Pride and Prejudice – JANE AUSTEN

Titre français : Orgueil et Préjugés

Résumé : Un riche célibataire, Mr Bingley, fait l’acquisition du domaine de Netherfield. C’est l’occasion pour Mrs Bennet d’essayer de marier une de ses cinq filles qui risquent de se retrouver à la rue. Si le jeune homme se révèle d’une grande gentillesse et semble être attiré par l’aînée des cinq sœurs, Jane, ce n’est pas le cas de son ami, Mr Darcy, qui se montre hautain et heurte l’amour-propre d’Elizabeth.

Les plus : Le style d’écriture à l’humour irrésistible. Les personnages très vivants. Le réalisme et la satire du siècle de l’autrice.
Les moins : Un certain manque d’expansion des sentiments.

En bref : Un roman qui effectue une satire de la société du siècle de Jane Austen, tout en proposant une romance délicieuse à suivre tant le style mordant de l’autrice exalte l’histoire.

Note :  

Mon avis :

Jane Austen est une autrice fortement appréciée, et qui captive encore les esprits, au point que certains écrivains continuent d’animer ses personnages par le biais de réécriture ou de parodie de ses œuvres. En ce qui concerne Pride and Prejudice, on peut noter par exemple Le Journal de Bridget Jones de Helen Fielding, qui y fait de multiples références, ou encore les réécritures d’Amanda Grange, tel Le Journal de Mr Darcy, en passant par les parodies fantaisistes comme Orgueil et préjugés et zombies de Seth Grahame-Smith. Pourquoi la littérature de Jane Austen obsède autant de personnes ? Ce succès est-il mérité ?

Mr et Mrs Bennet vivent en Angleterre, à Longbourn, un petit bourg du Hertfordshire. Parents de cinq filles, Jane, Elizabeth, Mary, Catherine et Lydia, les Bennet ont tout intérêt à ce qu’elles épousent de bons partis. C’est l’objectif principal de la mère qui cherche donc à les marier afin d’assurer leur confort et leur bonheur futur. En effet, la propriété des Bennet est soumise aux conditions de l’entail, ne pouvant être transmise qu’à un héritier mâle direct, ou au parent masculin le plus proche. Ainsi, à la mort de leur père, les cinq filles sont menacées d’expulsion au profit d’un lointain cousin, Mr Collins.
Lorsque Netherfield, un domaine non loin de Longbourn, est loué à un riche jeune homme, Mr Bingley, la nouvelle est aussitôt accueillie comme une bénédiction par Mrs Bennet, persuadée que le gentilhomme épousera une de ses filles. Cependant, Mr Bingley n’est pas venu seul. Il est accompagné de ses deux sœurs, Caroline et Louisa, chacune ayant une attitude et des propos tout à fait méprisant auprès de la petite société, ainsi que de Fitzwilliam Darcy, un ami très proche à l’air dédaigneux.
Tous ces personnages ont l’occasion de se rencontrer lors d’un bal donné dans le bourg voisin. Mrs Bennet est heureuse de constater que sa fille aînée, Jane, eut l’honneur de danser deux fois avec Mr Bingley, preuve que la jeune fille ne laissa pas indifférente le gentilhomme. En revanche, Elizabeth fut piquée par l’impolitesse de Mr Darcy qui refusa de danser avec elle pour une raison assez vexante. À partir de cet instant, Lizzy nourrit un certain préjugé envers cet homme, impression qui sera alimentée par les confidences de Mr Wickham, un officier qui connut Mr Darcy.

