Sorceleur, Tome 2 : Le Temps du Mépris – ANDRZEJ SAPKOWSKI

Titre original : Czas pogardy

Résumé : Ciri accompagne Yennefer qui compte la confier à une école de magicienne afin qu’elle apprenne à utiliser son don. Pendant ce temps, Geralt est toujours à la poursuite de Rience et cherche qui l’a engagé pour enlever l’enfant surprise. Malheureusement, leurs plans ne se déroulent pas comme prévu.

Les plus : Le développement de l’univers sous de nouveaux points de vue. L’humour.
Les moins : La fin quelque peu dérangeante.

En bref : Une excellente suite liant propos humoristiques et sérieux, afin de dépeindre toute la grandeur des enjeux autour du personnage de Ciri.

Note : 5/5

 

Mon avis :

Le Temps du Mépris est le deuxième livre de la pentalogie du Sorceleur, écrite par Andrzej Sapkowski. Dans le tome précédent, Geralt s’était lancé à la poursuite de Rience, ce mercenaire commandité pour enlever Ciri, l’enfant surprise, alors que celle-ci était justement confiée aux soins de Yennefer, chargée de lui apprendre à contrôler son don.
Depuis, consciente du potentiel de la jeune fille, la magicienne décide de l’inscrire à l’école de magie d’Aretuza, dirigée par Margarita Laux-Antille. Apprenant que Geralt est non loin de leur point de chute, Ciri part le retrouver, événement qui attire l’attention de la Traque Sauvage, un groupe de Spectres annonciateur de guerre et réputé pour apparaître essentiellement en hiver. Après quelques péripéties et retrouvailles, Geralt accepte d’accompagner Yennefer à l’assemblée des sorciers se déroulant sur l’île de Thanedd, espérant y découvrir quel magicien s’intéresse à Ciri d’après ses dernières informations. Durant la nuit, ce banquet devient le théâtre d’une effroyable bataille qui sépare nos protagonistes.

Andrzej Sapkowski continue d’employer la même formule concernant la construction de ses romans. Le temps du mépris contient donc peu de chapitres, mais ces derniers sont assez longs et constitués de plusieurs sections utilisées pour changer de point de vue ou effectuer des ellipses. Un système qui sera présent tout au long de la saga et qui s’avère plutôt efficace puisqu’il permet de contrôler le rythme et les différents effets que souhaite insuffler l’auteur à l’histoire. Par exemple, une volonté de dramatisation peut être instaurée en laissant un personnage en fâcheuse posture avant de raconter la situation d’un autre.
Cela peut, bien entendu, provoquer une certaine frustration chez le lecteur, mais de cette façon, il apprend également des renseignements lui offrant une sorte d’omniscience que ne possèdent pas les personnages. On peut noter la découverte des associés Codringher et Fenn au sujet de Ciri qui fait comprendre au lecteur les intentions de l’empereur de Nilfgaard, mais dont les conséquences n’atteindront pas les oreilles de Geralt avant le troisième opus.
Néanmoins, bien que la formule soit similaire, l’histoire donne l’impression d’être une immense chaîne où chaque personnage serait un maillon. Ainsi, il est impossible d’entamer la série où l’on souhaite, car le récit n’a pas pour objectif de créer des aventures indépendantes comme pouvaient l’être les nouvelles, mais de construire une fresque de fantasy. Ce manque d’indépendance des romans n’est donc pas gênant puisqu’ils sont liés par une véritable continuité, toutefois, chaque volet possède une ligne directrice qui se trouve dans le titre. Le deuxième tome instaure ce qui est appelé « le temps du Mépris », c’est-à-dire une atmosphère de méfiance et de vengeance provoquée par la guerre, mais il s’agit également de ce qui est prophétisé si le Sang Ancien choisit le chaos.

Le Temps du Mépris continue d’aborder les thèmes déjà évoqués durant le tome précédent, allant jusqu’à les approfondir. En effet, la guerre tiraille le continent, les souverains du Nord essayant de se défendre contre l’empire de Nilfgaard. Un acte de paix semblait avoir été conclu par les magiciens, mais un vent de trahison souffle au sein de leur confédération. Certains demeurent fidèles au Nord, tandis que d’autres voient un avenir plus favorable en se joignant au Sud. Ainsi, en développant les conséquences qu’apportent les conflits, le récit s’attarde un peu plus sur l’aspect politique.
Bien entendu, l’auteur n’oublie pas de nous gratifier de scènes d’aventures. On peut noter, par exemple, le périple de Ciri dans une contrée désertique. La difficulté de se repérer dans un tel endroit, l’ingéniosité dont il faut faire preuve pour subvenir à ses besoins primitifs, la rencontre de créatures adaptées à cet environnement menant à une lutte de survie, les répercussions qu’une situation de ce genre peut avoir sur la force mentale, rien ne nous est épargné. Cependant, les événements se déroulant sur l’île de Thanedd sont le cœur du roman, à raison d’être contés sur deux chapitres entiers que l’on peut diviser en deux états : les faux-semblants et la crise.
Andrzej Sapkowski y réalise une véritable satire du monde politique. Les personnes capables de maîtriser la magie terminent tôt ou tard par être profondément impliquées dans les décisions gouvernementales, bien que certaines tentent de conserver toute neutralité. Par ailleurs, nous apprenons que ce monde possède son propre schéma de pouvoir. Cinq membres constituent le Chapitre, la haute sphère discutant de certaines affaires et donnant des ordres en conséquence. Ce groupe est aidé par cinq autres membres formant le Conseil, une sphère inférieure qui n’a pas le mot final, mais qui apporte tout de même une assistance. Cette assemblée réfléchit donc sur la conduite que les magiciens et magiciennes doivent adopter pour conseiller les dirigeants de chaque pays. Un système qui crée des tensions puisque les magiciens espionnent chaque parti afin de préserver ses intérêts.

