Fruits Basket – NATSUKI TAKAYA

Titre original : フルーツバスケット (Furūtsu Basuketto)

Résumé : Suite à plusieurs circonstances, Tohru Honda cohabite avec quelques personnes appartenant la famille Sohma. Cependant, certains membres de ce clan sont atteints d’une malédiction en rapport avec les signes astrologiques chinois.

Les plus : Les personnages terriblement attachants. Le traitement de sujets psychologiques et sociologiques importants.
Les moins : La présence de certaines mentalités quelque peu archaïques, notamment en ce qui concerne le rôle de la femme.

En bref : Un manga émouvant qui traite avec justesse les aléas de la vie par le biais d’un thème fantastique.

Note :  

Mon avis :

Fruits Basket est un manga de Natsuki Takaya paru entre juillet 1998 et novembre 2006 au japon, puis de septembre 2002 à novembre 2007 en France. Composé de 23 volumes, la série fut également adaptée en anime de 26 épisodes suite à son succès, mais ne reprenant que les six premiers tomes. Bien que la mangaka n’en soit pas à son premier essai, c’est bien Fruits Basket qui fut d’abord introduit dans l’hexagone.

La légende raconte que Dieu invita les animaux à un grand banquet se déroulant le soir-même de son annonce, en leur précisant bien de ne pas arriver en retard. Le rat malicieux rendit visite au chat naïf et lui mentit en affirmant que la fête n’aurait lieu que le lendemain. Dieu récompensa les douze animaux s’étant présenté les premiers, le rat qui s’était faufilé sur le dos du bœuf afin d’arriver le premier à la réception, ensuite, bien entendu, le bœuf, puis le tigre, le lapin, le dragon, le serpent, le cheval, le mouton, le singe, le coq, le chien, et enfin le sanglier. Ces animaux devinrent les représentants des signes du zodiaque chinois. Malheureusement, trompé par les viles paroles du rat, le chat dormaient, rêvant à ce banquet auquel il pensait assister le lendemain.

C’est à partir de cette version de la création des signes astrologiques asiatiques que se base un point important du manga. En effet, Fruits Basket nous conte l’histoire de Tohru, une orpheline qui vit sous une tente suite à la mort de sa mère. Un jour, en allant au lycée, elle remarque une maison près des bois où elle campe. Ainsi, elle fait la connaissance de Shigure Sohma, mais elle apprend également que sous son toit vit un des garçons les plus populaires du lycée, Yuki Sohma. Le soir-même, alors que Tohru rentre épuisée de son travail après l’école, elle se fait surprendre par les deux Sohma suscités. Ces derniers lui proposent de la loger en échange des tâches ménagères.
Très vite, un autre membre de la famille Sohma fait son apparition : Kyô. Dans une arrivée fracassante, il défie Yuki de le battre dans un combat d’art martial. Souhaitant tempérer la situation, Tohru se jette sur le nouveau venu, ce qui a pour conséquence de révéler le secret des Sohma. Treize membres du clan sont hantés par l’esprit d’un animal zodiacal, incluant donc le chat, bien qu’il ne soit pas un signe officiel. Ainsi, Tohru découvre que Kyô est possédé par l’esprit du chat, Yuki par celui du rat, et Shigure par celui du chien. La malédiction est simple : si une personne du sexe opposé se jette au cou d’un de ces treize membres, alors ils se transformeront en l’animal qui les hante. D’autres circonstances ont le même effet, comme l’affaiblissement ou encore un très fort sentiment de gêne.
Normalement, quelqu’un d’extérieur au clan Sohma voit sa mémoire effacée en cas de découverte de ce lourd secret, mais étrangement, une exception est faite pour Tohru, selon les exigences du chef de famille, Akito. Petit à petit, Tohru va réaliser à quel point cette malédiction est plus sombre qu’il n’y paraît, notamment la nature particulière de celui qui est possédé par l’esprit du chat, ainsi que le traitement spécial qui lui est réservé. L’héroïne s’avère être un véritable baume pouvant cicatriser les blessures des treize, et soulager cette condition qui les accable.

Les événements de Fruits Basket se déroulent de manière assez simple et codifiée. Tohru rencontre un nouveau membre maudit de la famille Sohma dans des circonstances pouvant être amusantes, sérieuses, ou dramatiques, ce qui l’amène à découvrir par quel esprit est possédée la personne concernée. À cela, s’ajoute le fait que l’héroïne apprend une partie du passé souvent bouleversant de cette nouvelle connaissance, voire une épreuve qu’elle subit actuellement. Pour compléter le tout, ce schéma type est entrecoupé de scènes du quotidien où Tohru crée de plus en plus de lien avec les Sohma.
À première vue, le manga peut paraître simpliste et prévisible, le lecteur pouvant en conclure que l’héroïne brisera petit à petit la malédiction à chaque rencontre. Il n’en est rien. En effet, si le secret du clan Sohma est abordé avec légèreté dans la plupart du temps grâce à un comique de répétition sur les transformations, il n’en demeure pas moins sombre, et profondément enraciné. Il ne suffit pas d’une formule magique ou d’un geste réconfortant pour s’en libérer, cette malédiction étant véritablement une part insécable des treize membres, ce qui entraîne des conséquences bien plus intenses.

