La Liste de Miss Zapping – HUGUETTE CONILH


Résumé :
Anaïs Dancourt, alias Miss Zapping, organise une fête d’anniversaire où elle compte rompre avec son petit ami du moment, afin de faire comprendre à Vincent Ferrand qu’elle est libre pour lui. Malheureusement, les événements ne se déroulent pas tout à fait comme prévu, et Anaïs est agressée dans une ruelle. Vincent est l’un des suspects, mais il compte bien découvrir lui-même qui est l’auteur de cet acte.

Les plus : Les thèmes abordés. Les efforts faits pour que la majorité des jeunes puissent se reconnaître dans certaines situations, les amenant donc à réfléchir.
Les moins : Le discours très familier pouvant rebuter le lecteur. Quelques caricatures.


En bref :
Un roman qui peut paraître rebutant suite au langage utilisé, mais qui mérite d’être lu pour les différents problèmes qu’il ose pointer du doigt.

Note :
 

Mon avis :

Cette lecture fut effectuée dans le cadre d’un service de presse proposé par l’autrice, Huguette Conilh. Je la remercie chaleureusement pour cette découverte.

Dans la commune Miramont-de-Guyenne, Anaïs Dancourt est connue sous le surnom de Miss Zapping. En effet, la jeune fille est une beauté qui sait utiliser ses charmes, au point qu’elle enchaîne les conquêtes à la vitesse où l’on changerait de chaîne de télévision. Cependant, cette liste d’hommes qu’elle a établie n’est rien à côté de celui qu’elle désire véritablement, Vincent Ferrand. Malheureusement, suite à diverses circonstances, le jeune homme semble la détester.
Un soir, Anaïs organise une fête pour célébrer sa majorité, n’oubliant pas d’inviter le fameux Vincent. Ce dernier finit par accepter de se rendre quelques minutes à la soirée, même s’il sait pertinemment ce que cela signifie. Miss Zapping s’arrange toujours pour que le jeune homme soit présent à ses ruptures, indiquant donc qu’elle compte se séparer de son petit ami du moment, Luc Armand, ami d’enfance de Vincent.
Les événements se déroulent comme prévu jusqu’à ce qu’Anaïs se retrouve seule, à l’extérieur du bâtiment accueillant la fête. Alors qu’elle souhaite se mettre à l’abri de la pluie, elle arpente une ruelle adjacente et se heurte à la porte close de la salle. Un homme rejoint la jeune fille, et profitant qu’elle soit piégée, l’agresse avec un cran d’arrêt. Ayant vu Miss Zapping avant l’attaque, Luc et Vincent deviennent les premiers suspects, mais ce dernier compte bien découvrir qui est l’auteur de cet acte.

La Liste de Miss Zapping est le deuxième roman de Huguette Conilh. Paru en premier lieu en 2013 sous le titre Le Chien de l’Enfer, on y ressent déjà des thématiques, ainsi que la volonté de faire passer certains messages, que l’on retrouve deux ans plus tard dans Les Ignobles, bien que les deux livres ne traitent pas du même sujet.
L’autrice destine ce récit à des jeunes qui n’ont pas le goût de la lecture. De ce fait, beaucoup d’éléments peuvent rebuter des lecteurs plus chevronnés, mais tout comme nous l’apprend le roman, il ne faut pas se fier aux apparences.

