Punk’s Not Dead – ANTHELME HAUCHECORNE


Résumé :
Un recueil de nouvelles de l’auteur, surfant sur différents genres littéraires

Les plus : Le style délectable de l’auteur capable de nous emporter quelle que soit l’histoire. La présence de backstage expliquant la genèse de chaque écrit.
Les moins : Il est regrettable que certaines nouvelles soit si courtes car on en redemande.

En bref : Punk’s Not Dead est un livre marquant que ce soit au niveau des thèmes abordés ou de leur approche.

Note : 4

 

Mon avis :

J’ai reçu ce livre en partenariat avec les Éditions Midgard. Je tiens à les remercier sincèrement.

Punk’s Not Dead est composé de 13 nouvelles écrites par Anthelme Hauchecorne, auteur qui m’était jusqu’à présent inconnu mais que je ne manquerai pas de suivre après la découverte de ce livre.
Jonglant allègrement entre plusieurs thèmes et différentes approches, l’auteur nous fait part de son style à la fois délicat et percutant. En effet, on ne peut rester insensible à la plume d’Anthelme Hauchecorne. Empreinte de poésie, elle peut tout aussi bien devenir acide tout en demeurant envoûtante.
À ce sujet, je me dois d’évoquer les illustrations qui parsèment le recueil. De la main de Loïc Canavaggia, elle s’accorde parfaitement avec l’univers de l’auteur, et apporte une touche graphique très agréable en guise d’en-tête pour chaque nouvelle.
Le bonus incontestable du recueil se trouve dans les backstages. Comme son nom l’indique, cet élément nous permet de voir les coulisses, le processus qui a mené à l’écriture des nouvelles. Les musiques écoutées, la réponse à un appel à texte, un prix obtenu, une vision plus approfondie de la nouvelle, voilà le genre d’informations que nous dévoile l’auteur à travers ces courtes pages.

Sans plus attendre, voici un avis plus détaillé concernant chaque nouvelle :

Décembre de cendres

C’est avec une nouvelle émouvante que l’auteur débute son recueil. Par la même occasion il nous annonce le ton de celui-ci : il sera sombre mais empreint d’un esthétisme propre à chaque récit qui ravira notre esprit plutôt que de le déprimer, même si la tristesse est présente jusqu’au bout pour certains.
Les évènements se déroulent à Brûle-Peste, une Budapest née d’une catastrophe ayant pour origine une idée de nouvelle énergie. Mais puisque l’enfer est pavé de bonnes intentions, la ville est à présent couverte de cendres sous lesquelles dort un incendie que l’on dit éternel.
Dans cette ville mortuaire, l’héroïne, Eva, décide de devenir scorpailleuse afin que son salaire permette l’achat d’un traitement pour sa mère malade. L’espoir ressuscite et l’on se réjouit pour la pauvre enfant.
Cependant, cette nouvelle nous apprend qu’à chaque pas en avant, un élément peut très bien nous ramener deux pas en arrière. C’est donc un dur retour à la réalité qui s’impose à nous, exposant un monde cruel et sans pitié.
Détail marquant : l’écriture est tout bonnement sublime et prompte à nous plonger dans l’univers avec un vocabulaire propre à son développement ainsi que de nombreux mots hongrois renforçant l’immersion.

Sarabande mécanique

Une nouvelle délicieusement steampunk qui réunit différents thèmes intemporels.
Véritable satire sociale, le récit mêle les conflits générationnels et les écarts entre les classes sociales pour servir un duel au disrupteur à vapeur. Nous pouvons même ajouter une réflexion sur le rapport de l’Homme avec le pouvoir, contenue dans les convictions des deux duellistes, mais également en filigrane à travers la colonisation de la planète où se déroule l’action. Un décor bien étrange et peu propice à l’humanité qui a tout de même choisi de s’y établir.
Le récit est ponctué de répliques typiques de l’humour britannique, ce qui fait sens étant donné la nationalité des protagonistes. Cet esprit sera présent jusque dans les rebondissements burlesques mais convenant tellement à l’univers.
La chute, bien qu’inattendue, colle parfaitement avec le reste de la nouvelle et la rend d’autant plus délectable.

