Sorceleur, Tome 4 : La Tour de l’Hirondelle – ANDRZEJ SAPKOWSKI

Titre original : Wieża Jaskółki

Résumé : L’étau se resserre. Ciri est pourchassée par différentes personnes dont les motivations ne sont pas insufflées par la bonté. Pendant ce temps, Geralt est toujours à sa recherche et Yennefer souhaite la protéger des intentions de la loge.

Les plus : Les références culturelles. Le traitement de Ciri.
Les moins : Le ralentissement du rythme. Une fois de plus, l’absence de carte du monde.

En bref : Un roman qui prend le temps de poser les pièces sur l’échiquier, tout en apportant des réponses à certaines questions.

Note : 5/5  

Mon avis :

La Tour de l’Hirondelle est le quatrième tome de la saga du Sorceleur, écrite par Andrzej Sapkowski. Plusieurs protagonistes s’inquiètent pour la vie de Ciri, car ils eurent une vision d’elle recouverte de sang. Ainsi, ne sachant si elle a succombé à cette blessure, Geralt est plus que déterminé à suivre son objectif et s’il ne parvient pas à retrouver la jeune fille, il compte bien se venger. Pendant ce temps, Yennefer tente de contrecarrer les plans de la loge pour empêcher les magiciennes d’utiliser le sang ancien qui coule dans les veines de Ciri à des fins politiques. Quant à la source de toute cette agitation, elle n’a pas encore expiré son dernier souffle et se cache dans les marécages de Pereplut où elle conte son histoire à son sauveur, Vysogota.

La Tour de l’Hirondelle est l’avant-dernier volet de la saga, un statut qui explique le rythme ainsi que le contenu du roman. En effet, si les livres précédents enchaînaient les événements plutôt rapidement malgré l’alternance des points de vue, cet opus subit un ralentissement assez conséquent.
Tout d’abord, on peut noter le fait que presque tous les personnages importants apparaissent dans le récit tout en faisant intervenir des inconnus. Ce choix permet bien évidemment d’indiquer la situation de chaque parti avant d’exposer le grand final, cependant l’effet secondaire est que l’histoire s’en trouve un peu plus hachée puisque certains protagonistes s’éloignent du centre d’intérêt général, même si leurs actions y ont une influence indirecte.
Dijkstra est un parfait exemple. Le maître espion se rend à Kovir en espérant convaincre le souverain Esterad d’accorder une aide financière à la Rédanie. Bien qu’il concerne l’aspect politique du roman, puisqu’il s’agit de la guerre où les royaumes du Nord et l’empire nilfgaardien s’affrontent, ce passage ne semble pas lié à la quête qui hante tous les esprits, à savoir retrouver Ciri. Pourtant, la jeune fille est tout de même intelligemment incluse et nous apprend même des informations sur les appartenances politiques du couple royal de Kovir.
Ainsi, ce tome dresse un véritable éventail des alliances de chacun, où l’auteur place petit à petit ses pièces sur l’échiquier et invitant le lecteur à s’imaginer quels personnages se feront face lorsque le feu aura touché la poudre.

Toutefois, pour ne pas perdre l’objectif de vue, Andrzej Sapkowski nous offre une sorte de leitmotiv avec l’histoire de Ciri. La jeune fille était plutôt en retrait depuis son intégration dans le groupe de bandits, mais son arrivée fracassante dans les marécages laisse entendre qu’elle se confronta à un grand danger.
Le récit de Ciri se présente donc sous la forme d’analepses, la jeune fille commence à parler à l’instant présent jusqu’à ce qu’une coupure nous fasse comprendre que la suite du texte est ce fameux souvenir que nous vivons au moment de sa réalisation. Cette décision est la bienvenue puisqu’elle évite d’avoir un trop fort recul par rapport à l’action, nous permettant ainsi de la saisir avec toutes les émotions qu’elle implique. Ces passages se concluent par un paragraphe débutant par :

Si ce jour-là, à la tombée de la nuit, quelqu’un était parvenu à se glisser subrepticement jusqu’à la cabane au toit de chaume pentu et couvert de mousse […]

Cette phrase peut paraître redondante mais, à la manière d’un compositeur, l’auteur recadre ainsi son récit autour du thème principal de l’histoire, alors que le roman s’éparpille à cause du nombre de personnages dont il faut expliquer la position actuelle.
Par ailleurs, il est intéressant de noter que cette récurrence détonne avec le reste du livre. Ciri et Vysogota sont deux êtres solitaires, réunis dans cette cabane perdue au milieu d’un lieu inaccessible, tandis que les autres protagonistes sont souvent au milieu d’un groupe et dans des endroits plutôt fréquentés. Par ce leitmotiv, l’auteur nous rappelle que Ciri est une jeune fille qui cherche encore qui elle est véritablement et qui ne doit compter que sur elle-même.

