L’Ombre de l’Âme – DAVID GIBERT


Résumé :
Sam, jeune écrivain en herbe désabusé, se réfugie dans le monde qu’il a créé. Malheureusement, Zgor, un chevalier qu’il a inventé semble avoir pris vie et menace les amis de son créateur. Par ailleurs, ce personnage s’avère être davantage qu’un simple écrit sur le papier.

Les plus : L’idée de base. Le début du roman avant que le désastre ne commence.
Les moins : Les personnages caricaturaux. Le Deus-ex-Machina. La fin.

En bref : Au fil des pages, l’auteur s’emmêle dans l’histoire qu’il a créé, alourdissant le texte de formules censées être poétiques et enchaînant les stéréotypes jusqu’à écœurement.

Note : 1 

Mon avis :

Il s’agit d’un livre lu à l’occasion d’un partenariat avec les éditions Lokomodo.

L’Ombre de l’Âme se concentre sur une groupe d’amis. Nous y retrouvons Franck, un étudiant en histoire médiéval passionné de jeux de rôle grandeur nature ; Yann, féru d’escrime ; Léa, une jeune fille consciente des avantages de son physique et n’hésitant pas à en jouer pour parvenir à ses fins ; Joshua, étudiant en droit versé dans la psychologie ; Marianne, beauté fragile étudiante en art ; et enfin Sam, jeune écrivain en herbe qui fuit la réalité dans le monde imaginaire qu’il crée.
Ce dernier personnage, déjà affligé par la mort de sa mère, apprend que son oncle Nathaniel, pourtant homme d’Église, s’est suicidé. Ne pouvant croire à un tel acte de sa part, Sam se renseigne sur cette mort inattendue et découvre que les derniers agissements de Nathaniel étaient plus qu’étranges. Il décide de se rendre dans la demeure du prêtre mais lors de son excursion dans le grenier, il tombe face à Zgor, un esprit démoniaque qui, dans une tentative de possession, provoque la chute du jeune homme et le plonge dans un profond coma. Suite à cela, les amis de Sam se verront embarqués dans une spirale autour de Zgor qu’ils admettront comme le fruit de l’imagination de l’écrivain ayant échappé à son contrôle, et perpétuant des crimes en les manipulant un à un.

Voilà un résumé qui semblait fort prometteur. Un personnage couché sur le papier qui prend réellement vie, s’avérant être finalement un véritable esprit vieux de milliers d’années qui répond à une puissance supérieure et chaotique. Il y avait de quoi forger une réflexion intéressante sur l’humanité et ses déviances, mais David Gibert se perd dans les méandres de sa création.

L’histoire se met en place autour d’évènements de plus en plus mystérieux et c’est ce qui attire le lecteur dans cet univers. Les personnages font face à des éléments surnaturels qui les dépassent, le tout teinté d’une ambiance médiévale nordique. De cette manière, toute personne ayant déjà joué à des jeux de rôle papiers ou vidéo-ludiques sera familière à ce récit, et le début du livre faisant subir au groupe d’amis diverses épreuves est plutôt intéressant dans son approche. L’auteur parvient à nous faire ressentir le danger de chaque situation en jouant avec les symptômes de la folie. Mais là où les choses commencent à se gâter, c’est lorsque Sam devient un fantôme au service de sa création maléfique.
À partir de cet instant, il saute aux yeux du lecteur que chaque personnage est ancré dans un stéréotype dont il ne sortira jamais. Marianne sera la fragile dépressive atteinte de vision, condamnée à rester prisonnière de sa culpabilité ; Yann sera le parfait chevalier servant qui tente de conquérir sa belle avec honneur, et de lutter contre le mal dévorant son meilleur ami ; Franck sera le guerrier viking cherchant à imposer sa version du monde idéal, aidé par Zgor ; Joshua sera l’incrédule qui fera preuve de rationalité jusqu’à ce que le surnaturel frappe à sa porte ; Léa sera la femme aguicheuse trouvant le moindre moment comme un prétexte pour jouer de ses charmes malgré ce qu’elle a vécu.