Le roman est divisé en vingt-trois chapitres, ces derniers étant suffisamment longs pour apporter les informations nécessaires à une scène, tout en ne s’étendant pas sur des dizaines de pages. Les événements se suivent chronologiquement, à part quelques analepses, ce qui offre donc une construction plutôt classique. De plus, le roman comporte assez peu de description, préférant se concentrer sur les pensées ou les paroles des personnages, ainsi que sur l’action. En effet, chaque rue pourrait être celle de n’importe quelle ville, et certains protagonistes sont décrit tardivement voire pas du tout. Pourtant, cette décision n’est pas gênante puisque l’intérêt du roman est d’observer l’évolution des personnages, de façon à ce que leur personnalité transparaisse à la place de l’étiquette que l’on peut leur attribuer en fonction de leur apparence.
Concernant la narration, elle est effectuée à la troisième personne, mais tout en conservant un point de vue interne, bien qu’alternant les personnages. Ainsi, un chapitre peut se dérouler à travers les yeux de Vincent, tandis qu’un autre exposera les pensées d’Anaïs. Toutefois, on peut quelques fois observer un léger basculement de point de vue au sein même d’un chapitre. Le douzième, lors de la conversation entre M. Ferrand et son fils, apporte un bel exemple. Les événements sont présentés selon le ressenti de Vincent, jusqu’à ce qu’il interroge son père de façon à ce qu’il réfléchisse à sa réponse, offrant donc au lecteur, un bref moment dans la tête de cet autre personnage. Pourtant, il ne s’agit pas de narration omnisciente, puisque aucune information ne nous est servie artificiellement sur un plateau. Par exemple, chaque indice pouvant mener à la découverte du coupable est vu par le biais d’un personnage, de plus, lors du chapitre écrit sous le point de vue de l’agresseur, son identité n’est jamais dévoilée, le secret n’étant révélé que lorsqu’un protagoniste l’apprend.
Ces choix s’avèrent judicieux sur de nombreux points. Tout d’abord, la structure traditionnelle et sa composition permettent à des lecteurs novices de ne pas se perdre dans un labyrinthe, mais la narration pimente un peu le tout, grâce à ces différents points de vue. Par ailleurs, étant internes, ces derniers mettent l’accent sur les sentiments des personnages, créant un lien plus fort avec le lecteur, ce qui l’implique davantage dans l’histoire.

Si cette construction peut s’avérer banale pour un lecteur aguerri, le langage utilisé ne manquera pas de le surprendre. En effet, que ce soit dans les dialogues, les pensées, ou tout simplement la narration, il est courant de rencontrer un vocabulaire peu châtié.
Comme évoqué précédemment, Huguette Conilh souhaitait destiner ce roman à des jeunes qui n’ont pas l’habitude de lire, et particulièrement ceux en difficulté, ce qui peut expliquer ce choix. Toute personne est amenée à lire des ouvrages, qu’elle le désire ou non, à partir du moment où l’individu suit un cursus scolaire. Cependant, dès le collège, ce sont essentiellement des œuvres considérées comme étant des classiques qui sont étudiées, ce qui inclut donc des récits datant de plusieurs siècles, impliquant un lexique quelque peu différent des normes actuelles, et des tournures de phrases parfois alambiquées. En fonction de la réception des enfants, mais également de la façon d’enseigner des professeurs, deux réactions se développent : certains auront la curiosité de lire d’autres livres de ce genre, tandis que d’autres seront dégoûtés de ce type de littérature. Dans ce dernier cas, certains facteurs peuvent même transformer cela en un refus total de la lecture. En cela, la démarche effectuée dans La Liste de Miss Zapping est plutôt astucieuse, puisqu’il s’agit d’écrire une histoire avec des phrases simples au temps présent, et un vocabulaire plus proche de ce que peut entendre ou utiliser un jeune d’aujourd’hui, montrant ainsi aux réfractaires que la littérature n’est pas forcément cette activité assommante qu’ils imaginent.
Malheureusement, cette décision peut soulever un problème. En effet, ce type de langage peut être un frein pour des lecteurs plus chevronnés qui ne pourront peut-être passer outre cet élément conséquent. Cependant, on peut remarquer que ce vocabulaire n’est pas omniprésent, et dépend du personnage dont on reçoit le point de vue. Au fil du texte, on perçoit le caractère de certains d’entre eux, et parfois, il ne s’associe pas à de telles paroles, ce qui créerait une sorte de rupture. Ainsi, on assiste à une variation de discours afin de mieux différencier les personnages, leur ajouter une parcelle les rendant un peu plus uniques par rapport aux autres. Pierre en est l’exemple flagrant, puisque l’on identifie automatiquement sa façon de parler sans vulgarité, utilisant l’interjection « petit Jésus » et désignant ses parents comme « le père » et « la mère ».

