écouter les plaintes de Patribald nous fait découvrir une partie de l’Histoire d’Océane, etc. Un chapitre est même consacré à décrire le processus menant un être sain d’esprit à devenir un égaré, une chose bienvenue car l’on en apprend assez peu sur eux, chose plutôt regrettable puisqu’ils sont l’élément déclencheur de la mission de Barthélemus. Néanmoins, tous les personnages présentés possèdent un lien plus ou moins intime, leur existence se croisant tels les fils d’une immense toile, ce qui intensifie l’idée de puissance dont est capable chaque être pour influer sur le quotidien de tous.
Ce changement de point de vue évite également au lecteur de se lasser d’un personnage, de subir un ralentissement de rythme du récit, cependant, l’auteur n’en oublie pas de construire chaque personnage. En effet, loin d’être des sujets vides d’intérêt, chaque nouveau narrateur se voit doté d’un passé, d’inquiétudes, de désirs, d’un caractère, d’amis, etc. En résumé, tout est mis en place pour qu’ils possèdent une certaine consistance et que leur apparition ou utilité ne soit pas artificielle. Ainsi, le lecteur ressent immanquablement la vie qui émane du roman, ce qui ajoute une crédibilité indéniable.
Concernant le corps du texte, Les Crocs d’Océane propose des descriptions délivrant suffisamment d’éléments pour aider l’imagination, mais sans devenir indigestes. Par ailleurs, les scènes d’actions sont dynamiques, et donnant un style plaisant à l’œuvre. Les batailles aériennes à bord de navires remémoreront certainement d’excellents moments aux joueurs de Skies of Arcadia. Des éléments qui sont, sans aucun doute, sublimés par la plume d’Arnaud A. L. Pirodon, qui s’avère agréable à lire, étant à la fois fluide, précise et munie de touches poétiques.

Un petit mot, enfin, sur le péritexte. La couverture est superbe, imitant l’apparence d’un grimoire et donnant vraiment envie de découvrir l’histoire. Bien que l’adage déclare qu’il ne faut pas juger un livre sur sa couverture, il va sans dire qu’une belle illustration est tout de suite plus engageant, surtout lorsqu’il s’agit d’un premier ouvrage ce qui ne permet pas tellement de savoir si l’on peut accrocher au style de l’auteur. De plus, s’agissant ici d’une auto-publication, ce choix donne un aspect soigné et professionnel qui peut mettre en confiance les lecteurs réticents.
En annexe, le livre possède deux arbres généalogiques appartenant aux deux clans rivaux, une aide précieuse pour quiconque souhaite s’y référer afin de se rappeler les différents liens familiaux. Malheureusement, il est regrettable de ne pas y trouver une carte du territoire. Bien que l’action se déroule essentiellement à Océane et parfois à Neigeuse, d’autres lieux sont également fréquentés ou mentionnés, ce qui rendrait utile une carte des environs pour faciliter la représentation de l’univers. De même, quelques indications récapitulant certains détails, comme la signification précise des suffixes qu’emploient les fidéchiens et leur code d’utilisation, ou encore la hiérarchie félichatte instaurée par la couleur et les marques de leur pelage, permettraient aux lecteurs de mieux visualiser les différences sociales que ressentent les félichat en rencontrant un de leurs semblables.
Petite touche d’originalité, chaque titre de chapitres est en anglais et se rapporte à la musique (Deepest Night Rhapsody, Forsaken Rock’n’Roll, Bittersweet Bolero, etc.), un choix qui illustre parfaitement l’atmosphère, mais qui trouve également son sens dans la musicographie présente à la fin de l’ouvrage. Ainsi, une liste de chansons nous est proposée pour chaque chapitre, correspondant à certaines scènes ou même à des personnages. Les musiques proposées sont très hétéroclites, allant du metal, à du folk, ou encore à des bandes originales de jeux vidéos ou de dessins animés japonais. On peut être étonné de certaines d’entre elles, surtout si l’on imaginait un autre rythme ou thème, mais si l’on prend le temps d’écouter, on remarque que les chansons possèdent des paroles qui font sens. Par exemple, Stray de Steve Conte, désigné comme le thème de Mahoo, dépeint sa condition de mercenaire hanté par son passé, illustrant sa solitude. Toutefois, il est dommage de ne remarquer cette musicographie qu’une fois avoir terminé le livre, car l’écoute de ces morceaux choisis doit s’effectuer avec la mémoire de ce que l’on a ressenti lors de la lecture et non sur le vif. Une indication de l’existence de cette annexe particulière en début de roman ou à la fin de chaque chapitre aurait peut-être permis d’apprécier davantage cette originalité.

Finalement, Les Crocs d’Océane propose différents niveaux de lecture. On peut y voir un simple récit d’aventures, de batailles, au cœur d’un monde de fantasy où les personnages sont des animaux, mais les diverses expériences et connaissances des lecteurs révèleront des critiques de notre société, de notre Histoire, ainsi qu’une évolution psychologique des protagonistes.
De plus, la précision avec laquelle Arnaud A. L. Pirodon a construit son univers permet d’offrir un véritable plaisir littéraire tant l’on ressent sa crédibilité. Le lecteur suit donc avec attention l’enquête de Mahoo et Barthélemus, les luttes politiques entre le clan Croc-Vengeur et celui de la Fière-Patte, ou encore les diverses conséquences que les événements ont sur la ville lumière.
Les Croc d’Océane étant un premier tome, la suite est, bien entendu, espérée, mais la fin semi-ouverte permet d’être pleinement satisfait du déroulement de l’histoire sans subir une attente ou un suspense intenable entre les deux livres.

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