Le Mnémenol – SÉBASTIEN TISSANDIER


Résumé :
2197, l’humanité vit dans treize cités recouvertes par un champ de force les protégeant de la nature hostile. Chloé, une mécanicienne, est enlevée à cause de ses rêves lui montrant un monde paisible. Alors que la jeune femme est censée sombrer dans l’oubli, trois de ses amis semblent résister à cet état et sont décidés à la retrouver.

Les plus : Les messages portés par le roman.
Les moins : Les poncifs de l’histoire.

En bref : Un roman qui évolue selon quelques clichés, mais qui demeure divertissant et intéressant notamment grâce aux idées qu’il développe.


Note :
 

Mon avis :

2197, l’humanité a grandement périclité et vit à présent dans treize cités recouvertes de ce que l’on appelle « la Bulle », un champ de force protecteur qui sépare la civilisation de la nature hostile. Les habitants sont également contraints de recevoir régulièrement des injections de Mnémenol, seul antidote existant contre la toxicité des spores végétales qui risquent de s’infiltrer si « la Bulle » défaille.
Parmi les mécaniciens chargés de la maintenance du champ de force se trouve Chloé, une jeune femme qui commence à faire des rêves très étranges au sujet d’une nature plus accueillante. Alors qu’elle s’apprêtait à rencontrer un certain « M » pour en discuter, Chloé se fait enlever par une équipe d’hommes en costume, certains d’entre eux s’occupant d’effacer toute trace d’existence de la jeune femme. Pourtant, malgré leurs efforts, des amis de leur victime ne parviennent pas à l’oublier et s’approchent même d’un secret que les sphères haut placées désirent garder à jamais.

Le Mnémenol est un roman de soft science-fiction. Ainsi, nous n’avons que peu de détails concernant le fonctionnement de « la Bulle » ou d’autres éléments, mais les quelques descriptions que nous avons sont suffisamment crédibles pour que l’on puisse croire à cet univers. Par ailleurs, les inventions présentes rappellent énormément ce que l’on peut trouver dans les histoires d’anticipations, laissant entendre que l’essentiel du livre se trouve dans le message qu’il souhaite divulguer et non dans la complexité du monde créé.

Parmi les thèmes évoqués par le roman, on peut noter celui du contrôle du peuple, notamment à travers sa surveillance. En effet, l’enlèvement de Chloé est dû au dévoilement de ses rêves via le réseau social ResaNet. Les autorités se servent de cet outil pour déterminer qui peut devenir une menace envers la conservation de leur secret. Un système qui n’est pas sans rappeler notre propre réalité avec Facebook qui peut vendre des informations ou en collecter en fonction de nos activités et nos contacts.
De même, les habitants possèdent des capteurs leur indiquant quand se rendre dans un centre de soin afin de recevoir une nouvelle injection de Mnémenol. Cet avertissement prévient également le centre le plus proche, une directive laissant d’abord penser qu’il s’agit d’intentions louables puisque personne ne risque d’oublier le précieux remède. Toutefois, un goût d’oppression prend vite le dessus, car tout semble effectué de façon à ce que les citoyens fonctionnent par automatisme sans s’interroger sur le fonctionnement des choses.

Un autre sujet majeur du livre est le devoir de mémoire. Rien que le titre nous met sur cette piste, le mot « Mnémenol » partageant la racine grecque « mnêmê » signifiant mémoire. Celle-ci possède un rôle important dans l’histoire. Tout d’abord, les amis de Chloé Alice, Evan et Gaétan voient leurs souvenirs effacés, mais au lieu de se laisser bercer par l’oubli, ils tentent de recouvrer la mémoire, même si le processus s’avère douloureux.
Le développement du thème ne s’arrête pas là, devenant un élément clef de l’histoire. Néanmoins, sans risquer de trop en dévoiler, il est tout de même bon de signaler que l’auteur lie ce sujet au précédent évoqué. En effet, dans l’optique de la surveillance et du contrôle des masses, les autorités jugent bon de voler les souvenirs des habitants. Pourtant, la mémoire est essentielle, non seulement d’un point de vue personnel, mais également au niveau de l’Histoire, car cette dernière permet de forger les futures générations afin que les mêmes erreurs ne soient pas répétées et que l’humanité en tire un enseignement. C’est ce message que tente de nous faire passer Le Mnémenol et qui demeure toujours d’actualité.

Enfin, à cela se greffe aussi une morale écologique. La nature que connaissent les personnages est terriblement hostile, au point que l’Homme est contraint de se réfugier dans un cocon protecteur, inversant ainsi les rôles. Il peut paraître redondant de lire à nouveau une histoire où l’être humain doit prendre conscience de son impact sur l’environnement, mais le roman se place toujours dans l’optique de l’anticipation.
Tout comme les thèmes précédents font écho à notre propre réalité, celui-ci ne déroge pas à la règle puisque l’industrialisation se fait au détriment de la nature, l’Homme préférant toujours consommer plus que de se modérer, provoquant ainsi des situations alarmantes tout comme la disparition d’espèces animales. Le Mnémenol nous présente donc quelles pourraient être les conséquences de notre entêtement et ce qu’engendrerait la révolte de la nature.

Concernant le style d’écriture, on ne peut nier le fait qu’il soit fluide, traitant chaque scène avec efficacité, tout en apportant ce qu’il faut pour captiver le lecteur. Cependant, on pourrait reprocher l’utilisation de stéréotypes.
On peut noter par exemple le schéma assez classique d’une résistance bâtie dans l’ombre, tout comme la présence d’un gouvernement véreux. De même, certains dialogues ont une allure très cinématographique, tel le discours du maire Falcone sur le mécanisme bien huilé dont les rouages sont perturbés par un grain de sable. Pourtant, l’ensemble fonctionne plutôt bien et les personnages ont des réactions suffisamment logiques pour que ces clichés ne ternissent pas l’histoire.

Le scénario possède néanmoins deux détails quelque peu incohérents. Tout d’abord, Chloé est décrite dans le premier chapitre comme étant blonde aux yeux bleus, mais par la suite, elle devient  blonde aux yeux verts. Ensuite, les nettoyeurs chargés d’effacer toute trace d’existence de la jeune femme semblent bien trop négligeant dans leur travail. Si l’on peut comprendre l’oubli du bracelet d’Evan ou du pendentif d’Alice, il est, en revanche, plus difficile de croire à l’omission de la messagerie privée de ResaNet. Toutefois, on est enclin à pardonner cela puisque le premier élément ne demeure qu’un détail qui ne gêne pas vraiment le déroulement de l’histoire, tandis que le deuxième permet justement à celle-ci d’avancer ̶ si Evan et Alice avaient dû se contenter de leur bijou en guise de piste, les événements auraient subis un ralentissement conséquent qui aurait pu fortement ennuyer le lecteur.

Finalement, Le Mnémenol est un roman que l’on dévore tant l’on est pris par l’histoire. L’univers est vraisemblable, s’apparentant à des récits d’anticipation, et les messages véhiculés sont peut-être classiques, mais il est toujours bon d’y réfléchir d’autant plus lorsque ces thèmes sont au cœur de notre réalité.

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