Malgré cela, La Liste de Miss Zapping a beaucoup à offrir à ceux qui voudront découvrir ce qui se cache sous cette façade à la fois ordinaire dans sa structure et surprenante dans son langage. En effet, bien que le récit possède une enquête, la découverte du coupable n’est pas véritablement le point important de l’œuvre, ce qui explique la facilité que peut avoir le lecteur à soupçonner le bon personnage. L’aspect policier et thriller du livre apparaît donc comme un enrobage divertissant pour transmettre des messages capitaux.

Le roman aborde plusieurs thèmes, mais celui qui domine le récit est le rapport aux apparences. Certains en sont victimes, d’autres les utilisent, mais dans tous les cas, chaque personnage entretient des préjugés envers les autres, pensant être supérieur, alors que son attitude est peu respectable dans une situation similaire.
Anaïs est une jeune fille qui enchaîne les conquêtes, on peut ainsi dire qu’elle semble à l’aise avec sa sexualité, ce qui n’est pas du goût de tous. Rien qu’à son surnom, Miss Zapping, on nous fait comprendre qu’une telle attitude n’est pas convenable. Bien entendu, les raisons qui la poussent à se conduire ainsi ne sont pas louables, puisqu’elle agit uniquement pour attirer l’attention de Vincent. Pourtant, il y a fort à parier que les autres personnages critiqueraient Anaïs de la même manière sans ce détail. La preuve en est la réaction des habitants de la commune lors de son agression, nombreux sous-entendant que la jeune fille méritait d’être attaquée. Pourtant, si aux premiers abords, Anaïs peut sembler détestable dans sa façon de penser, elle n’en demeure pas moins un être humain, avec sa force et ses faiblesses, ainsi qu’un passé qui, pour le coup, s’avère très sombre. Par ailleurs, celui-ci explique la colère qui gronde en elle et qui guide son attitude. Nombreuses sont les personnes qui se seraient brisées à sa place, mais Anaïs a décidé d’utiliser ses souffrances pour mieux attaquer, quitte à dissimuler ce qu’elle est sous cette apparence aguichante. Ainsi, comme tout le monde, elle ne devrait pas subir ces jugements peu charitables. En cela, la démarche de Huguette Conilh est plus qu’appréciable, puisqu’elle nous rappelle que n’importe qui peut sombrer dans la sanction facile sans se préoccuper de ce qui se cache sous la coquille d’autrui. D’ailleurs, le discours nauséabond que tiennent les habitants se retrouve encore dans notre réalité.
Vincent, quant à lui, est assez préoccupé par le regard d’autrui. Lorsqu’une rumeur concernant sa potentielle homosexualité voit le jour, il s’empresse de s’afficher avec une fille en public afin de démentir les commérages. Usant également de termes homophobes comme « tafiole », on peut dire sans hésitation, que le jeune homme est pétri de préjugés. Cela se ressent dans d’autres circonstances, comme sa relation avec Anaïs ou les rapports peu cordiaux qu’il entretient avec son frère. Toutefois, Vincent est ami avec Pierre et n’hésite pas à le défendre lorsqu’il est victime de harcèlement. C’est donc un personnage en demi-teinte, comme beaucoup d’autres dans l’histoire.
Pierre est également victime de son apparence. Ayant une déficience mentale, seul Vincent semble l’apprécier et ne pas se moquer de lui. Que ce soit par son père, ou des jeunes de son âge, Pierre est souvent raillé et insulté, alors que le jeune homme possède simplement une façon différente de penser et de voir les choses, comme nous le retranscrivent les chapitres narrés de son point de vue. Malheureusement, bon nombre de personnages ne parviennent pas à se défaire de leurs préjugés, certains développant même une rancœur envers lui, comme peut le faire Anaïs. Ce qui nous amène à un autre sujet important du roman.

