Chronicles of the Black Company, The Books of the North – GLEN COOK

Titres originaux : The Books of the North
The Black Company
Shadows Linger
The White Rose

Titres français : Les Livres du Nord
La Compagnie noire
Le Château noir
La Rose blanche

Résumé : The Black Company est une troupe de mercenaires qui effectue le travail demandé à partir du moment où on la paye. Croaker, médecin et analyste, raconte les chroniques de ce groupe à présent engagé au service de The Lady, femme diabolique cherchant à recréer l’Empire qui terrorisait tant les populations.

Les plus : Les personnages. L’univers.
Les moins : Les scènes de bataille parfois difficiles à suivre. La lenteur des événements au début du troisième tome.

En bref : Une saga de fantasy qui nous plonge dans un univers cohérent et s’extirpe des habituelles notions de manichéisme, tout en innovant dans le genre littéraire du journal et de la chronique.

Notes :
The Black Company :
Shadows Linger :
The White Rose :

Note globale :

Mon avis :

The Black Company est une série de livres écrite par Glen Cook, qui se divise en trois parties : The Books of the North, The Books of the South et The Books of the Glittering Stone. Il existe un spin-off, The Silver Spike, mais cet opus est souvent rangé dans le deuxième cycle. Cette chronique concerne donc The Books of The North, composé de trois tomes : The Black Company, Shadows Linger et The White Rose.
Cette saga est rapidement devenue incontournable pour les amateurs de fantasy et s’avère être un pilier de son sous-genre, la dark fantasy. Glen Cook n’a pas à rougir de ses prédécesseurs et s’inscrit même parmi les classiques de cette littérature. À tort ? À raison ? C’est ce que nous allons voir à travers cette critique séparée en fonction de chaque volet, afin de préserver les lecteurs de potentielles révélations.

The Black Company

The Black Company introduit le lecteur au cœur de l’histoire, sans quelconque introduction. Petit à petit, il découvre que ce roman est narré par Croaker, un membre de la Compagnie Noire endossant la casquette de médecin et celle de chroniqueur. En effet, c’est à travers ses yeux – et plus particulièrement sa prose – que l’on suit les événements, quant à la Compagnie noire, il s’agit d’une troupe de mercenaires d’apparence sans foi ni loi hormis celle de l’argent.
Avec une telle réputation, le groupe se voit offrir une place au service de The Lady, ancienne compagne du terrible Dominator. Cet homme était un puissant magicien qui régnait d’une main de fer sur l’Empire démoniaque qu’il avait créé. Parmi ses victimes se trouvent ceux que l’on appelle The Ten Who Were Taken (ou Taken pour abréger) qui furent enrôlés de force grâce à la magie.
La légende raconte que le couple fut neutralisé par The White Rose, chef de la rébellion, qui enferma les deux êtres et leurs serviteurs dans un endroit nommé The Barrowland. Malheureusement, un sorcier libéra The Lady par accident. Toutefois, cette dernière décida de reprendre le travail de son mari seule, laissant celui-ci dans sa prison et ne délivrant que les Taken.

C’est donc dans un contexte plutôt sombre que prend place cette histoire. À première vue, on pourrait penser que cette saga est empreinte de manichéisme puisque nous pouvons clairement identifier deux camps opposés, l’un étant considéré comme mauvais et l’autre non. Pourtant, il n’en est rien pour plusieurs raisons, la principale étant que la Compagnie Noire est engagée auprès de « l’ennemi » ce qui permet au narrateur de côtoyer différents Taken ainsi que The Lady. De ce fait, le lecteur découvre un véritable panel de personnages, certains ne représentant pas cette entité démoniaque que l’on voudrait éliminer à tout prix. Ce qui nous mène à un point fort du roman : les différents protagonistes.