L’histoire demeure donc assez simple, gravitant essentiellement autour des notions de mariage et d’argent. En effet, ces deux éléments sont très importants dans le livre, au point que celui-ci commence par la célèbre phrase :

« It is a truth universally acknowledged, that a single man in possession of a good fortune, must be in want of a wife. »

Un credo qui tient particulièrement à cœur Mrs Bennet, puisqu’elle désire aussitôt faire connaissance avec Mr Bingley dès la nouvelle de son arrivée, dans l’espoir qu’il épouse une de ses filles. La menace de l’entail planant au-dessus de leur tête, la mère s’intéresse à tous les hommes célibataires pouvant offrir un confortable foyer à ses enfants. Elle change donc régulièrement d’avis sur différentes personnes en fonction de leurs intentions. Ainsi, bien que Mr Darcy soit un riche célibataire, il ne trouve plus grâce aux yeux de Mrs Bennet depuis que son comportement, d’une grande froideur, ne laisse entendre aucune hypothèse de mariage. À l’inverse, Mr Collins qui était conspué, dû à son héritage de la propriété, reçoit de bien meilleures manifestations de sentiment depuis l’annonce de sa volonté d’épouser une de ses cousines. Si ces considérations semblent plutôt matérialistes, elles n’en sont pas moins révélatrices de l’époque à laquelle le roman est écrit.
De ce fait, Pride and Prejudice est une satire de la société anglaise de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle, les différents points abordés étant le mariage et l’argent, comme évoqués précédemment, mais également la situation sociale qui fait partie de ces fameux préjugés et pouvant donc empêcher la possibilité d’un bon mariage. C’est donc le serpent qui se mord la queue et Jane Austen met en lumière ces problèmes de la société, mais plutôt que de les annoncer de façon formelle, elle préfère s’en amuser grâce à ses personnages et son ironie particulièrement mordante.

À ce sujet, l’autrice prend soin de fournir tout un panel de caractères et d’attitudes qui, tour à tour, amuseront, émouvront ou même irriteront le lecteur, mais ne pourront le laisser indifférent.

Certains personnages relèvent d’une bêtise assez édifiante. On peut noter l’exemple de Mrs Bennet qui est décrite dès le premier chapitre comme étant une personne de pauvre intelligence, peu cultivée et de caractère inégal. À la moindre contrariété, elle invoque la faiblesse de ses nerfs afin de susciter la compassion, ce qui lui offre une parfaite excuse pour attirer l’attention.
De même, à l’image de la mère, nous pouvons retrouver la plus jeune de ses filles, Lydia. Il est aisé de deviner pourquoi cette enfant est sa préférée puisque cette dernière agit de façon totalement irréfléchie. Frivole et superficielle, Lydia pense uniquement à son apparence et à flirter avec des officiers. Au fil du roman, son comportement devient véritablement problématique, mettant en danger l’honneur de la famille, mais l’adolescente n’a aucune conscience de ses actes.
Un autre exemple de sottise est celui de Mr Collins versant, cependant, dans un autre style. Membre du clergé, il officie en tant que pasteur, mais son éducation ne fait pas de lui un homme intelligent. Il fait preuve d’une grande vanité à chaque fois qu’il expose sa situation, ce qui le rend insensible aux malheurs d’autrui. Il s’enferme dans son rôle de clerc en lisant des sermons ennuyeux, et avoue préparer parfois à l’avance des compliments pour les déclarer à point nommé.
Ce caractère se rapproche de celui de Mary, troisième fille des Bennet. Peu jolie et se sentant exclue des deux duos que forment ses sœurs, elle choisit de briller par un autre moyen. Ainsi, elle lit énormément, mais loin de critiquer la lecture, Jane Austen s’étend sur l’incapacité de ce personnage à digérer ce qu’il a acquis et sa vanité.
D’autres encore sont critiqués pour leur méchanceté, ce qui est notamment le cas de Miss Bingley et Mrs Hurst. Sœurs de Mr Bingley, elles ont beau se désigner elles-même comme des femmes accomplies, elles n’en demeurent pas moins méprisantes. Caroline est la plus vindicative, puisqu’elle ne peut supporter l’attirance de Mr Darcy pour Elizabeth. Elle démontre donc sa sottise en dénigrant la jeune femme auprès de lui dans le but de se faire remarquer ou de lui arracher une réplique.

Néanmoins, l’autrice nous gratifie d’une palette de personnages bien plus attrayants.

