Le Ventre de Paris – ÉMILE ZOLA


Résumé :
Florent revient à Paris après s’être échappé du bagne auquel il a été injustement condamné suite au coup d’État de 1851. Il est accueilli par son frère Quenu qui s’est marié avec Lisa Macquart, le couple tenant une charcuterie près des Halles. Florent devra s’adapter dans ce nouveau monde toujours plus avide.

Les plus : Les descriptions parvenant à nous plonger dans l’ambiance des Halles.
Les moins : Ces mêmes descriptions pouvant être épuisantes.

 

En bref : Un roman qui a des airs de tableaux dégoulinants et qui nous présente l’égoïsme des personnes se disant d’honnêtes gens.

Note :  

Mon avis :

Le troisième roman des Rougon-Macquart se penche sur un personnage qui, au premier abord, ne fait pas partie de la fameuse famille, mais qui finira pas y être attaché par le biais de son frère. Ainsi, dans Le Ventre de Paris, nous suivons Florent qui fut arrêté par erreur durant le coup d’État du 2 décembre 1851.
Après s’être échappé du bagne de Cayenne, Florent retourne à Paris où il s’installe dans la charcuterie tenue par son frère Quenu et sa belle-sœur Lisa née Macquart. Florent parvient à trouver un travail d’inspecteur de la marée aux Halles, mais il comprend vite qu’il est difficile de se faire une place quand on n’est qu’un « maigre » au milieu des « gras ».

Je ne peux m’affirmer sur les prochains livres, mais jusqu’à présent, Le Ventre de Paris est certainement le plus sensoriel des tomes de cette série, et pour cela, Zola s’y prend d’une manière exemplaire. En prenant Florent pour personnage principal, un homme qui a été torturé par la faim durant des années, on ne peut que partager son étouffement dans ce monde que sont les Halles.
L’auteur use de nombreuses descriptions, chacune étant classée selon le type de nourriture. De cette façon, nous entrons dans l’univers coloré et parfumé des fruits et légumes, les forts relents et le sel des poissons nous agressent les narines, le sang et la chair des viandes nous gavent, la graisse des beurres nous tache, les effluves des fromages nous étourdissent. Chaque description nous fait vivre intensément au cœur des Halles, et s’il est aisé de se laisser emporter par le délice de toutes ces marchandises, il est tout aussi facile d’en être dégoûté tant elles sont abondantes.
Ainsi, même en ayant un accès illimité à de la nourriture, Florent ne parvient pas à engraisser aussi bien que sa famille et les habitants parcourant les Halles. Demeurant un « maigre », l’odeur persistante de cet immense marché devient écœurante et le lecteur ne peut qu’éprouver de l’empathie puisqu’il est lui-même assailli de cette même odeur au fil des pages.

Tout cela illustre bien sûr le grand thème de ce roman, à savoir les « maigres » contre les « gras ». Tous les personnages qui entourent Florent sont des personnes toutes en rondeurs, n’étant même souvent désignées que par leur ventre, leur gorge ou leurs bras. Si les Halles sont le ventre de Paris par son débordement de nourriture, ces gens sont le ventre qui s’engraisse de ces denrées, et puisqu’ils ne sont que ventre, ils en oublient leur cœur.
En effet, pour ces personnages, quelqu’un de « gras » représente la prospérité et l’honnêteté, tandis que quelqu’un de « maigre » a forcément quelque chose à se reprocher. On le voit bien dans le comportement de Lisa envers Florent, car bien qu’elle sache les circonstances de l’arrestation de son beau-frère, sa maigreur lui fait penser qu’il a bien dû le chercher et être coupable à sa manière. Une méfiance qui s’aggravera lorsque Florent aura des idées républicaines un peu trop engagées, puisque dans l’esprit des commerçants comme Lisa, l’Empire est celui qui leur a permis de s’engraisser et quiconque sort de ce moule ne peut être qu’un malfrat.
Il y a bien entendu des exceptions, comme mademoiselle Saget, mais celle-ci compense son manque de graisse par son besoin d’informations sur autrui. Une volonté de commérage qui s’apparente à la bonne conscience que se donne les « gras » et qui lui permet d’être bien vue par ce groupe qu’elle espère joindre.
Cette bataille est parfaitement analysée par Claude Lantier, ami de Florent :

[…] les Gras, énormes à crever, préparant la goinfrerie du soir, tandis que les Maigres, pliés par le jeûne, regardent de la rue avec la mine d’échalas envieux ; et encore les Gras, à table, les joues débordantes, chassant un Maigre qui a eu l’audace de s’introduire humblement, et qui ressemble à une quille au milieu d’un peuple de boules.

Il est d’ailleurs intéressant de voir ce personnage puisqu’il aura son propre livre dédié, L’Œuvre. Toutefois, étant donné son discours et ses apparitions, ce roman ne s’annonce pas joyeux pour lui et sa condition d’artiste.

Finalement, Le Ventre de Paris est une nouvelle preuve que tout ce qui touche de près ou de loin la famille Rougon-Macquart finit par être contaminé pour le meilleur comme pour le pire. Florent ne pouvant s’intégrer à la perfection à ce monde engraissé par les Halles en fait les frais, contrairement à son frère qui s’y trouve installé comme un coq en pâte.
Il s’agit d’un roman qui nous plonge dans l’égoïsme de l’être humain, un trait qui ressort inévitablement quand les intérêts de chacun semblent menacés. Une situation que Claude Lantier résume bien :

Quels gredins que les honnêtes gens !

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