No Future

Une nouvelle plutôt courte mais qui dépeint une apocalypse zombiesque avec un cruel réalisme. Un sujet qui nous semble assez commun de nos jours, compte tenu de son traitement dans les jeux vidéo et les films principalement, mais qui a le mérite d’être présenté avec fraîcheur dans ce récit grâce au point de vue du zombie. Un élément visible dans Vivants de Isaac Marion me direz-vous, mais la différence se trouve dans ma première phrase : réalisme.
Anthelme Hauchecorne nous livre ici une vision assez sombre, ne nous épargnant pas les charmants détails d’un corps en décomposition, et pourtant, le dégoût n’est pas la sensation présente lors de la lecture. On se surprend même à sourire de la situation. La cause étant bien sûr les pensées du héros, Johnny Roten, punk-zombie de son état, qui nous régale de son cynisme.
La nouvelle a également le mérite de nous offrir un message de réflexion sur nos agissement envers Mère Nature, nous rappelant que c’est elle qui établit les règles du jeu.

C.F.D.T.

Si les nouvelles précédentes avaient leur dose de bizarreries, celle-ci est carrément loufoque !
Nous suivons deux histoires qui vont se rejoindre : tout d’abord celle du Père Gracchus Bœubaffe qui a entendu parler d’une légende ayant pour sujet un manoir hanté et cherchant à l’exorcise; ensuite, celle de Snorri Sturluson, viking cherchant trois jeunes hommes jamais revenus de la chasse au dragon.
Les deux personnages vont se retrouver embarqué dans un rassemblement de monstres en tout genre ayant adhéré à une association visant à harmoniser leurs liens avec les humains.
Tout ce que je peux dire, c’est que ce fameux Sturluson nous avait caché bien des choses dans son écriture de l’Edda !

Sale petite Peste !

Cette nouvelle est un hommage à Terry Pratchett. N’ayant pas encore lu ses Annales du Disque-Monde, je ne puis approfondir ma critique avec une comparaison ou une énumération des références. Cependant, pour une néophyte comme moi, le récit est tout de même un plaisir à lire.
Il est particulièrement agréable de voir la Mort affublé de caractères humains tels que la fatigue ou l’énervement. La nouvelle étant présentée de son point de vue, on découvre ses obligations, l’origine de certains surnoms, rendant la Faucheuse plutôt sympathique.
L’action se situe en 1349 alors que l’Europe fait face à une terrible épidémie. Mal que Pestilence affirme ne pas être de son fait. Alors que Mort débordé poursuit son travail, Il se rend chez un couple dont le mari est décédé depuis six mois. Un retard assez important pour récupérer une âme, certes, mais quelle surprise lorsque le Cavalier de l’Apocalypse découvre que la femme de ce mortel est enceinte de moins de six mois.
L’humour est fortement présent et la chute ne manque pas de sel. Par ailleurs, les notes présentes au fil du texte le complètent de petits détails tout à fait délectables, comme l’origine du destrier de Mort.

Les Gentlemen à manivelle

Une nouvelle très courte mais bougrement efficace ! Anthelme Hauchecorne nous fait part d’un excellent récit ayant pour sujet le rapport entre l’Homme et les machines mais surtout la place de ces fameux robots dans le quotidien.
Une vision teintée de steampunk, exposée avec humour dans les échanges entre Maître Brimborion et Eugénie et qui nous fait réfléchir sur la dépendance de l’Homme envers les robots.
Bien que classique, le thème se voit tout de même dépoussiéré par le style mordant de l’auteur.