Si Mrs Bennet est d’une bêtise bien souvent affligeante et irritante, son mari s’illustre par une ironie tout à fait délectable. Ayant épousé sa femme pour son apparence, il ne découvrit que bien trop tard le peu d’esprit dont elle est munie. Ainsi, Mr Bennet s’enferme régulièrement dans sa bibliothèque afin d’y trouver le calme et la sérénité, cependant, lorsqu’il ne peut échapper aux jérémiades de sa femme, il n’hésite pas traiter ses propos avec humour. Toutefois, si Mr Bennet est un personnage qui attire la sympathie du lecteur, il n’est pas exempt de défauts et ne constitue pas un exemple de figure paternelle, tout comme Mrs Bennet n’est pas la mère idéale.
Ces rôles reviennent surtout à Mrs et Mr Gardiner, ce dernier étant le frère de Mrs Bennet. Contrairement à sa sœur, Mr Gardiner est un homme bien éduqué et d’une grande intelligence. Gérant parfaitement ses affaires, il possède un commerce prospère qui lui apporte une situation financière non-négligeable. Sa femme et lui sont cultivés et empreint de bonnes manières, si bien qu’Elizabeth n’a pas à rougir en les présentant. Les Gardiner sont de véritables parents de substitution pour leurs nièces, et tout particulièrement les deux aînées, auxquelles ils prodiguent de bons conseils.
De son côté, Mr Bingley incarne en quelque sorte le prince charmant. En louant Netherfield, il devient la proie de toutes les célibataires des environs, mais son caractère affable fait qu’il ne dénigre aucune des jeunes filles qu’il rencontre lors des bals, bien que sa préférence aille vers Jane. Par ailleurs, il ne fait aucun cas des reproches de ses sœurs envers la jeune fille. Malheureusement, parmi toutes ses qualités, Mr Bingley est également une personne influençable, qui compte beaucoup sur l’avis éclairé de Mr Darcy, malgré les possibles erreurs de ce dernier.
Ce personnage est tout à fait assorti avec celui de Jane. Mr Bennet raille même sa fille au sujet de leur caractère bien trop généreux, mais Jane demeure sa deuxième fille préférée justement pour son bon cœur. Toujours prompte à croire en la bonté d’autrui, et possédant un grand sens du devoirs, Jane incarne l’idéal féminin de l’époque. Parallèlement à cela, Jane est le réceptacle des confessions d’Elizabeth, tout comme elle lui confie ses propres sentiments. Ainsi, elle tente de calmer la fougue de sa sœur tandis que celle-ci essaye de lui faire nuancer son opinion envers autrui.

Toutefois, les deux personnages qui constituent le sel de ce roman sont, bien entendu, Elizabeth et Mr Darcy.

La jeune femme possède le rôle le plus important puisque c’est essentiellement par son regard que le lecteur découvre les éléments du roman, bien que l’autrice fasse intervenir quelques fois une narratrice omnisciente. D’un tempérament plus vif que sa sœur aînée, elle manie l’ironie et l’humour pour s’amuser du monde qui l’entoure et qui la déçoit de jour en jour. Se fiant principalement à ses premières impressions, elle se trompe rarement lorsqu’elle établit le caractère de quelqu’un. Ainsi, elle devina sans peine la bonté de Mr Bingley, tout comme le mépris et la vanité de ses deux sœurs, contrairement à Jane qu’elle doit convaincre du mauvais esprit dont sont capables Caroline et Louisa. En revanche, Lizzy se fourvoie sur deux personnages clefs du roman, Mr Darcy et Mr Wickham. Pétrie de préjugés envers Mr Darcy, elle ne remarque donc pas ses tentatives polies de rattraper son attitude, tout comme le développement de son attirance pour elle, informations qui sont livrées subtilement au lecteur par l’apparition de la narratrice omnisciente.
De son côté Mr Darcy est assez peu révélé puisque le point de vue s’effectue de celui d’Elizabeth. Cependant, de nombreux indices sont présents afin de montrer l’étendue de son caractère. Ce personnage nous est montré sous plusieurs jours, tout d’abord, il représente la convoitise due à son immense fortune, mais très vite, son comportement froid et hautain le place comme un paria auprès de la petite société. Ses différentes remarques cinglantes n’incitent pas autrui à le connaître davantage, pourtant, le lecteur peut observer les sentiments qui se développent lorsqu’il se trouve en compagnie d’Elizabeth. Par ailleurs, le déroulement du roman montre les changements qui s’opèrent et les autres facettes du personnage, prouvant que Mr Darcy agit différemment en fonction du lieu où il se situe et de son entourage.
Ainsi, c’est une véritable évolution d’appréciation qui s’effectue petit à petit. Contrairement à la romance entre Jane et Mr Bingley qui semble être un coup de foudre, ou la décision de Charlotte Lucas de se marier pour assurer son confort et ne plus être un poids pour sa famille, ce qui unit Elizabeth et Mr Darcy, ressemble davantage à un développement profond. Les deux personnages possèdent leur orgueil et leurs préjugés l’un envers l’autre, mais au fur et à mesure qu’ils se découvrent, ils apprennent à s’estimer, ce qui résulte en un amour résistant à tout obstacle. Mr Darcy est d’ailleurs l’autrice d’une réplique qui résume parfaitement le sentiment amoureux :

