Les Chroniques du Quatrième Empire, Livre II : Les Griffes de Basses-Landes – ARNAUD A. L. PIRODON

Résumé : Un peu plus de deux ans après son échec à Océane, le judicateur Thornabé Dawn se rend à Basses-Landes afin d’enquêter sur le problème de tension entre la cité et ses voisins du Val. Au cours de sa mission, il rencontrera la félichatte Anae et, ensemble, ils découvriront qu’un mal bien plus insidieux se cache.

Les plus : Les personnages, notamment le duo principal. Les messages présents dans le livre. La cohérence de l’univers.
Les moins : L’absence de certaines annexes qui aurait été bien utiles.

En bref : Un second tome qui remplit les mêmes conditions que le premier tout en parvenant à le dépasser, grâce à un duo de protagonistes plus intéressants à suivre compte tenu de leur passé et leur caractère.

Note :  

Mon avis :

Thornabé Dawn, le judicateur fidéchien, ne se console pas de son passage à Océane, où sa tentative de remettre la cité dans le droit chemin de l’Eglise fut soldée par un échec cuisant. Néanmoins, il ne compte pas réitérer son erreur à Basses-Landes où il est envoyé en mission afin d’enquêter sur le problème de tension entre le clan de la Brave-Truffe et leur voisin du val, le clan de la Gueule-Ardente. La colère gronde entre les deux peuples, notamment suite à l’attentat visant la construction du pont censé relier les territoires.
Thornabé fait rapidement la rencontre d’Anae, une félichatte faisant partie de l’ordre des veilleurs. Bien que le judicateur considère cette profession disparue et ses pratiques à la limite de l’hérésie, Anae lui démontre que l’animosité entre Basses-landes et Grandval est bien plus profonde qu’il n’y paraît. Le duo va donc s’acharner afin de faire éclater la vérité et de rétablir la paix.

Les Griffes de Basses-Landes est le deuxième tome des Chroniques du Quatrième Empire d’Arnaud A. L. Pirodon. Tout comme son prédécesseur, il s’agit d’un volume qui peut tout aussi bien se lire indépendamment bien que l’on sente un fil rouge se dessiner petit à petit. Bien entendu, Thornabé Dawn étant un personnage déjà présent dans Les Crocs d’Océane, plusieurs références sont faites à cet épisode, mais l’histoire n’en demeure pas moins compréhensible pour quelqu’un qui commencerait par le deuxième opus car ces évocations sont suffisamment claires et concises pour informer un nouveau lecteur et ne pas ennuyer les anciens.
De même, toujours dans cette continuité instaurée, on peut de nouveau remarquer la richesse de l’univers et soin apporté à sa construction. De nombreux éléments furent abordés en détails dans une chronique consacrée au premier tome, toutefois en guise d’exemple pour ce deuxième livre, nous pouvons noter la justesse du nom des dirigeants du clan de la Brave-Truffe. En effet, il s’agit de la famille Peddlebought, qui s’installa à la tête de Basses-Landes en achetant ce titre alors que la tradition exigeait un sang issu de la noblesse. Le nom s’avère donc parfaitement choisi puisqu’il est composé de « peddle » qui peut être traduit par vendre ou colporter, et de « bought », participe passé de « buy » qui veut dire « acheter », mais pouvant aussi se rapporter à l’adjectif signifiant « corrompu » pour définir une personne.
Cette attention se retrouve également dans le péritexte, l’auteur nous offrant de nouveau une musicographie en fin d’ouvrage afin d’allier lecture et musique. En revanche, il est dommage de constater qu’une fois de plus, des annexes supplémentaires n’auraient pas été de refus, comme une carte ou un rappel de l’importance des suffixes employés par les fidéchiens. Néanmoins, la lecture demeure tout de même fluide sans cela.

Concernant l’histoire, Arnaud Pirodon nous prouve derechef qu’il sait maîtriser son récit et ses personnages. On peut noter des thématiques communes aux deux tomes, comme la présence des égarés, l’influence de l’Église ou encore l’inquiétude de l’Empire envers les régions peu dociles, qui forment en quelque sorte ce fil rouge qui guide les Chroniques. Toutefois, ce sont des événements plus spécifiques aux cités concernées qui sont rapportés dans Les Griffes de Basses-Landes.