Bien que les événements soient racontés sous le point de vue de Croaker, une certaine objectivité demeure dans certains faits présentés tels qu’ils se déroulent, à la manière d’un historien. Ainsi, le lecteur peut se forger son avis sur tous les personnages qui s’offrent à lui. La plupart d’entre eux font partie de la Compagnie et même si elle nous est présentée comme peu recommandable, on ne peut s’empêcher de s’attacher aux principaux membres.
Tout d’abord Croaker, dont on connaît la moindre émotion, nous apparaît comme un homme non pas heureux d’être un mercenaire ou de travailler pour quelqu’un aux sombres desseins, mais plutôt comme quelqu’un de désabusé qui se laisse surtout porter par cette famille qu’est devenue la Compagnie. Il y a également Goblin et One-Eye, deux magiciens qui ne peuvent s’empêcher de se taquiner avec leurs pouvoirs, mais qui demeurent inséparables tant leurs affrontements respirent la complicité. Un autre sorcier, Silent, s’avère plutôt énigmatique car, comme son nom l’indique, il ne prononce aucune parole, mais il est sans aucun doute un des membres les plus sages et avisés. Elmo, Raven, le Capitaine et d’autres pourraient aussi être évoqués pour leur personnalité bien marquée, mais ce que l’on peut retenir de cette troupe, c’est sa ténacité et sa capacité à représenter un foyer pour ses composants.
Toutefois, les êtres considérés comme mauvais ne sont pas en reste, car à l’instar de la Compagnie qui possède une image déplorable, certains Taken et leur maîtresse peuvent développer de la sympathie chez le lecteur. Soulcatcher est un bon exemple. Employeur de la Compagnie, il s’ouvre petit à petit sous les questions de Croaker et ses réflexions ainsi que son attitude le rende bien plus aimable que The Limper, par exemple, dont la violence et ne semble égale qu’à  sa vilenie. Il en va de même pour The Lady, qui demeure mystérieuse, mais qui dévoile certaines de ses facettes au narrateur. Bien qu’elle soit profondément manipulatrice, elle possède un aspect fascinant.
Néanmoins, le texte nous rappelle régulièrement que tous ces personnages ne sont pas tendres. Le lecteur se retrouve donc dans la délicate position à apprécier des protagonistes aux raisonnements moraux difficilement acceptables et excusables, mais c’est en cela que The Black Company est si captivant. À l’image de leur monde, les personnages ne sont pas définis par une ligne de conduite clairement définie comme bien ou mal et Glen Cook n’a pas pour but de nous présenter une belle utopie. Au contraire, il nous immerge dans ce qui forge l’être humain, pouvant être auteur des pires travers comme des actions les plus nobles.

Il est bon de s’attarder quelque peu sur le système de narration du roman. Comme indiqué précédemment, The Black Company est écrit sous le point de vue de Croaker. Le récit se présente comme étant les chroniques de la Compagnie, pourtant, on ne ressent pas l’aspect témoignage, journal ou même historique du texte. Ce dernier a tout d’un véritable roman et c’est en cela que la narration est intéressante.
En effet, ces éléments incitent le lecteur à douter de l’exactitude de ce qu’il lit. Le récit est censé avoir une valeur historique, mais curieusement, il semble romancé. Par ailleurs, Croaker avoue embellir certains faits, cependant, il en intègre certains qui auraient dû passer sous silence pour sa sécurité. Ces chroniques sont donc biaisées et nous ne pouvons que faire confiance au narrateur bien que l’on sache qu’il n’est pas si objectif que prévu.
Toutefois, cet aspect peut s’expliquer pour une raison : régulièrement, Croaker organise des veillées au coin du feu où il lit certains passages des Chroniques pour galvaniser la Compagnie. Ainsi, le parti-pris de romancer l’Histoire est compréhensible puisqu’il est plus aisé de renforcer le moral des troupes à travers un récit qui pourrait se transformer en conte plutôt qu’un texte très chirurgical dans un système de témoignage.
À noter que les chapitres sont très longs dans ce tome, bien qu’ils soient entrecoupés lors d’une ellipse ou autre effet scénaristique. Cela peut être un problème si l’on n’a pas le temps de lire un chapitre entier et que l’on n’apprécie pas de s’interrompre en plein milieu. Ce détail s’efface dans les deux prochains opus qui comportent des chapitres bien plus courts.

Globalement, The Black Company est un tome qui sert de mise en place à l’univers, aux personnages et au contexte politique. Cependant, Glen Cook prend tout de même soin de faire évoluer son histoire ce qui retire toute lenteur possible et augmente l’intérêt de toutes ces informations. Par ailleurs, ces dernières sont distillées au fur et à mesure du récit, l’auteur préférant débuter son roman in medias res. De même, The Black Company n’en demeure pas moins riche en révélation et en action, même si la bataille s’avèrent parfois difficile à suivre.