Toutefois, afin que cet aspect ne soit pas trop ennuyeux pour le lecteur, l’humour est manié avec dextérité pour nous faire comprendre les ambitions de chaque parti, sans pour autant diminuer l’impact des paroles. L’auteur nous offre donc des scènes absolument désopilantes où chacun tente de déstabiliser l’autre, ou de lancer des répliques bien senties afin d’asseoir sa position. Un petit jeu qui appuie sur l’idée que le pouvoir est souvent une cour où règne l’hypocrisie. Il est très amusant de voir Geralt évoluer dans un tel milieu, comprenant petit à petit les ficelles. Il est, en quelque sorte, le regard du lecteur face à toutes ces manigances fondées sur les apparences. On remarque donc sa gêne d’être à une soirée comme celle-ci, où il ne semble pas avoir sa place, puis ses tentatives de conversations, pour enfin rire de ses badineries parfois cocasses, parfois acerbes.
Cependant, Andrzej Sapkowski n’oublie pas de reprendre un ton plus sérieux lorsque les enjeux s’avèrent plus sombres, ce qui arrive inévitablement puisque ce jeu d’espionnage se conclut de manière assez tragique, sans compter le fait qu’un personnage désire enlever Ciri. Le récit ne laisse donc pas les amateurs de combat en reste, transformant l’assemblée en un bain de sang assez monumental, provoquant un chaos nécessaire au développement de l’intrigue et du personnage de Ciri. Un tel désordre met en perspective les enjeux présents dans la saga, tout en proposant une raison logique à la séparation des protagonistes, les amenant à effectuer un parcours différent, mais tout autant instructif.

Néanmoins, il est important de signaler que le chapitre final peut être perturbant, voire choquant pour certaines personnes. En effet, suite à plusieurs circonstances, Ciri se retrouve, malgré elle, au sein d’une compagnie de brigands. La jeune fille subit alors un début d’agression sexuelle de la part d’un des hommes du groupe, avant d’être sauvée par l’une des femmes. Pourtant, celle-ci continue l’entreprise de son camarade, transformant son acte de bonté en un agissement intéressé. La réaction de Ciri est différente selon les personnages, elle tente de repousser l’homme de toutes ses forces, tandis qu’elle accepte le même traitement lorsqu’il s’agit de la femme.
Les raisons d’un tel comportement sont complexes et passées sous silence, mais l’on peut tout de même constater quelques pistes. Tout d’abord, Ciri possède une expérience assez traumatisante avec les hommes. On peut noter le cauchemar du soldat nilfgaardien qui hante ses nuits et dont on ne connaît pas véritablement les intentions, mais également la peur engendrée par les paroles de plusieurs ravisseurs. Seul Geralt semble être l’exception. Une expérience qui ne se présenta pas au contact des femmes. Par ailleurs, Mistle, la demoiselle responsable des attouchements fait preuve de tendresse, chose que recherche désespérément Ciri. Ainsi, la jeune fille semble développer une sorte de syndrome de Stockholm, son caractère se teintant de misandrie.
Ces éléments s’avèrent intéressants concernant l’évolution du personnage, puisqu’ils mettent en parallèle la relation de Ciri avec Geralt et Yennefer, ainsi que sa nouvelle vie au milieu des brigands avec Mistle. On constate les ravages que peut avoir la guerre sur le psychisme, forgeant des êtres rejetés de tous et rejetant toute bienfaisance tant leurs cicatrices sont profondes. Cependant, cette scène demeure difficile pour quiconque ayant vécu une situation plus ou moins similaire, il est donc essentiel d’être averti de l’existence d’un tel passage.

Finalement, Le Temps du Mépris est une suite tout à fait à la hauteur du tome précédent. L’histoire s’étoffe de plus en plus grâce à l’intégration d’éléments essentiels à la concrétisation de l’univers, comme l’aspect politique. De plus, Andrzej Sapkowski parvient à divertir le lecteur grâce à des touches d’humour, sans pour autant oublier lorsque le récit doit se vêtir d’un ton dramatique. Ainsi, les pièces du puzzle se rassemblent petit à petit, nous faisant comprendre que Ciri est définitivement le personnage clef.

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