Le secret des Sohma n’est en réalité qu’une excuse, une belle histoire fantastique, pour évoquer des thèmes sociologiques importants. Compte tenu de leur malédiction, les treize membres ne peuvent vivre sans se soucier du lendemain. Devant toujours prendre garde au moindre faux pas, certains parviennent à garder le sourire et s’intégrer à la foule, tandis que d’autres subissent une sorte d’exclusion. On peut noter l’exemple de Yuki, qui, malgré sa popularité auprès des filles de son école, se sent hypocrite lorsqu’il cherche à être aimé. De cette façon, il jalouse son cousin Kyô, dont les airs un peu bourrus aux premiers abords laissent place à une facilité d’intégration. À l’inverse, Kyô est également envieux de Yuki qui semble n’avoir qu’à claquer des doigts pour tout obtenir et être heureux, étant considéré comme une personne de confiance contrairement à lui qui est dénigré au sein de la famille Sohma.
Cependant, Fruits Basket va plus loin dans cette démarche en abordant le lourd sujet de l’ijime, que l’on peut traduire littéralement  par « intimidation ». Ce phénomène désigne les brimades que subissent les personnes exclues d’un groupe et de ce fait, prises pour cible, ces attaques pouvant mener la victime jusqu’au suicide. Plusieurs possédés affirment avoir déjà subi une sorte de harcèlement suite à leur couleur de cheveux qui s’avère très vive à cause des animaux qui les hantent, mais le cas est bien plus sévère et détaillé à travers le personnage de Kisa. Habitée par l’esprit du tigre, Kisa est pourtant de nature douce et quelque peu effacée. Moquée par ses camarades de classe, la pauvre petite finit par en perdre la voix. On peut également signaler le cas de Saki Hanajima, une des deux amies de Tohru. Ayant inexplicablement un pouvoir lié aux ondes, elle prit peur de sa propre puissance et fut malmenée par d’autres écolières la considérant comme une sorcière. Dans un cas comme dans l’autre, Tohru est la clef qui permet à la personne persécutée de relever la tête, de s’accepter, et d’aller de l’avant.

La souffrance pouvant prendre différentes formes, Fruits Basket s’approche d’autres sujets, comme par exemple le rejet d’un être cher. Ce thème concerne le passé de Momiji, hanté par l’esprit du lapin. Il explique lui-même qu’une mère accouchant d’un enfant maudit peut avoir deux réactions : soit elle le surprotégera, soit elle le rejettera de toute son âme. Momiji est impliqué dans ce deuxième cas de figure et sa vision des choses en est tout à fait émouvante. D’une autre façon, ce thème concerne la relation entre Yuki et son frère Ayame, ce dernier étant hanté par le serpent. Ayant eu à résoudre ses propres problèmes tout en étant de nature assez excentrique, Ayame repoussa Yuki à un moment où celui-ci avait besoin d’aide. Un choix qui creusa un gouffre entre les deux frères, chose que regrette l’aîné qui tente de renouer avec son cadet. Cependant, le paroxysme de ce sujet est atteint à travers la condition spéciale des membres possédés par l’esprit du chat, condamné à la solitude et au mépris de la famille. Leur traitement est d’autant plus cruel lorsque l’on comprend qu’il est effectué pour rassurer les douze autres, ces derniers pouvant se dire qu’après tout, leur vie n’est pas si horrible.

La peur de l’abandon, la perte d’un être cher, le deuil, l’amitié, l’amour, la haine, voilà encore bien d’autres thèmes qu’aborde le manga. Pourtant, loin de proposer une solution idyllique, Fruits Basket apporte essentiellement des éléments de réponse qui sonnent juste, mais qui ne peuvent s’effectuer qu’à travers des efforts et une prise de conscience qui n’est pas toujours aisée. Ainsi, la malédiction peut être vue autrement tant il s’agit d’un véritable traitement de la différence et du long chemin qui mène à l’acceptation de soi, mais également celle d’autrui. On pourrait d’ailleurs résumer ce parcours par ce passage très juste du cinquième tome :

« Cette lettre… Elle te dit de t’aimer toi-même, mais qu’est-ce que ça signifie vraiment ? Nos qualités… Comment faire pour les trouver ? On ne voit que nos défauts et nous les détestons, et c’est bien pour cela que nous ne nous aimons pas. Alors, si on essaie de trouver nos qualités par nous-mêmes, on ne trouvera rien… Ce n’est pas si facile… Ce n’est pas de cette manière que cela fonctionne. Quand quelqu’un te dira à quel point il t’apprécie ou qu’il t’aime, alors c’est là… Et seulement à ce moment-là que tu pourras t’aimer toi-même, tu n’es pas d’accord ? Quand on t’acceptera telle que tu es, tu auras l’impression que tu pourras enfin te pardonner, et que tu pourras enfin t’aimer. »

C’est en cela que le personnage de Tohru est d’une importance capitale. Les treize membres ont chacun souffert à leur manière de leur secret, mais grâce à la bonté de l’héroïne, à sa générosité, sa tolérance, que l’on pourrait résumer en la beauté de son cœur, ils parviennent à trouver le réconfort, cette acceptation tant recherchée.

