Regrets mécaniques – MICHÈLE DEVERNAY


Résumé :
Fin XIXe siècle, dans une uchronie steampunk, Gabriel Montfort doit trouver le cœur dont a besoin son fils afin d’être sauvé de la mort qui l’attend. Une quête qui requiert de faire taire sa conscience compte tenu des conséquences.

Les plus : La réflexion autour de la nature de l’être humain. Le personnage de Lulu Cabriole.
Les moins : Le dénouement prévisible. Quelques clichés.

En bref : Une nouvelle qui ne déborde pas d’originalité, mais qui possède un certain charme grâce à certains détails bien pensés.

Note :

 

Mon avis :

Cette lecture fut effectuée dans le cadre d’un service de presse proposé par l’autrice, Michèle Devernay. Je la remercie pour cette découverte.

L’histoire se situe dans un univers uchronique, où notre monde connut une révolution technologique fondée sur la vapeur. Gabriel Montfort est un illustre avocat dont le fils, Lucas, souffre d’une affection cardiaque le conduisant vers la tombe. Désespéré, Gabriel décide de sauver son unique enfant en faisant appel à Lulu Cabriole, un vieil homme auquel il a eu recours dans le passé, qui sait où trouver un cœur pour effectuer une greffe. Une quête qui soulève de nombreuses questions.

Si l’on se rend sur le site de l’autrice, on peut y apprendre, via ses feuilles de route, que la nouvelle a dû être étoffée afin d’y inclure un contexte temporel plus précis. Remanier un récit est une tâche difficile puisque les ajouts doivent s’intégrer parfaitement au texte original qui possède déjà son propre rythme. Pourtant, Michèle Devernay semble avoir réussi le pari en proposant une histoire, certes courte, mais qui parvient à exposer un univers tout en se suffisant à elle-même.
En effet, dès les premières lignes et tout au long de la nouvelle, le lecteur peut situer les endroits où se produit l’action. Ainsi, nous découvrons que les événements ont lieu principalement au Canada et à Paris, et qu’ils se déroulent vers la fin du XIXe siècle puisque la capitale française s’apprête à accueillir la cinquième Exposition universelle. Par ailleurs, certains détails comme le dirigeable, le métro aérien, l’autocab conduit par un automate, ou encore bien d’autres éléments à vapeur, nous indiquent que le récit ne prend pas place dans notre réalité, mais dans une uchronie que l’on peut qualifier de steampunk.
L’autrice gère bien cet assemblage puisqu’elle prend soin de parsemer son texte d’éléments réels, en témoigne la scène de course-poursuite dans Paris où l’on peut reconstituer grâce aux noms de rues, tout en remplaçant la technologie de l’époque par la vapotechnologie, comme les exemples déjà cités. Toutefois, ces inventions sont suffisamment intuitives pour ne pas être longuement décrites. Ainsi, les informations nécessaires à la compréhension et la visualisation nous sont données sans être envahissantes. Le résultat de ce mélange apporte donc un parfum familier et dépaysant à la fois.
Au niveau de la construction, le texte est composé de petits segments, chacun étant séparé par une ellipse plus ou moins longue. Ce système permet de garder un rythme dénué de lourdeur et de ne connaître que l’essentiel de l’histoire. Celle-ci est contée selon différents points de vue, mais la longueur du récit ne permet pas un développement poussé de chaque personnage, ce qui s’avère un peu regrettable puisque cela les limite à des rôles plutôt stéréotypés dont seul Lulu Cabriole semble se démarquer. Toutefois, la nouvelle ne parait pas décousue, prouvant donc que Michèle Devernay a su enrichir son texte tout en conservant l’unité qu’il avait au départ.

Concernant l’histoire, on ne peut pas dire qu’elle soit vraiment originale et sa fin est terriblement prévisible. Néanmoins, l’autrice parvient à ne pas lasser le lecteur, notamment grâce au personnage de Lulu Cabriole. On ne sait que très peu de choses à son sujet, mais le mystère qu’il dégage laisser planer de nombreuses interrogations, au point que l’on peut se demander si ce protagoniste n’aurait pas une petite touche de fantastique ou de merveilleux. Que ce soit son magasin de jouets, ses fabrications, ou ne serait-ce que son apparence, Lulu Cabriole inspire l’inquiétude et la fascination. Par ailleurs, ce personnage est un élément clef de l’histoire, son commerce et ses paroles menant au thème dans lequel baigne le récit.
En effet, de nombreux éléments s’articule en réalité autour de la réflexion sur laquelle veut nous interpeller Michèle Devernay, à savoir la nature de l’être humain et ce qui détermine cette appellation. En cela, l’univers steampunk est bien choisi puisque les machines encerclent les êtres de chairs, on peut noter l’exemple du chauffeur de taxi qui n’est qu’un automate, l’idée étant que dans ce monde régi par diverses machines, l’Homme tant à perdre son humanité, considérant la vie comme un élément dont l’on peut disposer à sa guise. Un détail de la nouvelle en forme d’ailleurs un joli symbole, quand lors d’une visite à l’hôpital, Esther, la mère de Lucas voit un jeune garçon dont le bras fut amputé suite à l’explosion d’une chaudière. Métaphore de cette technologie qui engloutit l’être humain et l’aliène de ce qui faisait son essence.
Il en va de même avec les actions effectuées par Gabriel pour sauver son fils. Aveuglé autrefois par ce que pouvait lui offrir une expérience, il poursuit dans cette voie et devient aussi froid qu’un être constitué de rouages. Le lecteur finit par se demander si une simple machine ne serait pas plus humaine que cet homme aux pensées si radicales. On peut comprendre son mobile, mais il ne justifie en rien ses intentions peu louables qui paraissent être de l’abus de pouvoir. Il est impossible d’aborder toutes les questions que proposent la nouvelle sans en dévoiler la fin, mais on peut retenir qu’elle incite à réfléchir sur ce qu’est véritablement un être humain. Son enveloppe corporelle biologique ? Son origine ? Les sentiments dont il fait preuve ?
C’est en cela que le personnage de Lulu Cabriole est intéressant, car il représente l’opposé du parcours de Gabriel, ne serait-ce que dans son apparence. Il est le contraire d’un homme d’affaire, étant souvent désigné comme « le fou ». Cependant, il est puissant à sa manière et pousse la réflexion sur la nature humaine. On peut noter l’inversion du symbole évoqué précédemment puisque le vieil homme actionne le mécanisme d’une de ses fabrications à l’aide de sang humain, nous démontrant ainsi que l’on peut insuffler la vie à n’importe qui ou n’importe quoi et que ce qui détermine un être humain se situe ailleurs. Doté d’une sorte d’omniscience, les paroles de Lulu Cabriole envers le père de famille prennent un tout autre sens à la fin du récit, pourtant, il n’est pas étranger à l’accomplissement de toute cette histoire et il est difficile de savoir ses motivations. En revanche, une chose est certaine : ce protagoniste enseigne une leçon de vie et de compassion.

Finalement, Regrets mécaniques est une nouvelle peu originale, mais dont le thème et l’univers sont suffisamment bien orchestrés pour lui conférer un certain charme. Le lecteur se laisse donc guider par la plume agréable de l’autrice afin de découvrir une réflexion, certes classique, mais qui retrouve des couleurs grâce au personnage de Lulu Cabriole.

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