La communication est un élément fondamental qui est trop souvent laissé-pour-compte. En effet, le manque de discussions sincères montre à plusieurs reprises qu’il nourrit des circonstances venimeuses, incluant même ces préjugés dont nous avons brièvement parlé.
On peut noter, par exemple, la froideur installée entre Anaïs et Vincent, datant de leur première rencontre. La jeune fille n’avait que sept ans et se moqua de Pierre. Son acte était certes mesquin, mais si chaque partie avait pu faire une concession, un équilibre de paix aurait pu s’installer. Au lieu de cela, Vincent demeure renfrogné dans son jugement, tandis qu’Anaïs ne cherche pas à s’excuser afin d’amorcer un début de dialogue.
Le même problème se trouve dans la relation entre Vincent et son père. Le lecteur sent que ce dernier est dépassé par le temps qui s’écoule, creusant un fossé avec son fils. Toutefois, à partir du moment où une discussion s’immisce entre eux, une compréhension des deux camps s’effectue petit à petit.
Par ailleurs, il est intéressant de constater que certains personnages s’enlisent dans leurs problèmes en étant muselés. Dans l’incapacité de parler, ce sont par des gestes qu’ils tentent de se faire comprendre, ce qui mène malheureusement à des malentendus, entretenus par les préjugés dus aux apparences, mais qui sont automatiquement levés dès qu’une conversation honnête est entamée. C’est ainsi que plusieurs protagonistes évoluent favorablement en mettant leurs âmes à nues par le biais des mots.

Néanmoins, la force du roman est de réussir à insérer ces thèmes dans un récit où de nombreux jeunes seront familiers avec certaines situations. Que ce soit la tension entre les enfants Ferrand, l’attirance éprouvée envers une personne sans vouloir se l’avouer, des actions effectuées uniquement dans le but d’être remarqué par l’être aimé, la pression ressentie par le regard des autres, ces éléments sont des circonstances qu’un jeune a pu rencontrer à un moment de sa vie. Bien entendu, le roman n’offre pas de solution universelle puisqu’à partir d’un lieu commun, des variantes se détachent, mais les deux thèmes précédemment évoqués permettent d’amorcer un début de réponse à ces interrogations.
Toutefois, cet atout peut devenir un bémol dans la mesure où cela peut engendrer des caricatures. Par exemple, l’opposition entre les deux frères s’articule en partie sur le fait que l’un d’eux opère dans le travail manuel tandis que l’autre est considéré comme un intellectuel. De même, le dégoût que montre Vincent envers Miss Zapping cache en vérité de l’amour. On peut encore noter les deux meilleurs amis qui se disputent à cause de l’apparition d’une fille au centre de leur camaraderie. Certaines de ces exagérations subissent des retournements de situation, certes, mais il est dommage de constater que ces éléments produisent un manque de surprise évident.

Finalement, La Liste de Miss Zapping réussit son pari, pour peu qu’on lui donne une chance. Destiné à un public peu enclin à lire, l’œuvre cherche à le réconcilier avec la lecture en le familiarisant au maximum avec l’univers. Le lecteur assiste donc au quotidien de plusieurs personnages au cœur d’une commune comme les autres, et se retrouve confronté à des thèmes qu’il connaît parfaitement.
Ainsi, c’est sous l’apparence d’un roman noir assez banal que l’autrice nous démontre qu’il ne faut justement pas se fier à la couverture. Dénonciation des préjugés, pouvoir de la communication, voilà des sujets phares qui reviennent dans les livres de Huguette Conilh, et qui sont, hélas, trop absents de la réalité.

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