Malheureusement, cela peut devenir un bémol pour certains lecteurs. En effet, Tohru peut paraître trop parfaite pour être réelle, sans compter qu’elle applique tous les clichés de l’ancienne vision de la femme, à savoir être une ménagère et cuisinière d’exception. Cependant, si l’on regarde au-delà de ce stéréotype, on peut constater que l’héroïne n’est pas exempte de faiblesses.
Les Sohma ne sont pas les seuls personnages à posséder un lourd passé, et même si l’on peut penser que les drames s’accumulent, les événements n’en demeurent pas moins représentatifs de ce que peut être la vie. Parfois cruelle et injuste, personne n’est à l’abri d’accident, de blessures physiques ou psychologiques. Par ailleurs, si le lecteur est tenté de dénigrer Tohru, Natsuki Takaya nous offre un moment de réflexion sur ce personnage, à travers un conte de sa propre invention présent dans le manga. On peut ne pas adhérer à ce que nous propose l’autrice, mais on ne peut rester insensible tant cette histoire peut contenir un miroir de la réalité.

Parlons à présent des détails un peu plus techniques. Concernant l’aspect graphique, Fruits Basket est un manga très agréable à lire. Bien entendu, puisqu’il s’agit d’un shôjo, c’est-à-dire un manga destiné aux jeunes filles, les personnages possèdent des caractéristiques typique de ce genre. On peut donc noter de grands yeux très expressifs, ainsi que des traits très fins, peu importe le sexe du personnage. Ce sont des éléments qui peuvent rebuter certains lecteurs, mais le style de la mangaka est tout de même suffisamment riche pour passer au-delà de ce préjugé. En effet, on peut constater une réelle évolution du tracé, au fur et à mesure que l’histoire avance, chose tout à fait logique puisque les protagonistes grandissent. Ainsi, contrairement à de nombreux mangas où les héros semblent être coincés dans une faille spatio-temporelle, les personnages de Fruits Basket mûrissent aussi bien mentalement que physiquement, ce qui permet de prendre véritablement en compte le temps qui passe. Tous ces éléments rendent le manga véritablement vivant, le lecteur se sentant ainsi plus proche des personnages, partageant donc plus amplement leurs émotions.
Du point de vue de la traduction, un élément assez important est à signaler. Comme évoqué précédemment, Fruits Basket est paru en 1998 au Japon et sa sortie française date de 2002. À cette époque, les traductions n’étaient pas aussi fidèles en ce qui concerne les éléments purement culturels. De cette façon, les suffixes apposés aux noms ou prénoms, tels que « -san » ou « -kun »,  ne sont pas présent dans les premiers volumes. De même, certains personnages n’utilisent pas les noms de famille pour interpeller quelqu’un, mais plutôt le prénom. La traduction privilégiait donc une occidentalisation des règles de politesse, chose qui fut changée à partir du treizième tome, paru en France en 2005. Les lecteurs ayant pu se familiariser avec certains éléments du quotidien japonais, une nouvelle traduction fut mise en place afin de mieux respecter le texte d’origine. L’exemple le plus flagrant se trouve par rapport au personnage de Yuki qui normalement, l’appelle « Honda-san », mais durant les premiers volumes, il dit tout simplement « Tohru ». On peut reprocher une dysharmonie de l’œuvre finale, mais il est important de noter l’effort d’adaptation, qui, même s’il n’était pas toujours judicieux, permettait aux occidentaux de passer outre la différence culturelle dans le cas où il pouvait s’agir d’un premier contact avec les mangas.

Finalement, Fruit Basket est un manga indéniablement émouvant, abordant de nombreux sujets capables de faire écho à notre propre expérience. Sous ses airs de shôjo classique, il s’avère donc plus profond, mais sans apporter de solution miracle, il présente, cependant, des possibilités de voir chaque chose sous un autre angle.
Le manga se conclut sur une fin que l’on peut qualifier de douce-amère, ce qui concorde parfaitement avec la justesse dont il fait preuve au fil des tomes. Par ailleurs, chaque lecteur pourra s’identifier à différents personnages selon son parcours, et cela, même à travers le mot final qui n’est pas vécu de la même façon par les protagonistes de l’histoire.
Fruits Basket est donc un manga qui vaut la peine d’être lu, tant il est capable de toucher le point le plus sensible que l’on tente de dissimuler, grâce à sa palette de personnages si différents, mais partageant les mêmes angoisses de la vie.

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