La Tour de l’Hirondelle permet également d’étendre un peu plus l’univers avec des destinations qui n’étaient que brièvement évoquées. Les points de vue de Yennefer nous offrent notamment un voyage aux îles Skellige.
De manière générale, les lieux de la série s’inspirent de notre monde. Ainsi, les royaumes du Nord s’apparentent à l’Europe médiévale et peut-être plus particulièrement la Pologne, pays de l’auteur ; tandis que l’Empire de Nilfgaard serait plutôt l’Allemagne de cette Europe d’où peut être tiré la similarité de la particule de noblesse entre le « von » allemand et le « var » dans les romans ; quant aux îles Skellige, il s’agit sans nul doute de l’équivalent scandinave. Les habitants sont davantage des marins que des agriculteurs, écumant les mers sur des drakkars. De plus, leur religion s’apparente à la mythologie nordique, en témoigne cet extrait :

La légende dit que lorsque surviendra Tedd Deireadh, le temps de la Fin, le temps du Froid blanc et de la Tourmente sauvage, Heimdall affrontera les forces hostiles de la contrée de Morhögg, les fantômes, les démons et les spectres du Chaos. Il se tiendra sur l’Arc-en-Ciel et fera retentir le cor pour prévenir son peuple que le temps est venu de saisir les armes et de former les rangs. Alors commencera Ragh nar Roog, la Dernière Bataille, celle qui décidera si tombera la nuit ou pointera l’aube.

On peut également noter le rêve de Yennefer qui représente Yggdrasil avec le faucon Vedrfölnir voletant au-dessus, l’écureuil Ratatosk dans ses branches, et le serpent Jörmungand à ses racines. La magicienne, quant à elle, revit l’expérience d’Odin à travers cette illusion, accédant ainsi à l’état d’esprit lui accordant son souhait.
Ces références culturelles enrichissent le roman, tout en inscrivant la saga dans notre propre réalité. Dans cet univers imaginaire, la magie et divers monstres apparurent suite à un événement appelé Conjonction des Sphères. Un portail s’ouvre entre deux mondes, échangeant ainsi ce qui les compose. Avec cet élément, les nombreuses références à notre réalité peuvent trouver une explication intéressante qui s’avère renforcée par Avallac’h sous-entendant que l’envahisseur humain apparut suite à cette Conjonction. Le discours de cet elfe est d’ailleurs aussi comique que dramatique, malgré la pointe d’arrogance venant de son sentiment de supériorité envers les Hommes, et offre une vraie réflexion sur la création et la destruction.

Concernant l’histoire de Ciri, le lecteur ne peut être que ravi de découvrir enfin ses aventures en détails, même si elles demeurent terribles pour une fille de son âge.
Le Temps du Mépris nous la présentait victime d’un abus sexuel et l’on ne pouvait que s’inquiéter sur l’impact psychologique d’un tel acte. Pourtant, les rares passages du Baptême du Feu nous ont fait constater que Ciri développa une sorte de syndrome de Stockholm en intégrant volontairement le groupe de bandits et en poursuivant sa relation avec Mistle. Les confessions de ce tome nous en apprennent davantage sur cette relation et nous remarquons qu’un véritable lien s’était tissé entre les deux jeunes femmes. Une évolution assez cohérente lorsque l’on analyse le passé assez similaire de ces deux personnages. Chacune provenant d’une riche famille, elles subirent la cruauté de la guerre à travers des épreuves les marquant à jamais. À la lumière de ces informations, leur relation devient encore plus dramatique puisque les deux personnages cherchent la tendresse de l’autre afin de soigner quelque peu leurs blessures.
Cependant, la suite des événements n’est pas tendre avec Ciri, condamnée à perdre les êtres qui lui sont chers. Malgré cela, ce tome est une sorte de renaissance pour elle. Passant par l’épreuve de la douleur et de l’humiliation, frôlant la mort, s’engageant dans la dureté de l’hiver qui se fait précoce, Ciri entrevoit la lumière au bout du tunnel. Terrassant ses opposants, elle devient cette hirondelle annonciatrice de printemps en découvrant une nouvelle parcelle de son pouvoir. Un joli symbole puisqu’elle était traitée comme un chien par le chasseur de primes Bonhart, un de ses poursuivants. Tous ces éléments permettent d’ailleurs de poser des questions sur la nature humaine et sa cruauté.

Finalement, La Tour de l’Hirondelle est un tome qui divisera certainement les lecteurs. Le ralentissement du rythme peut être un frein et il est une fois de plus regrettable de ne pas trouver de carte du monde alors que l’auteur étend davantage son univers. Néanmoins, Andrzej Sapkowski ne nous laisse pas esseulés puisqu’il nous dévoile enfin ce qu’il advient de personnages que nous avions vu en mauvaise posture, comme Yennefer ou Ciri, et nous fait entrevoir l’immense tableau dans lequel se déroulera le dénouement final.

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