La Faute de l’abbé Mouret – ÉMILE ZOLA

Résumé : Serge Mouret est un prêtre dans un village pauvre du Midi de la France. À la suite d’une maladie, il se retrouve dans un lieu enchanteur rappelant le Paradis, où il découvre l’amour d’une femme.

Les plus : Le symbolisme.
Les moins : Les descriptions de la deuxième partie pouvant être longues pour quiconque ne possédant pas suffisamment de connaissance en botanique.

En bref : Zola nous présente une véritable réécriture naturaliste de la Genèse, usant d’un balancement entre la vie et la mort, pour exprimer ses pensées sur la religion.

Note :  

Mon avis :

La Faute de l’abbé Mouret est le cinquième roman de la série des Rougon-Macquart. Il fait suite à La Conquête de Plassans, dans lequel nous faisions déjà un peu la connaissance de Serge Mouret, devenu ici un des deux protagonistes du livre. Serge a bien continué sa vocation de prêtre puisqu’il est à présent curé dans le village des Artaud où la pauvreté règne. Là-bas, Serge espère y trouver le calme auquel il aspire afin d’être toujours en plein recueillement.
Malheureusement, le repos n’est pas toujours au rendez-vous. Au presbytère se trouvent également sa sœur Désirée, adoptant toujours plus d’animaux, ainsi que la servante surnommé la Teuse, le rudoyant toujours sur ses habitudes de solitaire. À elles peuvent s’ajouter également Frère Archangias qui n’hésite pas à passer pour donner son avis sur la façon dont Serge devrait maintenir le village pour qu’il ne tombe pas davantage dans le péché.
Toutefois, un endroit se démarque : le Paradou. Domaine datant de Louis XV, il renferme un véritable jardin d’Éden. Dans cet endroit paradisiaque vit la jeune Albine dont les charmes ne laissent pas Serge indifférent.

La Faute de l’abbé Mouret est certainement le tome le plus symboliste de la saga. Émile Zola nous avait déjà offert un roman critiquant la religion avec le volet précédent, cependant, après la descente aux enfers, il nous présente ici une Genèse naturaliste. Ce n’est pas un hasard si le nom de Paradou est si proche du mot Paradis. Le lieu est effectivement une nouvelle version du jardin d’Éden où se trouvent de multiples espèces de plantes et fleurs, où les arbres fruitiers donnent des fruits en abondance. De plus, à l’instar de l’histoire biblique, la version de Zola contient le péché, la fameuse faute du titre, ce qui finit par forger le cœur du roman.

Il est bon de noter que La Faute de l’abbé Mouret est construit sur de nombreuses dualités tout au long de son histoire, chacune se nourrissant de l’autre afin de former un tableau final.
La première dualité se trouve entre Serge et Désirée. Le récit insiste beaucoup sur le fait que Désirée déborde de vie, que ce soit dans son apparence ou dans son attitude, contrairement à son frère qui mange peu et dont l’esprit semble toujours distant. Par ailleurs, Désirée vit continuellement au sein de ses animaux, n’hésitant pas à se salir. Un comportement qui ne convient pas à Serge qui ne semble se ravir que de pureté et se trouve perturbé par l’odeur du fumier.
Une autre dualité se trouve entre Serge et Frère Archangias. Si le premier est de nature plutôt douce, le deuxième est un être odieux qui aime bousculer les gens qui sortent des cases qu’il a établi. Petit à petit, un rapport de force s’installe au point que Frère Archangias se pose comme gardien de Serge, comme son nom l’indique, devenant les chaînes de la religion et le bâton prêt à sanctionner la faute.
Une dualité évidente se situe entre le Paradou et l’église. Le premier est un jardin débordant de vie, offrant de quoi se nourrir, tandis que l’église est un bâtiment froid en ruine. Si l’un est un lieu de naissance et de renaissance, l’autre est un tombeau.
Il y a aussi la dualité entre Serge et Albine, puisque l’un est homme et l’autre est femme. Leur relation nous montre sans cesse les différences dans leur approche des choses, une disparité qui les complète, mais qui les sépare également.
On peut également voir une dualité dans les figures catholiques. La Vierge Marie est opposée à Jésus, la mère étant vue comme une femme pouvant jouer le rôle de tentatrice, tandis que Jésus est un représentant de la virilité.
D’autres éléments s’affrontent et se répondent de cette manière, mais globalement, toutes ces dualités s’entremêlent pour qu’un seul balancement ne ressorte : celui de la vie et la mort. C’est d’ailleurs par lui que se clôt le roman.

Néanmoins, la deuxième partie est peut-être le point noir de l’histoire tout en étant son pivot. Si elle est le pilier de la métaphore biblique, elle n’en demeure pas moins lourde dans ses descriptions botaniques. Chaque plante, chaque fleur, se voit exposée dans les moindres détails au lecteur. Si l’on peut être curieux de chercher les éléments manquants à notre connaissance, la surabondance devient vite un calvaire que l’on espère dépasser rapidement.

Finalement, La Faute de l’abbé Mouret est une façon pour Zola de prouver que la religion fait plus de mal que de bien. C’est par le biais du docteur Pascal, qui partage de nombreux points communs avec son créateur, que sa pensée sera parfaitement résumée :

Oui, des brutes, il ne faudrait que des brutes. On serait beau, on serait gai, on serait fort. Ah ! c’est le rêve !… Ça a bien tourné pour la fille, qui est aussi heureuse que sa vache. Ça a mal tourné pour le garçon, qui agonise dans sa soutane. Un peu plus de sang, un peu plus de nerfs, va te promener ! On manque sa vie… De vrais Rougon et de vrais Macquart, ces enfants-là ! La queue de la bande, la dégénérescence finale.

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