La Guerre des Gaules

Sans aucun doute la nouvelle la plus en lien avec l’actualité et qui en profite pour nous interpeller violemment.
La présentation du récit fait mouche : il s’agit d’extrait d’interviews de cinq personnages de différents milieux, revenant sur les événements passés. L’aspect documentaire est une véritable force car concentré de réalisme. Nous alternons donc entre les diverses opinions et critiques, chaque protagoniste évoquant sa vision des choses autour de la question qui anime cette nouvelle : que se passerait-il si le QI des Français moyens se démultipliait ? Mais en toile de fond se dessine l’idée d’une France mise à mal par un parti extrémiste au pouvoir.
À la fois provocatrice et effrayante, cette nouvelle expose un univers où les différences sont rejetées et pointées du doigt, véritables boucs émissaires au milieu de l’intolérance. Un univers où le pays se replie sur lui-même, où les régions se referment, où seule une évolution de l’être humain peut sauver une France abandonnée par ses confrères.
Le récit est certes empreint d’un fort engagement, mais le cynisme permet de faire passer le message voulu sans entrer dans le pathos ou la propagande. Un coup de maître de la part de l’auteur qui nous rappelle que nous possédons un cerveau et qu’il est urgent de savoir s’en servir intelligemment.

Voodoo Dolls

Une nouvelle qui m’a malheureusement moins captivée que les autres.
Un privé chargé de retrouver une jeune fille qui a fugué avec la promesse d’une coquette somme d’argent à l’arrivée. L’aspect polar m’a plu, la chute est bien amenée, mais malgré cela, je n’ai pas réussi à entrer complètement dans l’histoire.
Peut-être est-ce dû à la taille incroyablement courte du récit ?

De Profondis

Cette nouvelle se déroule dans le lieu de tous les rêves et de tous les cauchemars : la profondeur des océans. Qui n’a jamais imaginé des monstres gigantesques se cachant dans les abysses ?
Anthelme Hauchecorne nous livre sa version du mythe des dragons, transformant ces êtres d’écailles en créatures des abîmes, cachée dans ces profondeurs depuis des années.
Ces fameux dragons sont à la recherche de ce qui menace leur existence. Est-ce le cannibalisme supposé de l’un d’entre eux ? Ou bien un complot bien plus important ?
Le récit possède un message écologique mais sans nous le marteler. Il cherche davantage à nous questionner. Les fonds marins demeurent inconnus et qui sait quels mystères recèlent-ils encore ? Pourquoi briser cette chance de découvrir d’autres merveilles en détruisant notre planète à petit feu ?

La Ballade d’Abrahel

Cette nouvelle est une réécriture d’une légende lorraine.
L’histoire débute avec une situation assez banale : un couple ne s’entend plus comme auparavant puisque le mari ne peut s’empêcher de lorgner sur une autre femme bien plus à son goût. Ce qui est moins habituel, en revanche, se trouve dans la véritable nature de la charmante demoiselle. Il s’agit en réalité d’un succube qui subtilise son apparence.
Le récit a le don d’inverser la vapeur avec la tendance actuelle : un être humain s’amourache d’un monstre. Ici, nous découvrons l’histoire d’Abrahel, ange déchu qui s’éprend de mortels.
Un point important de cette nouvelle est d’entretenir un certain suspense en utilisant des prolepses et des analepses qui nous dévoilent peu à peu la tournure des évènements, nous indiquant des éléments pouvant nous mener sur de fausses pistes si l’on essaye de deviner la suite de l’intrigue.
La description du monde des démons, succubes et autres entités est tout à fait plaisante. On y découvre le fonctionnement de cet univers et l’on ne peut que partager les déboires d’Abrahel compte tenu de son passé. Ce dernier incluant une pique non dissimulée envers certains dogmes religieux, notamment par le biais de la connaissance par rapport à la foi aveugle.
Une nouvelle bien agréable qui bouscule un ancien texte pour offrir une version plus à même d’exposer le vice de l’Homme.