Shadows Linger

Shadows Linger se déroule quelques années après la bataille de Charm. The Lady continue d’affermir son emprise sur le Nord avec l’aide de la Compagnie Noire et des quelques Taken qui ne moururent pas au combat. Malgré un avenir plutôt radieux pour ses projets, The Lady s’inquiète de ce qui se déroule à Juniper. Une partie de la Compagnie y est donc envoyée afin d’enquêter notamment sur son château qui pourrait avoir une connexion magique avec The Barrowland. Curieux hasard, c’est dans cette ville que s’étaient réfugiés Raven et Darling après avoir déserté suite aux doutes concernant la nature de la jeune fille.

Shadows Linger possède un style d’écriture assez différent du tome précédent. Outre les chapitres bien plus court, la narration est partagée entre celle de Croaker et celle d’un aubergiste de Juniper nommé Marron Shed. Un choix qui peut interloquer le lecteur puisque le livre devrait être les Chroniques de la Compagnie Noire. Toutefois, cela confirme cette idée que Croaker romance ses écrits pour qu’ils soient plus agréable à lire puisqu’il construit le point de vue de Marron Shed à partir de ce qu’il a entendu de la bouche de ce personnage. Par ailleurs, ce système d’alternance évite l’intégration d’un flash-back qui aurait alourdi le texte et permet au lecteur d’avoir les informations de façon chronologique pour une meilleure implication puisque cette construction crée une tension palpable à travers les événements.

Tension est le mot qui pourrait définir ce deuxième volet. Suite à la bataille de Charm, Raven, Croaker et Silent ont pris conscience que leur petite protégée Darling pourrait bien être la réincarnation de The White Rose. Une prophétie indique que l’Empire serait anéanti par cette figure emblématique de la rébellion durant le passage d’une comète. Cette dernière ayant déjà fait son apparition dans le ciel, les trois hommes ont tout intérêt à cacher leur savoir. Ainsi, Croaker vit dans la crainte de passer sous l’œil inquisiteur de son employeuse, capable de sonder l’esprit, et Raven cherche à fuir ses anciens compagnons – Silent étant, quant à lui, plutôt en sécurité, car suffisamment oublié par The Lady.
La tension se ressent également au près du comportement de l’aubergiste. De nature plutôt couard et trempant malgré tout dans un trafic peu recommandable avec Raven, une parole ou un geste de sa part pourrait trahir leur entreprise. Cette dernière concernant le château noir, ses conséquences attirent le regard de The Lady. De plus, on apprend rapidement que le résultat de ce travail pourrait être dévastateur.

Une fois de plus, les personnages nourrissent l’intérêt du lecteur, d’autant plus que ceux qu’il connaît déjà ont changé. Les membres de la Compagnie Noire ne sont plus aussi volontairement aveugle qu’auparavant. Bien qu’ils continuent d’obéir à leur employeuse, ils se sentent de plus en plus étrangers à leur action. Croaker exprime bien non seulement la volonté, mais également la nécessité pour eux de se battre pour une cause en laquelle ils croient afin de reforger l’âme de la Compagnie qui se perd. Nouvelle preuve que ces hommes ne sont pas simplement des mercenaires immoraux.
À cela s’ajoute le personnage de Marron Shed dont l’évolution est très intéressante. Nous découvrons un homme croulant sous les dettes et soumis à son débiteur, Krage. Néanmoins, au contact de Raven, l’aubergiste sera amené à s’enhardir. Commençant par effectuer des travaux loin d’être louables, une nuance de courage s’insère petit à petit dans le cœur de cet homme qui n’hésitera pas à faire face aux conséquences de ses actes. On comprend ses problèmes, on n’excuse pas forcément leurs résolutions, mais on accepte l’évolution logique de ce personnage qui complète parfaitement les protagonistes de la Compagnie Noire tant il leur ressemble : ni bon, ni mauvais, juste un être humain.

Finalement, ce tome est un tournant dans l’histoire de la Compagnie. Permettant à ses membres de s’interroger sur leur condition de mercenaire, l’univers s’accroît dans sa noirceur et développe une nouvelle menace. Glen Cook parvient à captiver le lecteur jusqu’au bout grâce à un rythme effréné dû à la longueur réduite des chapitres, mais aussi grâce à cette sensation d’avoir de véritables humains sous ses yeux, que ce soit dans leurs, erreurs, leurs faiblesses et leur force.