Basses-Landes est présenté comme un lieu très dévot, les habitants n’étant pas friand de changement et préférant se méfier des étrangers. Dans un tel lieu, Thornabé Dawn est donc persuadé d’avoir plus de chance de réussite qu’à Océane. Pourtant, le judicateur subit rapidement une déconvenue, notamment à cause de l’attitude du prêtre Alphyr Blunt qui ne semble pas craindre son courroux ou celui du conclave. En cela, il est très intéressant de suivre ce personnage.
Tout d’abord, il nous apparaissait comme quelqu’un de négatif dans le premier tome, d’où la surprise de le retrouver en tant que protagoniste. Ensuite, c’est un fidéchien très attaché aux principes de l’Église que l’on a appris à cordialement détester, toujours dans le premier volet, d’où l’intérêt d’avoir le point de vue de ce personnage. Enfin, Les Griffes de Basses-Landes n’offre toujours pas un portrait reluisant de la religion, celle-ci étant critiquée pour sa soif de pouvoir et sa volonté d’extension, et l’on a donc deux représentant de cet ordre qui s’affronte : Thornabé Dawn qui croit profondément en ce que doit être le droit chemin et la bonne conduite à observer, et Alphyr Blunt qui cherche plutôt à étendre sa main quitte à s’opposer au conclave. Quelque part, c’est la période des croisades que nous propose de revisiter l’auteur à sa manière, et c’est en cela que Thornabé Dawn est un personnage qu’il est bon de suivre.
En effet, dans ce contexte conflictuel et sanglant, le judicateur en vient à se questionner ainsi que son ordre. Par ailleurs, son association avec Anae va à l’encontre de ses principes. La félichatte utilise une magie considérée comme impie par le fidéchien, ce dernier pensant que les veilleurs ainsi que les égarés ne sont que des légendes. Pourtant, au fil de leurs aventures, Thornabé va réviser peu à peu son jugement que ce soit par rapport à lui-même, à sa profession, mais également à son échec à Océane. Le duo principal est donc parfaitement composé puisque les deux personnages sont opposés sur de nombreux points, mais ces différences leur permettent de se compléter judicieusement afin d’accomplir leur mission. Thornabé devient donc un sujet  éclairé de l’Eglise, en acceptant d’ouvrir son esprit, tandis qu’Alphyr incarne l’obscurantisme et l’aspect destructeur de la religion.

Outre cette idéologie, la politique est également un point central de l’histoire. En effet, la maison des Elgantis est envoyée par l’Empereur afin d’amenuiser les tensions entre Basses-Landes et le Val, pourtant leurs actions ne semblent pas véritablement porter de fruit puisque la situation s’envenime. Au fur et à mesure des révélations, le lecteur comprend la critique énoncée dans le roman, décrivant les politiciens comme des êtres calculateurs, versant plus ou moins dans la subtilité. Plusieurs figures se présentent. On peut noter les émissaires Elgantis, préférant agir dans l’ombre et tirer les ficelles sans se salir les pattes, mais également des personnes plus directes comme le Dogue qui n’hésite pas à mettre une région en feu et à sang pour servir ses idéaux.
Au milieu de cette satire, on peut aussi remarquer un message sur le racisme et la xénophobie. Comme évoqué précédemment, le peuple de Basses-Landes se méfie des étrangers, ainsi, lorsque l’animosité grandit entre cette région et le Val, cette caractéristique se trouve exacerbée et utilisée par le gouvernement. Le peuple voisin devient le coupable idéal aux maux de chacun, résultant ainsi en une parfaite manipulation de la part des dirigeants. On peut noter les exécutions publiques servant à attiser la haine des habitants, alors que les jugés ne sont parfois même pas originaires de la région haïe. Tous ces éléments font irrémédiablement écho à notre propre société. Si l’Histoire est imprimée de passages de ce genre, il ne faut pourtant pas remonter très loin pour découvrir une idéologie aussi nauséabonde.

Finalement, Les Griffes de Basses-Landes est un excellent deuxième tome. Arnaud Pirodon continue de nous gratifier d’un univers aussi riche que captivant, mais il se surpasse grâce au duo que forment Thornabé et Anae. Bien que la narration alterne entre différents personnages, les deux protagonistes sont le sel qui permet de poser les bonnes réflexions sur plusieurs sujets. Par ailleurs, le roman est ponctué de messages intéressants sur la religion, la politique, ou encore la différence, qui ne manqueront pas de nous rappeler notre propre réalité.

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