« I cannot fix on the hour, or the spot, or the look, or the words, which laid the foundation. It is too long ago. I was in the middle before I knew that I had begun. »

Néanmoins, tous ces personnages incroyablement vivants ne pourraient animer aussi parfaitement l’histoire sans le style d’écriture de Jane Austen. En effet, la romancière nous livre un récit teinté d’un réalisme stupéfiant. Elle prend soin de décrire l’importance d’une bonne situation financière, en particulier pour une jeune femme, mais également les différences sociales qui subsistent. Ainsi, le lecteur est conscient de tous les enjeux propres au siècle concerné, et peut davantage apprécier la satire qu’en fait Jane Austen par le biais de ses personnages caricaturant les pensées communes à ses contemporains.
À ce sujet, la romancière n’hésite pas à abréger certaines descriptions pour favoriser les dialogues, ces derniers possédant tout son esprit et sa verve. Que ce soit les moqueries de Mr Bennet envers son entourage, l’impertinence de Lizzy, ou certains sarcasmes bien sentis de Mr Darcy, lire les différentes conversations est un vrai régal. Cependant, au milieu de cela, on pourrait reprocher le manque d’expansion de sentiments au sein des couples formés tout au long de l’œuvre. Jane Austen préférait laisser l’imagination du lecteur faire le reste, en témoigne cette phrase :

« […] he expressed himself on the occasion as sensibly and as warmly as a man violently in love can be supposed to do. »

Un choix compréhensible compte tenu de son époque, mais qui est tout de même regrettable.
Au niveau de la forme, la romancière opte pour un mélange entre le classique et le moderne. En effet, si le texte est dynamisé par ses dialogues ou son humour, les phrases et la syntaxe demeurent assez longues et quelque peu soutenu. Certains mots de vocabulaire indiquent un langage propre à son siècle, mais un niveau correct d’anglais devrait permettre aux francophones de se plonger dans cette lecture sans trop d’embûches.

Finalement, Pride and Prejudice est un roman qui n’a pas volé son titre de classique de la littérature. Bien que l’histoire ne soit pas d’une originalité exceptionnelle, le lecteur ne peut qu’être captivé par son déroulement tant les personnages qui l’animent sont intéressants. Certains obtiendront notre affection sans retenue, tandis que d’autres seront détestables pour notre plus grand plaisir grâce à l’écriture emplie d’humour.
Loin d’être un roman à l’eau de rose, Pride and Prejudice offre une satire intelligente de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle, en l’enrobant d’une romance construite avec justesse. Si certains auteurs veulent nous faire croire au coup de foudre, ce n’est pas une telle romance qui occupe essentiellement cette œuvre, préférant mettre en lumière l’évolution de sentiments basés sur la découverte de l’autre, l’introspection, et le respect.

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