Le Buto atomique

Cette nouvelle se présente sous la forme du témoignage d’un homme exposé à des radiations envers son médecin. Il lui explique ainsi la manière dont il a contourné son mal et par la même occasion son origine.
Outre le message écologique en arrière-fond, il s’agit surtout d’un appel à la prise de conscience de nos erreurs et de nos responsabilités que ce récit met en avant.
Anthelme Hauchecorne nous livre tout une ambiance envoûtante et mystique autour de la danse, ce qu’elle peut nous apporter, ce qu’elle peut dégager. Mêlant la puissance de l’horreur d’un drame avec une incroyable grâce, la danse est plus qu’un exutoire : elle est une une vengeance.

La Grâce du funambule

Une nouvelle qui s’imprègne davantage du quotidien, sans aucune once de fantastique. Mais un récit qui n’en est pas moins prenant et touchant.
L’auteur nous entraîne dans le monde de la mode, via la ville de Roubaix où germent des stylistes rêvant de s’épanouir à Paris. Le narrateur se voit comme un funambule, marchant sur le fil le menant à ses rêves, et menacé par l’impact d’une chute probable. Une image qui n’est pas anodine si l’on considère le milieu dans lequel il évolue.
Funambule également dans ses relations avec autrui, le narrateur se voit obligé de se séparer de son compagnon afin de poursuivre ses ambitions.
La nouvelle pose donc deux problématiques : « Jusqu’où sommes-nous prêt à aller pour accomplir nos rêve ? » ainsi que l’intolérance envers l’homosexualité. Un thème bien ancré dans notre société compte tenu des évènements récents concernant le mariage.
Ainsi, derrière le glamour et les paillettes qu’incarne le monde de la mode, cette nouvelle nous rappelle que la tolérance ne devrait pas être un luxe.

Le Roi d’Automne

Sans nul doute la nouvelle la plus longue du recueil mais la plus fouillée et la plus intrigante.
Le récit s’intègre dans l’univers propre à Anthelme Hauchecorne, Le Sidh. Les lecteurs d’Âmes de verre seront déjà familier aux personnages, aux êtres, au fonctionnement de ce monde hors du commun. Ce ne fut pas mon cas, mais je n’en ai pas moins dévoré cette nouvelle puisque l’auteur livre suffisamment d’informations pour que chacun puisse lire le récit sans éprouver aucune gêne.
Nous suivons de jeunes gens, Kassem et Ambre, qui doivent accomplir le rituel du passage à l’âge adulte, le Samain. Ils devront réussir deux défis au cours de leur exploration du monde souterrain, véritable source de danger et de rencontres avec des créatures fantastiques.
Cette nouvelle possède un véritable éventail de style, féérique par moment, mais également teinté de noirceur avec des trahisons, nous accordant aussi des moments de doutes colorés de suspense et d’espoir.
L’immersion dans cet univers est renforcée par des mots spécifiques tout comme la première nouvelle du recueil.
Tout cela donne envie d’en découvrir davantage et de se plonger dans le cycle originel.

Que dire de plus ? Il m’est difficile d’affirmer précisément quelle nouvelle j’ai préférée par rapport aux autres. Punk’s Not Dead est un livre qui m’aura profondément marquée que ce soit au niveau de ses thèmes ou de leur approche. On sent un réel travail derrière ces textes, ce que confirme les backstages que j’ai évoqué.
L’auteur parvient à nous emporter dans son univers avec une facilité déconcertante, et sa plume rend son œuvre délectable malgré les aspects sombres. Certes, ces nouvelles peuvent respirer la noirceur et la tristesse, mais le cynisme, l’humour, les idées qui se dégagent n’incitent pas aux lamentations mais à la réflexion. Un sentiment que j’aime ressentir après une lecture.
Punk’s Not Dead n’est pas un livre duquel on ressort déprimé, en revanche, on en ressort ravi et désireux d’y replonger !

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