The White Rose

Suite aux événements de Shadows Linger, les membres restants de la Compagnie Noire ont rejoint les rangs de Darling, prenant très à cœur son rôle de White Rose. Bien qu’elle soit sourde et muette, la jeune femme s’avère être une fine stratège. Néanmoins, les deux camps n’opèrent pas de missions hâtives pour détruire l’autre, chacun préférant étudier les forces ennemies avant de se lancer dans une bataille peut-être fatale.
Pendant ce temps, Croaker cherche à décrypter les parchemins abandonnés autrefois par Whisper, pensant y trouver le véritable nom de The Lady et ainsi posséder la seule arme véritablement efficace contre elle. Étrangement, l’historien reçoit régulièrement des lettres lui contant l’histoire de Bomanz, ce magicien ayant libéré leur ennemi de sa prison.

À l’instar de Shadows Linger, le récit est coupé en deux routes, alternant entre le point de vue de Croaker et les fameuses lettres. Ces dernières ont un style très particulier, ne ressemblant pas du tout à une correspondance. En effet, elle s’apparente plutôt à une histoire que l’on raconterait à quelqu’un. Bien que l’on puisse clairement identifier le personnage de Bomanz comme étant le personnage guidant ces lettres, celles-ci sont écrites à la troisième personne. Un choix plutôt perturbant jusqu’au moment où l’on découvre l’identité de l’expéditeur, cette correspondance étant la clef de voûte du tome.

Le rythme de The White Rose est bien plus lent que l’opus précédent. L’action est figée dans une sorte de guerre froide, parfois ponctuée de petites attaques ennemies, mais peu intéressantes et importantes pour éveiller l’intérêt du lecteur. Il s’agit d’un stade de préparation et bien que les lettres dévoilent les événements du passé, elles demeurent suffisamment hachées pour faire durer cette période pour que le sursaut n’interviennent que plus tard.
En effet, lorsque Croaker comprend que cette correspondance pourrait contenir ce qu’il chercher dans les dernières pages, le tome gagne un regain de vivacité. Une mission est organisée afin de récupérer les précieux documents et les conséquences sont particulièrement fascinantes.

Bien que ce livre porte le nom du chef de la rébellion, c’est surtout son ennemie qui se révèle sous un autre jour. Le lecteur peut donc observer plus en détails l’humain qui se cache derrière la puissance. En outre, une nouvelle dynamique se développe entre The Lady et Croaker. Si les deux personnages voyaient leur relation déjà complexe et ambiguë dans les tomes précédents, The White Rose s’attarde sur un aspect plus intime de leur relation, faisant se confronter deux êtres différents sur un pied d’égalité. Des éléments qui renforcent sans aucun doute la profondeur de ces deux aimants qui s’attirent sur plusieurs plans tout en étant opposés.

Néanmoins, outre son début assez lent ce volet souffre d’autres défauts. On peut noter l’intrigue autour de l’arbre qui arrive de façon précipitée ou encore un retournement de situation un peu décevant. Toutefois, Glen Cook parvient à faire passer le tout en incluant des détails plutôt intelligents. Par exemple, le premier problème cité explique des étrangetés que même les personnages ne parvenaient à comprendre, rendant certaines choses plus logiques. De même, le second problème permet de développer davantage le caractère d’un protagoniste, mais incite aussi le lecteur à s’interroger sur des événements passés et leurs possibles conséquences sur la suite.

Ainsi, The White Rose est un peu plus faible par rapport aux deux autres tomes, mais il est tout de même fort émotionnellement et conclue parfaitement The Books of the North, permettant aux personnages de repartir sur de nouvelles bases.

En conclusion

Finalement, The Books of the North est une trilogie à ne pas manquer. On peut lui reprocher quelques faiblesses, notamment la lenteur du troisième tome ou certains retournements de situation quelque peu éculés, mais elles sont vite oubliées face aux nombreux atouts.
Les personnages sont crédibles et en constante évolution, l’univers est intéressant et se dévoile petit à petit à nos yeux. Les différentes intrigues sont cohérentes et parviennent à captiver le lecteur. Le style d’écriture parvient à se renouveler tout en conservant sa base littéraire. Enfin, bien qu’il s’agisse d’une œuvre de fantasy, la magie est bien exploitée en sachant éviter les deus ex machina.
Pour résumer, on comprend aisément pourquoi cette saga est devenue une référence du genre.

2 réflexions sur “Chronicles of the Black Company, The Books of the North – GLEN COOK

  1. Je n’en ai encore lu que le premier tome, mais je l’ai adoré. J’aime beaucoup ce contre-pied au manichéisme dont tu parles et j’ai hâte d’en lire la suite !

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