Pourtant, David Gibert veut nous faire part d’une ouverture d’esprit par le biais du psychiatre qui considère les jeux de rôle comme un exercice bénéfique, et on ne peut lui reprocher de prêcher pour sa paroisse tant cette activité est décriée. Toutefois le lecteur réalise très vite qu’il s’agit là d’une sorte de propagande anti-clichés servie avec des préjugés tous aussi gros. En effet, si contrairement au monde réel, personne ne voit d’un mauvais œil un rôliste, il semble en revanche tout à fait normal que la tentative de viol sur Léa soit exécutée par un skinhead. Cela aurait pu être une personne tout à fait banale en apparence, mais il est plus impressionnant de ranger le violeur dans une catégorie bien précise, et ce, malgré les multiples différences de chaque mouvement skinhead. À vouloir mettre à l’honneur des personnages considérés en marge de la société, l’histoire se décrédibilise en faisant affluer des stéréotypes d’un autre genre.
Il en va de même avec l’image de la femme. Léa agira continuellement comme une succube toujours vêtue de jupes sexy, même lorsqu’un pantalon serait plus pratique, notamment lors de l’entrée par effraction dans une maison abandonnée. Et c’est avec ce genre de détails que l’on comprend rapidement les intentions de l’auteur concernant ses personnages féminins : elles sont des objets de fantasmes, quelle que soit la situation. Il suffit de constater qu’à chaque possession, un personnage féminin aura des tendances à la nymphomanie pour s’en convaincre. La réaction des hommes à ce spectacle est peu reluisante puisqu’une simple paire de seins ou de cuisses suffira à les détourner de leurs convictions et objectifs principaux, même si l’apocalypse est à deux doigts de se produire. L’ultime combat aura beau donner un rôle plus méritant à Marianne, après les événements elle redeviendra la fleur fragile qu’elle était et dont l’amour est tant désiré. Quelque part, tous ces choix reflètent la pensée médiévale, et bien que les protagonistes soient férus de cette époque, il eût été de meilleur goût d’oublier les poncifs de chaque sexe, d’autant plus que l’action se déroule dans le monde moderne.

Au niveau de l’écriture, disons qu’elle rejoint les caricatures des personnages. Les phrases peuvent être capables du meilleur comme du pire, souvent victimes de lourdeurs et d’un style ampoulé qui empêche toute fluidité. Cependant, on peut observer la volonté de l’auteur a rendre son texte plus poétique. Malheureusement, il ne suffit pas de trouver quelques métaphores et de les ajouter à chaque fois que les circonstances le permettent pour s’improviser Rimbaud ou Baudelaire. C’est ainsi que s’imposeront des répétitions telles que le « maelström » dans les yeux des personnages, ou encore l’esprit qui « s’emballe comme un cheval sauvage » et autre fioritures de ce genre.
Si l’on passe outre le style maladroit, le texte est très référencé. Il n’est pas rare que l’histoire fasse un petit détour pour rapprocher les faits qui se déroulent avec une autre œuvre, quelle soit littéraire ou musicale. Si cela peut faire sourire comme durant la scène du chauffeur fou écoutant Higway to Hell, cela peut également faire hérisser le poil avec des comparaisons plus hasardeuses, mais aussi nous mettre à l’écart si l’on ne saisit pas le clin d’œil.
Par ailleurs, la fin est tout à fait abracadabrantesque. Il est tout de même malheureux qu’un univers aussi riche que la mythologie nordique ne puisse être exploité plus en profondeur et se résume toujours au Ragnarok. Pourtant, le lecteur sent que David Gibert s’est renseigné sur le sujet et qu’il pourrait nous parler d’autres épisodes plus subtils de L’Edda, néanmoins, dans un récit où le but de l’ennemi est d’amener le chaos, il est inutile d’espérer autre chose. Nous assistons de surcroît, à une guerre très floue, usant de Deus ex Machina d’une page à l’autre, la confusion régnant au point qu’il faut s’accrocher pour que le livre ne nous tombe pas des mains.

Finalement, L’Ombre de l’Âme est un livre qui aurait certainement gagné à demeurer au stade de la novella À l’Encre de Ténèbres tant son développement enchaîne les erreurs grossières. L’univers des jeux de rôle et l’aspect surnaturel aurait pu donner un excellent cocktail si la personne qui tenait le shaker n’avait pas ajouté tant d’éléments caricaturaux et maladroits pour gonfler le breuvage.

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